‹ Le Musée de la Comédie-FrançaiseChapitre 30 sur 48 · LA BIBLIOTHÈQUE · texte numérisé non relu

LA BIBLIOTHÈQUE

Le 1 1 mai 176), Palissot écrivit à MM. tes comédiens ordinaires du roi la lettre suivante :

€ Je vous présente, messieurs, un recueil de mes ouvrages : ceu« que j'ai composes pour le thcilire vous appartiennent; les autres sont un gage de la reconnaissance que je dois à vos talents. Je ne m'abuse pas sur la valeur du présent que je vous fais; mois je suis bien aise de donner le premier un exemple qui peut contribuer k réaliser un projet que j'ai fait depuis longtemps pour l'honneur de votre théâtre.

n II me semble, messieurs, qu'il vous manque une bibliothèque, et que vous êtes d'autant plus intéressés à vous en former une qu'elle contiendra en quelque sorte les archives de votre propre gloire. En effet, le théâtre ne vous doit-il pas le divin Molière et beaucoup d'autres justement célèbres ? Je ne connais aucune Société littéraire qui puisse se prévaloir d'avoir enrichi la scène d'un aussi grand nombre de productions distinguées.

« Ce projet aurait aussi son utilité, même pour les gens de lettres, qui pourraient puiser dans cette bibliothèque des ressources qu'ils n'ont pas toujours à leur portée. Les frais n'en seraient pas trcsdispcndieu^ : car enfin cette collection n'est point immense, et tous les auteurs modernes se disputeraient l'honneur de contribuer à cet établissement par un tribut de leurs ouvrages. C'est l'exemple que j'ai voulu donner, et qui vous prouvera du moins combien je suis sensible à la gloire des arts et particulièrement à la vôtre.

t J'ai l'honneur d'être, etc.

« Palissot. •

Les comédiens répondirent aussitôt :

« Monsieur,

( Nous avons re^u avec plaisir le recueil de vos ouvrages que vous nous avez envoyé lundi dernier. C'est une attention dont nous vous remercions tous. Vous avez raison de penser que la Comédie

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devrait avoir une bibliothèque. Il est vrai qu'il est bien extraordinaire que les ouvrages dramatiques soient entre les mains de tout le monde et que nous n'en ayons pas la collection la plus exacte.

« Nous avions eu depuis longtemps la même idée; mais toujours sans effet. Votre honnêteté, à laquelle nous sommes sensibles, va presser l'exécution d'un projet avantageux, et qui peut faire honneur à notre Société. Nous vous renouvelons encore nos remerciements, et nous avons l'honneur d'être, etc.

« Le lundi i6 mai 1763. »

Cette lettre était signée par les acteurs et les actrices de la Comédie. Bachaumont, qui en eut connaissance coriime tout le monde, s'extasie, dans sqs Mémoires secrets, « sur le ridicule de la lettre de Palissot et de la réponse ». Ce sentiment ^ qui fut peut-être partagé par quelques-uns de ses contemporains, rehausse à nos yeux la démarche de Palissot. S'il y avait péril à la faire, il n'en a que plus de mérite de l'avoir faite.

Quoi qu'il en soit, treize ans après, la bibliothèque de MM. les comédiens ordinaires était déjà devenue assez considérable, et Palissot, satisfait des succès de son idée, se plaisait à rappeler qu'il avait le premier donné l'élan.

« Je suis, messieurs les comédiens, écrivait-il en 1776, le premier qui vous ait donné l'idée de vous fonder une bibliothèque dramatique, à laquelle tant de raisons devaient vous intéresser. »

Il n'existe pas d'autre document concernant la bibliothèque de la Comédie-Française avant la Révolution, et celui que nous fournit la période révolutionnaire est dérisoire. C'est un extrait de l'inventaire du 29 germinal an VII, qui fut fait par ordre du ministre de l'intérieur, au moment où le théâtre était fermé, et où, très-probablement, les sociétaires avaient emporté chacun de leur côté une partie des livres de la collection.

Voici néanmoins ce document qui fait connaître la situation officielle de la bibliothèque de la Comédie-Française en l'an VI I .

DE LA COM^IDlK-FRANÇAISe.

BIBLIOTHÈQJJE Livres relih.

ŒuVRBff Ok PlKRRt COKNULLB, 6 VOl. défMirdIlét.

— Thomas Cornlillk, | vol.

Racine, les tomes I*' et III.

MoLikRB, les tomes II, V, VI, VII, VIII et le V«,

en double.

Regnard, les tomes II, III et IV.

Destouches, les tomes I»', II, 1\ . \, \ I, \ll

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