GALERIE
ALLANT DU FOYER DES ARTISTES A l'aDMINISTRATION
Cette galerie n'est, à vrai dire, que la continuation de la précédente, qui tourne à angle droit devant la porte du foyer des artistes. Elle se distingue par la même obscurité et le même entassement de richesses.
Nous y avons découvert un portrait de M"^ Mars, copié d'après le tableau de Gérard qui appartient à M. de Mornay, un portrait de M"" Raucourt copié par Philippes, et un joli portrait de M. Belcourtj jouant de la harpe. Nous avons eu beau examiner à la loupe les ombres de ce portrait, décrocher le cadre, interroger le revers de la toile, nous n'avons pu découvrir le nom du peintre.
Il faut s'attendre, du reste, à ces déconvenues dans le musée de la Comédie. Les tableaux cachés dans l'ombre des couloirs, ne s' éclairant que très- faiblement à l'heure des représentations quand le va-et-vient affairé fait passer devant eux les comédiens pressés par les régisseurs, sont un peu oubliés. Les jeunes socié-
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taircs, qui, par tradition, connaissent les principales toiles de leur foyer, ignorent ces portraits dédaignés. Les anciens socié* taircs, déjà retirés du théâtre, ont emporté avec eux la coniuissance de détails qui concernent les œuvres et qui pourraient être curieux. Chaque jour augmente ainsi la difficulté de reconsti' tuer les origines du musée.
Ainsi, nous voilà devant un très-beau portrait d'actrice, qui nous parait une toile de premier ordre, datant du siècle dernier. Nous demandons à tous les échos de qui est cette œuvre et quelle est l'artiste qu'elle représente. Longtemps nos questions restent sans réponse. Enfin, nous avons la bonne fortune de nous adresser à un des plus éminents sociétaires retraités qui nous apprend ceci :
Cette toile a été donnée à la Comédie par M"* Volnys, à qui elle avait été léguée par M. Bouilly. M"* Volnys ignorait le nom de l'actrice dont ce tableau reproduit Timage j on chercha, à l'aide des documents gravés ou peints que l'on possède, à donner un nom à cette belle comédienne du siècle passé. La première opinion émise voulut reconnaître en elle Adrienne Lecouvreur; mais un examen attentif du tableau fit découvrir, sur l'urne que tient l'actrice, une figure de Voltaire. Les traits tirés, les rides du visage du poëte indiquaient que ce médaillon avait été peint dans les dernières années de la vie de Voltaire. Cela valait une date, et cette date, de beaucoup postérieure à la mort d'Adrien ne Lecouvreur, ne permettait plus de voir son image dans le portrait en question. Mais le siège était fait. Une personne influente, qui s'était prononcée en faveur de la première hypothèse, ne voulut pas en avoir le démenti. Pour se donner pleinement raison, elle supprima cet importun de Voltaire qui venait si mal à propos détruire une déduction savante. Un repeint sur l'urne, quelques coups de pinceau sur la figure du malicieux vieillard... et tout fut dit.