ALLANT DU FOYER DES ARTISTES A LA SCENE
C'est ainsi que vous rencontrez, en suivant la galerie obscure qui va du foyer des artistes à la scène, une toile de Delacroix. Ne vous extasiez pas à l'énoncé seul du nom de l'artiste. Le portrait de Talma, dans le rôle de Néron, fait peu d'honneur au peintre de Sardanapale, et nous comprenons parfaitement le sentiment de respect humain qui engage MM. les sociétaires à cacher, dans le plus sombre de leurs couloirs, cette erreur d'un grand artiste.
Nous regretterons par exemple que le portrait de M"° Gaussin, attribué à Nattier, le peintre des grâces, ne puisse être mieux exposé. Un peu de lumière sur ces belles épaules, un peu de soleil ranimerait ce portrait qui se meurt dans l'obscurité. C'est se montrer bien peu galant envers une si Jolie femme, que de la priver des admirations que son image ferait naître encore. M"^ Gaussin s'appelait Madeleine; et il lui sera beaucoup pardonné, si l'on en croit ses contemporaines, qui riaient sous leur éventail, quand on prononçait ce vers sur la scène en sa présence :
Je crois que de sa vie elle ne dira non.
l'I I \ COM^IDie-FRANÇAISK. l )y
Quoi qu'il en soit, M"' Gaussin créa les grands rôles de Voltaire qui lui écrivit :
Ce n'est pat moi qu'on applaudit, C'est vous qu'on aime et qu'on admire, Et vous damnez, charmante AUire, Tous ceux que Guzman conrertit.
Nous citerons seulement pour mémoire un beau ponraii de l.ekain par Le Noir (1769), un portrait de M"« Paradol par Rouillard (1822), un portrait de M"* Desmares par Santerre, un portrait de M"" Mante, et un ponrait de M"* Mézerai par J. Ansiaume (18 10). Ce dernier était primitivement un ponrait en pied; il a été coupé pour former un médaillon.
Passons aux marbres qui alternent dans cette galerie avec les tableaux.
Voici un buste de Larive exécuté par Houdon en 1784. Le ciseau vivant, élégant, distingué du maître, a bien traduit le masque intéressant du comédien.
Moins heureux que Larive, M"' Mars a eu pour portraitiste Dantan aîné. C'est d'après un tableau de Geffroy que ce buste a été composé. Sans doute le sculpteur était sous l'influence d'un astre contraire, car il a gâté bien inutilement un beau morceau de marbre. Son œuvre démodée ne nous rappelle nullement M"« Mars, qui d'ailleurs était morte quand Dantan aîné se mit au travail.
Détail curieux, c'est M"* Rachel qui a fait don de ce buste à la Comédie- Française.
Le buste de M'" Rachel, par Dantan aîné (18)9), est bien supérieur au précédent, et réhabilite l'artiste compromis par son image de M"" Mars.
Deux morceaux qui déHent la critique, ce sont les bustes de M"» Clairon et de M"" Dangeville par J.-B. Lemoync. Voila
deux œuvres précieuses. La première date de 1761. La seconde, celle qui représente Marie-Anne Botot-Dangeville, a été donnée à la Comédie par M™^ Devienne-Gévaudan.
Elle était autrefois placée sur une colonne de marbre cannelé qui portait le nom de la donatrice sur un écusson. L'amour de la symétrie — cette passion bourgeoise — a fait reléguer dans quelque grenier le fût de ce buste^ et disparaître le nom de celle qui l'avait gracieusement offert au Théâtre-Français.
Le buste de Provost, fait par Feuchère en 1846^ clôt la série.
C'est une œuvre honorable et surtout d'une remarquable exactitude.