‹ Le Musée de la Comédie-FrançaiseChapitre 1 sur 48 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

Ingres, Delacroix, Girodet, Robert-Fleury, Geffroy, Isabey, Edouard Dubufe et Pollet.

Parmi les marbres, les terres-cuites et les bronzes, il en est qui ont pour auteurs : Lemoyne , Houdon , Caffieri , d'Hue:{, Pajou, Foucou, Dantan, David d'Angers.

Et ces richesses sont pour ainsi dire inconnues. Qui les visite? Nous avons vu quelquefois des Anglais, souvent des Russes, solliciter l'autorisation de parcourir cet intéressant Musée; des Français — Jamais. Le hasard, la Jbrce des choses, les belles premières, ont pu y amener exceptionnellement un public; mais ce public préoccupé n'a Jeté que des regards distraits sur la collection de la Comédie. Le nombre des personnes qui l'ont regardée est donc des plus restreint. Encore parmi ces privilégiés, combien, faute d'un catalogue, n'ont pu savoir de quel artiste était l'œuvre devant laquelle ils s'arrêtaient, ni quel personnage elle représentait ?

Nous avons donc pensé qu'il ne serait pas inutile de signaler au public nombreux , qui s'intéresse aux choses de théâtre et à l'art sous toutes ses formes, la curieuse collection du Théâtre Français , et nous avons entrepris de faire ce livre qui n'est que le catalogue raisonné du Musée de la Comédie.

Pendant que nous poursuivions ce projet, nous avons trouvé, dans les archives, des manuscrits autographes, des correspondances inédites, des partitions anciennes, des éditions rares et curieuses. Nous avons vu, dans le magasin des accessoires, dans le magasin des décors et dans le garde-meuble , des objets qui présentent un intérêt anecdotique. Il nous a semblé qu'une description rapide de tout cela devait rentrer dans

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notre cadre et rendre plus complète notre étude sur les collections artistiques de la Comédie-Française.

Avant d'aller plus loin, nous sommes heureux d'adresser ici nos remerciements à l'administration de la Comédie. Toutes les facilités dont nous avions besoin nous ont été gracieusement accordées par M. Jùnile Perrin, qui a bien voulu s'intéresser à ce travail et en suivre l'exécution. Le trésor artistique conservé dans la maison de Molière nous a été ouvert et nous avons pu vivre pendant quatre années dans l'intimité des chefs-d'œuvre qu'il contient, les interroger un à un, et arracher à la plupart le secret de leur origine. M. Verteuil, l'aimable secrétaire général de la Comédie-Fran<^aise ; M. Guilloire, le sympathique contrôleur général ; le regretté M. Guillard et ses successeurs aux archives et à la bibliothèque : MM. François Coppée et Mondain- Monval , nous ont aidé de tout leur pouvoir et de toute leur bonne volonté.

Enfin, pour la révision de notre catalogue et pour les questions d'art et de théâtre , nous avons fait souvent appel à l'obligeance bien connue de M. Régnier, l'éminent sociétaire de la Comédie-Française, qui a bien voulu nous accorder le précieux concours de son expérience et de son savoir d'artiste et de collectionneur.

A création du musée de la Comédie-Française ne remonte pas au-delà du siècle dernier.

C'est seulement quand le foyer du théâtre s'est trouvé orné de quelques belles toiles léguées par des mourants, ou offertes par des amateurs, que l'idée est venue aux comédiens d'enrichir la galerie dont ils possédaient les premiers éléments.

En 174), il n'y avait encore qu'un seul portrait au foyer des artistes. Il est vrai que c'était celui de M"* Duclos, en Ariane, peint par Largillière.

Un tableau, c'est peu. Un Largillière, c'est déjà beaucoup. L'authenticité de ce portrait est établie par le testament de M"* Duclos dont l'original se trouve aux archives de la Comédie-Française.

Ce testament, daté du 27 avril 1743, est ainsi conçu :

« Pardcvant les notaires à Paris, soussignés, Marie-Anne de Chateauneuf Du Clos , femme séparée de corps et de biens de Jacques-Pierre Chemin, demeurant à Paris, rue des Fossés-Saint- Germain-des-Prés, paroisse Saint-Sulpice, en une maison dont le sieur Procope est propriétaire, trouvée au lit malade de corps dans une chambre au second étage ayant vue sur une petite cour de

ladite maison, toutesfois saine d'esprit, mémoire et entendement, ainsy qu'il est apparu aux notaires soussignés par ses discours et entretiens, laquelle, dans la vue de la mort , a fait, dicté et nommé aux notaires son testament ainsy qu'il suit :

« Et pour exécuter le présent testament, ladite demoiselle testatrice a nommé et choisy le sieur Saintard, directeur de la Compagnie des Indes, son amy, qu'i7 prie d'en prendre la peine et d'accepter le don et legs qu'elle luy fait de son grand portrait peint en Arianne, par Largillière. »

Le sieur Saintard , directeur de la Compagnie des Indes et ami de M"* Duclos, accepta d'abord le legs de l'actrice et fit presque aussitôt don du portrait de la belle Ariane à la Comédie- Française.

L'image de M"'= Duclos ne resta pas longtemps seule au foyer. Elle eut bientôt un digne pendant : le portrait de Baron, peint par de Troy.

Largillière et de Troy, voilà d'heureux débuts pour le musée.

Malheureusement, la toile, que de Troy avait choisie pour y peindre l'auteur de Y homme à bonnes fortunes, n'était pas tout à fait aussi grande que celle sur laquelle Largillière avait représenté son Ariane. Il s'en fallait bien d'un pouce ou deux en hauteur. Il paraît que cette différence entre les deux portraits tirait Fœil. On aimait beaucoup la symétrie au siècle dernier. Peut-être quelque Célimène fut-elle un soir choquée de cette inégalité. Peut-être se trouva-t-il près d'elle un galant semainier pour entendre sa remarque. Ce qu'il y a de certain, c'est que le portrait de Baron fut rallongé dans le bas, à l'aide d'une petite bande de toile dont on distingue encore très-nettement la couture et le repeint.

Il ne faut pas trop en vouloir au semainier de ce massacre. Il aurait pu faire pis. Il aurait pu raccourcir la toile de Lar-

gilliùre. Il ne l'a pas fait, cela prouve qu'il avait encore des idées larges, malgré sa folie d'égalisation.

Pendant les quelques années qui suivirent, le mu^ ne s'enrichit guère. Pas de nouvelles toiles. 11 en vint bien une; mais celle-là ne peut pas entrer en ligne de compte; on l'avait donnée comme un portrait de Pierre Corneille. Comme on découvrit bientôt qu^elle n'avait pas même un air de famille avec l'auteur du Cid, on l'écarta du foyer.

Le 21 novembre 1777, le sculpteur Caflicri, dont il sera souvent question dans cette étude, offrit à la Comédie un portrait de Pierre Corneille plus authentique.

La lettre qui accompagnait ce don a été conservée aux archives du Théâtre-Français; elle nous apprend que M"" la comtesse de Bouville avait bien voulu confier à Caffieri le portrait original de Corneille peint par Charles Lebrun. Caffieri en fit faire une copie.

c On vous a donne , il y a quelques années , dit-il dans sa lettre d'envoi aux comédiens, un portrait peint de P. Corneille, qu'on sait n'être pas le sien. J'ai cru vous obliger en vous présentant une copie fidèle du véritable portrait de ce grand poète. Votre foyer sera désormais le dépôt des portraits de ceux qui ont illustré la scène; mais ils ne deviendront intéressants qu'autant qu'ils seront ressemblants. On peut compter sur l'exacte ressemblance de celuici, que je vous prie d'accepter comme un hommage que je rends au grand Corneille et à vos rares talents. »

Cette lettre est le plus ancien document que l'on connaisse sur le musée de la Comédie. Caffieri y donne non-seulement l'idée de la collection qu'il convient de former; mais encore il y ajoute des recommandations que l'on aurait toujours dû suivre.

Caffieri doit donc être considéré comme le créateur du Musée- Molière; c'est lui qui en a inspiré Tidée aux artistes; c'est lui qui les a le plus aidés à développer leur galerie naissante.

Il y avait à peine un an que Gaffieri avait offert le portrait de Pierre Corneille aux comédiens ordinaires^ quand il compléta son cadeau en leur donnant une copie du portrait de Thomas Corneille, d'après l'original de Jean Jouvenet, qui lui avait été confié par M™^ la comtesse de Bouville.

Si ce présent fut accepté de grand cœur, inutile de le dire. Il fit plaisir à tout le monde, à ceux qui aimaient Thomas Corneille, à ceux qui aimaient les beaux portraits, à ceux enfin qui aimaient la symétrie et qui devaient regretter de voir le .cadre de Pierre Corneille sans pendant.

Peu de temps après la mort de Lekain, le portrait de ce grand artiste, peint par Le Noir, vint enrichir la collection.

Quel était Fétat du musée lorsque la Révolution dispersa la Comédie- Française? Il est impossible de le savoir. L'inventaire qui fut dressé à la salle du faubourg-Saint-Germainj le 2 ^ ventôse an II , ne mentionne aucun objet d'art. Cet inventaire fait arbitrairement, sans entente contradictoire, fut du reste contesté par la suite.

L'inventaire de 18 1 j donne des renseignements plus complets, mais assez inexacts. Il contient « un état des statues ^ portraits , glaces et autres objets appartenant à l'ancienne Comédie- Française ou acquis depuis la réunion n .

D'après ce document, le musée de la Comédie possédait à cette époque les toiles suivantes :

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