I Ç 2 LE MUSEE
se chargea de la représenter. Il le fit, en effet, et avec un certain bonheur de pinceau.
Ajoutons que la plupart de ces artistes firent don de leurs œuvres à la Comédie.
Parmi les cadeaux artistiques que le Théâtre-Français a reçus, nous devons citer un portrait de Diderot au pastel qui a été gracieusement offert par M. Opigez.
M™° de Romance-Romany , qui a déjà deux tableaux dans le foyer des artistes^ et un tableau dans la salle du comité, peut compter trois autres toiles signées de son nom dans l'escalier que nous visitons. Six tableaux de la même main, cela nous donne à refléchir, et la conclusion de nos réflexions est que M"^ de Romance-Romany a dû probablement se montrer trèsgénéreuse envers le Théâtre -Français. Cette conclusion nous est d'autant plus agréable qu'elle nous permettra de ne pas nous montrer trop sévère pour ses œuvres. Nous ne dirons donc rien de la copie qu'elle a faite du portrait de M"" Bourgoin par Sicardi, ni de son portrait de M"° Raucourt, dans le rôle d'Agrippine, qui sont des toiles ordinaires, et nous nous arrêterons plus longuement devant son portrait de M^^Thénard.
^mc Thénard, empanachée de plumes et terrible sous un galant échafaudage de cheveux , semble jeter à un Oreste invisible un regard de haine et de mépris.
— ■ Tais-toi , perfide !
Ces trois mots, inscrits sur un cartouche, avec la mention : Andromague , rôle d'Hermione, acte V, scène 3^, — justifient Tair très-courroucé de la tragédienne.
Ce portrait est fort intéressant. Il a été habilement copié d'après un portrait original qui appartient encore à la fille de M"" Thénard.
Voici venir des noms de peintres cdibrcs. C'est d'abord celui de M. Jules Lcfebvre qui a peint en i8f 6 un tré»-be«u portrait de femme. Le talent du jeune maître, sa manière personnelle, se retrouvent dans cette œuvre intéressante.
Puis vient M. J.-L. Gérôme, auteur d'un ponrait en pied de Raclîcl.
La grande tragédienne est enveloppée dans un costume antique : tunique longue et serrée au corps, pcplum couvrant la gorge de mille plis. Uachel se tient debout, grande comme une apparition de Romaine, ayant près d'elle une colonne de marbre sur laquelle sont inscrits ses meilleurs rôles. On peut reprocher à cette peinture d'être trop faite. Le fini excessif donne un peu de raideur et de froideur à l'image de celle dont le talent fut si profondément passionné. Le parti pris de la ligne y triomphe exclusivement.
Il est intéressant de comparer ce portrait de Rachcl, par Gérômc, avec le portrait de Rachcl, par Dubufe, qui se trouve dans le foyer des artistes.
Puisque le nom de l'illustre tragédienne est revenu sous notre plume, profiions de l'occasion pour y joindre un chiffre qui a son éloquence et qui est comme la consécration mathématique de son talent.
Lors de la vente de la bibliothèque de Jules Janin, en février 1877, il se trouva parmi les livres du critique un petit manuscrit donnant jour par jour les ouvrages représentes à la Comédie- Française avec le concours de M"* Rachel, le chiffre des recettes journalières et le total. Ce total s'élève à 4,594,3)1 fr. 10 cent. Nous le citons à titre de simple curiosité.
Après Rachel, voici un portrait de Talma par Lagrenée fils; puis, un portrait de Lekain par P. Le Noir — c'est au moins le quatrième portrait de Lekain par Le Noir que nous enregis-
ïH
trons, — et enfin un portrait de Voltaire peint par Pajou en 1 8 1 1 . Ce Pajou était le fils du fameux sculpteur.
Il ne nous reste plus à signaler que deux Crispin très-réussis, mais dont nous ignorons l'auteur, et un paysage de Maraudon de Montyel (1842) représentant la forêt 'où le Médecin malgré lui lie ses fagots. Les figures qui sont dans ce tableau ont été faites par Horace Vernet.
Pour finir la série des portraits, saluons, dans un costume avantageux qui découvre les bras les plus beaux et les plus belles épaules du monde, la célèbre M"® Lange, dont le portrait a été offert à la Comédie- Française par M'^^ Fitz-James.
Parmi les bustes qui garnissent les enfoncements des paliers, quelques-uns sont tout à fait remarquables. Celui de Casimir Delavigne, en bronze, par P.-J. David d'Angers, est peut-être un des plus intéressants par sa facture et son modelé. Le buste en marbre de M"^ Mars, sculpté en 1825 par le même artiste, est non moins curieux.
Mais nous préférons encore à ces deux œuvres, qui sont pourtant d'un maître, deux bustes en terre cuite et un médaillon en marbre que nous allons décrire.
Le médaillon, qui mesure un mètre cinquante de hauteur, est un portrait en relief de Regnard, d'une exécution tout à fait remarquable. Il dénote de la part de son auteur, resté inconnu, un art personnel et original, un ciseau sûr et puissant, un goût pur. La perruque est disposée et fouillée très-heureusement. Le profil s'accuse avec des valeurs nettes et un modelé rare.
Ce médaillon magnifique a été donné à la Comédie par M. Papillon de la Ferté.
Quant aux deux bustes en terre cuite, ce sont des vétérans du Musée. Ils sont arrivés, les seconds, dans la galerie de la Comédie, apportés par Caffieri en 177} . L'un représente La Fontaine;
l'autre , Philippe Quinault. On a pu les voir et les admirer à l'exposition organisée au Palais-Bourbon en faveur des Alsaciens- Lorrains. On les retrouvera dans toutes les grandes expositions artistiques auxquelles la Comédie prêtera son concours, car ce
sont des œuvres de premier ordre.