‹ Le musée de la conversation: répertoire de citations françaises, dictons modernes, curiositésChapitre 10 sur 434 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

essuyer ! combien de ces mots aventuriers qui paraissent subitement, durent un temps, et que bientôt on ne revoit plus !

[Les Caractères, chap. \ : De la Société et de la Conversation, 11"^ alinéa.)

En offrant au public les résultats de nos recherches, nous avons cru pouvoir lui rendre plusieurs sortes de services. Nous avons pensé d'abord qu'il lui serait commode de trouver réunis dans un même ouvrage un grand nombre de renseignements qu'il est difficile d'avoir toujours présents à la mémoire et dont la recherche demande parfois beaucoup de temps et de peine.

En lui fournissant avec autant d'exactitude que possible les textes originaux des formules qu'on a souvent l'occasion de citer, nous le mettons à même d'en mieux comprendre la signification. Rien de plus juste en effet que ce principe énoncé par Charles Nodier, dans ses Notions de linguistique (1834, chap. ix, p. 168) :

Quiconque parle sans se rendre compte de la valeur originaire de sa parole, et le ciel fasse grâce à tous ceux qui sont dans ce cas, en sait à peine la moitié. Ce qui fait vivre la parole n'y est plus.

Ce n'est pas moi qui dis cela, prenez-y garde ! c'est Cicéron et c'est Montaigne !

Nous voudrions aussi éviter aux écrivains certaines erreurs de texte et d'attribution comme on en a vu se produire jusque dans les discours académiques. Ce sont là fautes vénielles, sans doute, encore nous accorderat-on qu'il est préférable de n'y point tomber.

Nous ne prétendons certes pas qu'il faille toujours employer les formules telles que leurs auteurs les ont écrites. Il en est beaucoup qui circulent déformées et

DES « MOTS QUI RESTENT » XUl

remaniées par le public, et cela pour sa plus grande commodité. On donne, par exemple, comme étant de Buffon, le mot fameux : Le style, c'est Vhojnine, On ne saurait guère, en vérité, sous peine d'être taxé de pédantisme, le citer sous sa forme primitive : Le style est Vhomme même.

On ne manque pas d'attribuer à Boileau le vers :

Le Français né malin créa le vaudeville.

Si Ton tenait à citer exactement, il faudrait y joindre le vers précédent, et dire, ce que nous ne conseillerons à personne :

D*iln trait de ce poème, en bons mots si fertile, Le Français né malin forma le vaudeville.

Il en est de même de ce vers si connu :

II est avec le ciel des accommodements.

On verra dans notre recueil que ce vers n'est pas dans le Tartuffe, mais qu'il est un abrégé de deux vers de cette comédie, qu'il serait parfaitement ridicule et prétentieux de citer correctement. Dans tous les cas semblables, il faut choisir sans hésiter la variante la plus répandue, en s'abstenant bien entendu de toute fausse attribution.

Pour établir avec quelque certitude l'origine des formules qui nous occupent, nous n'avons accordé aucune créance aux renseignements vagues dont on s'est trop souvent contenté, aux hypothèses plus ou moins fantaisistes qui ne sont appuyées d'aucun document, d'aucun texte précis. C'est ce qui nous a fait écarter la plupart des anciens proverbes, pour lesquels

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