‹ Le Musée de la Comédie-FrançaiseChapitre 7 sur 48 · GRAND ESCALIER · texte numérisé non relu

GRAND ESCALIER

Voici un buste d'Alexandre Duval très-ressemblant; un buste de Ducis signé par Taunay et daté de 1 8 1 2 ; un buste d'Andrieux, né sous le ciseau de Carie Elshoëct en 1836, et enfin un buste de Picard par Dantan aîné, 1838.

Ces marbres ne sont bons qu'à remuer des noms et à évoquer des souvenirs. Ils ne parlent pas à notre admiration.

Une lettre adressée par M. Iselin à la Comédie-Française, le 5 mars 18^8, nous apprend que nous ne sommes pas seuls de cet avis — au moins en ce qui concerne le buste de Picard.

M. Iselin, ayant fait le buste de Picard pour l'Académie française, écrit ceci :

« Le modèle original de ce buste me reste à mon atelier et j'ai l'honneur de vous l'offrir pour la Comédie-Française en remplacement de celui que vous possédez et qui, selon votre opinion, Monsieur le Directeur, laisse tant à désirer sous le rapport artistique et surtout comme ressemblance. »

Il faut que nous poursuivions notre chemin jusqu'au

PREMIER VESTIBULE Entrée par la rue Richelieu

pour trouver une oeuvre remarquable. Cette œuvre, c'est la statue de Talma étudiant un rôle, faite par David d'Angers en 1837. L'artiste, qui s'est rendu célèbre par tant de sublimes inspirations, a donné à Talma, en même temps que le costume, l'attitude d'un César songeant aux destinées de son empire.

Grâce à cette idée, il a évité de nous représenter Talma en habit à collet haut, en culotte courte, en bottes. Un autre, moins artiste, eût représenté le grand tragédien tout battant neuf, à la dernière mode, un Talma sortant de la Belle-Jardiniére, et nous n'aurions eu qu'un faux Talma, tandis que le Talma héroïque, drape, à moitié nu, montrant la gloire de son torse, tel que David d'Angers l'a créé, est le seul Talma dont la pofttérité puisse se souvenir.

Cette œuvre curieuse, qui semble accueillir les spectateurs à rentrée du théâtre, et â laquelle les colonnes du vestibule font un cadre harmonique, était destinée primitivement à Hgurer sur le tombeau de Talma dans le cimetière du Père- Lachaise. La Comédie-Française avait souscrit pour dix mille francs pour sa part. Quelques années s'écoulôrentj on éleva â Talma un monument qui ne comportait plus de statue, et David dWngers ayant terminé son travail, le donna le 29 mars 18)7 à la Comédie qui n'avait encore versé qu'un à-compte et qui compléta alors sa souscription par un nouveau versement de quatre mille francs.

Talma n'est pas seul à l'entrée de la Comédie-Française; deux statues allégoriques lui servent de cortège. Toutes deux sont de Duret; toutes deux porterit la date de 1857. L'une d'elles représente la Tragédie méditant ses péripéties sanglantes, ses plus sombres dénoûments; l'autre, plus souriante et plus aimable, personnifie la Comédie.

C'est aussi sous la colonnade du grand vestibule que s'élève, depuis le mois de juin 1877, la fameuse statue de Clésinger. Bien qu'elle porte inscrits sur son piédestal ces mots : ■ La Tragédie, » tous ceux qui la regardent disent : « Rachel. » C'est elle, en effet, qui d'une main tient un poignard et qui ramène, de l'autre, le péplum antique sur son sein nu. C'est elle, la

grande et la sublime^ qui personnifie pour nous l'art tragique dans ce qu'il a de plus élevé.

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