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CANAILLE

« L'immense canaille de l^ombre. »

Victor Hugo. Les Travailleurs de la mer. Livre III, chap. I : V extrême touche f extrême et le contraire annonce le contraire.

Subitement on entend un grand murmure confus... Il y a quelqu'un derrière l'horizon.

Quelqu'un de terrible, le vent.

Le vent, c'est-à-dire cette populace de titans que nous appelons les Souffles.

L'immense canaille de Vomhrc.

Canard (fausse nouvelle).

A quelle époque a-t-on commencé à appeler canards les faux bruits et les histoires extraordinaires que les journaux mettent en circulation ?

D'après M. Paul Lacroix (Mystificateurs et mystifiés, 1875, p. 276), ce fut au commencement de la Restauration que Ton prit l'habitude de désigner ainsi les

fausses nouvelles imprimées sur des feuilles volantes, dont la police favorisait la propagation.

Les circonstances ont pu vulgariser l'emploi du mot à cette époque, mais nous croyons qu'on peut lui assigner une origine beaucoup plus ancienne.

On lit, en effet, dans les Curiosités françaises d'Oudin (1656) :

Vendre ou donner un canard à moitié, — « Mentir, en donner en garde, en faire à croire (sic), »

Expression « vulgaire », dit l'auteur, qui figurait déjà dans la Comédie de Proverbes, de Montluc (1616).

On disait aussi plus simplement (voy. Richelet et Furetière) : « donner des canards à quelqu'un ».

Le mot canard, pris dans le sens dont nous parlons, est très probablement un débris de cette ancienne locution, aujourd'hui hors d'usage.

On lira avec intérêt une Histoire véridique du canard, par Gérard de Nerval, dans le recueil intitulé le Diable à Paris (éd. de 1857, p. 97).

L'auteur y passe en revue les plus célèbres canards, mais ses renseignements manquent de précision.

Le Charivari du 26 juillet 1850 raconte l'amusante lutte de canards qui venait de se livrer entre Dorinval (sobriquet de Delamarre, rédacteur en chef de la Patrie) et Mimi Véron (le docteur Véron, directeur du Constitutionnel), Ils avaient fait un pari que devait gagner celui des deux qui ferait avaler la plus forte bourde à ses lecteurs. Au second engagement, le premier n'ayant pas eu de résultat, Mimi Véron aurait terrassé son adversaire par l'annonce de la succession d'un certain Bonnet, qui, mort en Amérique, laissait 40 millions à tous les Bonnet de France. L'émotion fut

telle, paraît-il, parmi les innombrables Bonnet, que le grave Moniteur lui-même dut intervenir {Charivari du 27 juillet).

a Les canards Tont bien passée. »

Chacun se souvient de Tair sur lequel ce refsain se chantait dans le Pont-cassé, une des pièces les plus classiques du théâtre des ombres chinoises. Nous transcrivons ce fragment de la scène ii d'après Feu Séraphin^ Histoire de ce spectacle depuis son origine jusqu^à sa disparition, i77&-i870 (Lyon, Scheuring, 1875) :

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