CABINET DE L'HUISSIER DE L'ADMINISTRATEUR
On a relégué dans cette salle un certain nombre d'œuvres qui ne rentrent pas dans le cadre spécial du Musée de la Comédie. Ainsi nous y voyons un petit paysage , fait par M. Coignet, dans les environs de Palerme, à Bago; une négresse et deux enfants, de Théophile Fragonard, don de M. le baron Taylor; un paysage de Mirecourt; une vue de Charonne, par Justin Ouvré; un groupe d'Arabes, de E. Lessore;des aquarelles et des dessins de A. et Tony Johannot, Eugène Lamy, Desenne, etc.
Nous n'avons pas à nous préoccuper de la valeur de ces oeuvres. Ce que nous recherchons en ce moment, ce sont des documents pour l'histoire du Théâtre.
A ce titre, nous devons une mention particulière au portrait de Baptiste aîné par Isabey. Ce n'est qu'un crayon, mais un crayon magistral.
Le portrait d'Hoffmann par L. Boilly nous intéresse aussi, et nous amène à regretter que le Musée de la Comédie ne possède que ce seul portrait de critique dramatique.
Nous arrivons à la grande rdscrvc du Musée de U Comàlic L'escalier des artistes est peuple du haut en bas de figures SORI" brcs ou gaies^ avenantes ou farouches, aimables ou moqueuses. Les Mascarille, les Scapin , les Athalie, les Colette et les Célimène semblent faire la haie sur notre passage.
Puisque les voilà si pittoresx]ucment rangés, passons les lous et toutes en revue.
Voici d'abord un gracieux portrait au pastel de .M"" Dange» ville, qui vient d'être restaure et qui parait aussi frais, aussi pimpant, aussi velouté qu'au premier jour. Pas d'indication sur le cadre; mais ces quelques lignes écrites à la main sur le revers du tableau :
« M"" Dangeville dans le rôle de Colette des Trois Cousines par Vigée, de Tacadémie de Saint-Luc, père de M"« Vigéc- Lebrun. »
Nous voilà renseignés, passons outre.
Notre attention est éveillée par deux Hguresdc femmes peintes côte à côte sur une même toile. Ce tableau , à en juger d'après la facture et l'intensité d'ombre prise par les bitumes, appartient à l'école du xvii» siècle. Reste à savoir quelles sont les deux actrices qui se sont fait représenter ensemble, comme deux intimes amies. Jusqu'ici on avait cru reconnaître en elles M"" Denncbant (i68o-i68j) et Champmeslé (1679-1698). Si cette hypothèse était juste, ce double portrait n'aurait pu être fait que de t68o à 1685, c'est-à-dire pendant le temps où les comédiennes se sont trouvées ensemble au Théâtre-Français.
Mais est-elle juste?
M. Georges Mondain-Monval, l'obligeant archiviste de U
Comédie, a bien voulu nous communiquer une lettre de Planât, relative à cette toile intéressante. Voici ce document :
(I Paris, 26 novembre i838.
« Monsieur,
« Ainsi que je vous l'ai promis hier au soir, je vous envoie le portrait de la Champmêlé peint par François de Troy, père de Jean- François de Troy qui a fait le portrait de Baron que possède la Come'die- Française. M. le chevalier de Langeac a posse'dé un autre portrait de cette actrice par le même peintre et dont la tête et le buste étaient parfaitement semblables à la tête et au buste de celuici; mais la Champmêlé était seule, tandis qu'ici elle est groupée avec une autre femme. M. de Langeac pensait que son tableau était antérieur de quelques années à celui que je vous offre et présumait que le portrait de profil que de Troy avait ajouté pourrait bien être celui de M^^^ Desmares, nièce de M™* Champmêlé. Son opinion n'était fondée que sur la ressemblance qu'il croyait trouver entre ce profil et les autres portraits connus, peints ou gravés, de cette ]yiHe Desmares : au reste, Monsieur, vous avez dans votre foyer un portrait de cette dernière actrice, et vous pourrez facilement éclaircir cette question. Si ce n'est pas M}^" Desmares, ce ne peut être assurément que quelque comédienne distinguée de ce temps-là; mais je vous garantis que ce n'est point la d'Ennebaut, comme quelques personnes l'ont présumé. Je pencherais plutôt pour M"« Duparc.
« Le portrait que possédait M. de Langeac, celui-ci et la miniature du cabinet de feu Lamessengère, sont les trois seuls originaux que j'aie connus de M"»^ Champmêlé; et je crois fort qu'il n'existe d'elle aucune gravure ancienne d'aucune sorte; toutes mes recherches, soit à la Bibliothèque royale, soit dans les cabinets des plus passionnés amateurs de portraits, ont été infructueuses à cet égard. Voilà, Monsieur, ce qui me fait présumer d'avoir trouvé une heureuse occasion d'être agréable à la Comédie- Française, en lui procurant la facilité d'acquérir un tableau bien rare et surtout un portrait intéressant pour elle.
« J'ai l'honneur, etc., etc. « Planât,
« Rue Grenelle-Saint-Honorê, 14. »
P.- S. — La signature du peintre se trouve au bas du manteau de la Champmêlé sur la broderie.
Après avoir pris connaissance de cette lettre, nous n'avions plus qu'à comparer ce tableau avec le portrait de M"* Dcsmarcs. Cet examen nous a fait adopter l'avis de Planât. Nous sommet bien en présence de la Champmélé et de sa nièce, et le double portrait de François de Troy mériterait, par son intérêt historique et artistique, une place meilleure que celle qui lui a été assignée dans le musée.
Le classement fantaisiste qui a présidé à la distribution des tableaux sur les murs de l'escalier des artistes amène des rcfi> contres imprévues. C'est ainsi que Joanny coudoie la belle Champmesié, tandis qu'un portrait de Michot par M** F. O'Connell (i8n) se trouve voisin de M"* Catherine Je Seyne par M. Faustin-Besson (1859).
M"* de Seyne a eu le bonheur d'avoir son portrait fait par Chaplin, en iSn* Moins rose que les figures de fantaisie si chères à cet artiste, le portrait de M"* de Seyne est une toile remarquable : ce qu'il perd en excès de grâce, il le gagne en fermeté et en sincérité.
Muller, dont le talent est bien connu, a fait une belle copie de Grandval dans son parc d'après Lancret.
C'est pendant la direction de M. Arsène Houssaye qu'ont été faits tous les tableaux signés par MM. Chaplin, MuUer, Faustin- Besson et par M"' F. O'Connell. Ces artistes, embrassant chaleureusement le projet de M. Houssaye, partageant aussi son amour pour le xyih" siècle, ont tenté, à l'aide de gravures et de documents iconographiques, de représenter quelques acteurs et actrices célèbres dont le Musée de la Comédie ne possédait pas d^images. Ainsi furent faits les portraits de M"" de Seyne et Devienne, et de Grandval. M" Favart ne pouvait manquer de tenter le pinceau d'un de ces portraitistes. M. Faustin-Besson