CHAUMONTEL — CHAUVIN
il tient à sauver les apparences. En épousant Caroline, il lui a promis de renoncer à toutes ses habitudes de plaisir, au jeu, au tabac, etc. Sa femme a voulu que, pour s'occuper, il se lançât dans les affaires. Adolphe en profite pour se distraire et invente une certaine affaire Chaumontel qui lui sert à masquer toutes ses fredaines.
Caroline ayant des soupçons, il pousse la duplicité jusqu'à lui présenter un faux Chaumontel en la personne d'un de ses amis.
L'idée était amusante, et a l'affaire Chaumontel b est restée le type des prétextes imaginés par les maris pour donner le change sur leurs infidélités.
CHAUTIN.
Ghanvin.
Il ne semble pas facile de déterminer avec précision dans quelles circonstances le mot chauvin a paru pour la première fois avec le sens que nous lui donnons aujourd'hui.
Il fut d'abord très probablement le nom d'un brave des armées du premier Empire qui s'était fait remarquer par son enthousiasme guerrier. Dans le très intéressant article que M. Jacques Arago consacre à ce type popula'ire dans le Dictionnaire de la Conversation (2* éd., 1853), nous trouvons quelques indications à cet égard :
Un renseignement précis, nous dit-il, nous arrive (Jes archives de la guerre... Nicolas Chauvin, celui-là même qui a francisé le mot placé en tête de cet article, est né à Rochefort. Soldat à dix-huit ans, il a fait toutes les cîun-
pagnes. Dix-sept blessures, toutes reçues par devant, trois doigts amputés, une épaule fracturée, un front horriblement mutilé, un sabre d'honneur, un ruban rouge, deux cents francs de pension, voilà le vieux grognard qui se repose au soleil de son pays en attendant qu'une croix de bois protège sa tombe.
Voilà certes un Chauvin qui mérite bien la longue popularité vouée à son nom. Mais il est à croire qu'il y a eu plus d'un brave soldat de ce nom dans l'armée impériale, et l'auteur de l'article ne nous dit point sur quelles raisons il s'appuie pour affirmer que celui-là plutôt qu'un autre a enrichi notre langue d'un nouveau substantif.
Nous citerons notamment un certain Chauvin (Charles- Pierre) qui poussa l'amour de Napoléon jusqu'à l'accompagner à Sainte-Hélène. En 1835, âgé de 42 ans, il était employé au cabinet du préfet de police et figura comme témoin dans le procès de Pieschi, ce qui nous a révélé son existence. [Attentat du 28 juillet 1835, t. II, p. 472.)
D'après le dictionnaire de Littré, Chauvin serait t le nom d'un personnage de quelques dessins populaires, exprimant des sentiments d'un patriotisme aveugle et étroit au sujet des succès et des revers de Napoléon P' D.
C'est bien, en effet, dans les dessins faits sous la Restauration, et en particulier dans les lithographies de Charlet, que nous retrouvons les premiers indices du personnage en question, et peut-être biien estrce à lui que nous devons cette création.
La lithographie classée sous le n** 627 dans le Journal de la librairie du 14 août 1824 (p. 502), et sous le n* 567 du catalogue dans Charlet, sa vie, ses lettres, par M. de La Combe (1866), représente un grenadier assistant
un conscrit prêt à se battre en duel, et lui disant :
Je suis Français, tu es FrançaiSf il est FrançaiSy nous sommes tous Français ; Chauvin, Vaffaire peut s'arranger.
Quelques années plus tard (1837), Charlet publiait une série de dessins retraçant la Vie civile et militaire du capitaine Valentin (n"" 933 du catalogue). La légende de la planche 20 pourrait donner quelques indications sur l'origine ou tout au moins sur l'histoire de Chauvin :
Sapeur, dit Valentin, j'suis pas Tami Chauvin de M. Horace Vemet et de M. Charlet, des farceurs I qui nous font rapporter des serins dans des cages et régaler messieurs les sapeurs.
Le Chauvin, tel qu'il semble être sorti des mains de Charlet, est donc le type du jeune conscrit, récemment arrivé au régiment, et ayant encore conservé presque toute sa naïveté primitive.
Il n'est pourtant plus déjà ce qu'on appelait vers la même époque le Jean-Jean ou le conscrit tout frais débarqué de son village natal, ni le blanc-bec, suivant une expression qui serait encore plus ancienne. (Voy. à ce sujet l'article Jean-Jean dans le Dictionnaire de la Conversation, 2* édit., par M. Ourry.)
La popularité de Chauvin paraît s'être considérablement accrue à la suite du succès d'un vaudeville des frères Théodore et Hippolyte Cogniard : La Cocarde tricolore, épisode de la guerre d'Alger (3 actes), qui fut représenté pour la première fois aux Polies-Dramatiques le 19 mars 1831.
Chauvin y paraissait dans un des principaux rôles, sous l'aspect d'un jeune conscrit, mélange de naïveté et
de patriotisme. A ses côtés figurait son ami Dumanet, autre conscrit, dontja tradition associe souvent le nom à celui de Chauvin.
Citons, d'après cet ouvrage, quelques traits qui donneront une idée du caractère de Chauvin.
A l'acte P' (scène v), il se plaint dêtre malade, et nous explique par ce couplet, qui fut fameux en son temps, les causes de son indisposition :
J'ai mangé du chameau,
J'ai r venir* comme un tonneau,
J'verrai pus (bis) mon hameau,
Ça m' brûr dans chaqu' boyau.
Dir' qu'un peu d'aloyau
Peut conduire au tombeau !
J'ai mangé du chameau {bis).
D' puis c' matin au bivouac
J'ai des coliqu's d'estomac.
Moi j' croyais m' mettre en frairie,
J' mang' de c'te viande de bouch'rie,
On m' disait qu' c'était bon,
Et comm' c'était nouveau,
J'en mange un bon morceau ;
Mais c'était de la poison.
Plus loin (acte II, scène viii), nous retrouvons Chauvin guéri (et aguerri), qui s'empare de la personne du dey :
DUMANET (de la coulisse). — Où es-tu, Chauvin? CHAUVIN. — Par ici !... Je tiens 1' dey ! il est vaincu ! DUMANET. — Amène-le ici !
CHAUVIN. — J' voudrais bien... mais y n'veut pas me lâcher.
En récompense de ce haut fait, Chauvin est nommé caporal :
Caporal ! s'écrie-t-11, quel honneur ! Ça me coupe la respiration... Sophie ! tu seras fierté de ton amant !
CHAUVIN loi
Ce n'est pas sans raison, on le voit, qu'à dater de cette pièce la réputation du brave. conscrit fut définitivement consacrée.
Chauvin ne s'est pas contenté de ses lauriers gagnés au champ d'honneur. Il a eu ses heures d'inspiration et a taquiné la muse à ses moments perdus.
Nous avons, en effet, sous les yeux un petit recueil de chansons publié en 1833, qui a pour titre : Guirlande poétique et militaire de Chauvin, (La 1" édition est de 1825.)
Nous y constatons avec plaisir que l'amour est, avec la gloire, une des principales préoccupations de Chauvin. Nous y relevons les titres suivants : Les Amours de Chauvin et la belle Jeanneton, Fructus belli ou V Amoureux Sergent, dont voici le premier couplet :
Mes chers parents, ne plurez plus.
Je raviens de la guerre.
Dupuis que je n' vous ai pas vus,
J'ai eu mon sort prospère, Je suis borgne... mais j* suis sergent:
Un œil c'est assez suffisant...
Ous qu'est celle qu'elle a mon cœur?
Que je lui fasse son bonheur.
[bis)
Afin qu'il n'y ait aucun doute possible sur l'auteur de ces poésies, la dernière page de la brochure porte ces mots : Chauvin composa-vite.
Nous ne nous sommes pourtant pas contenté de ce document, et, désireux de connaître l'exacte vérité, nous avons appris de la famille même de ce Chauvin, que le véritable auteur était M. Alphonse Allart, homme dont l'esprit fut fort apprécié jadis dans les salons parisiens (1788-1852).
Après Chauvin, peut-être convient-il de mentionner