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CHOSE

« Pourtant J^avais quelque chose là ! »

Le poète André Chénier fut condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire le 25 juillet 1794 (7 thermidor an II), et exécuté le jour même.

Henri de Latouche rapporte qu'au moment de marcher au supplice, Chénier dit à son ami, le poète Roucher, qui allait mourir avec lui : « Je n'ai rien fait pour la postérité. » Puis il ajouta en se frappant le front : « Pourtant j'avais quelque chose là ! » (Notice en tête des Œuvres posthumes d'André Chénier ; Paris, 1839, p. xxxi.)

Le chou colossal.

Il S agit d une mystification des plus audacieuses qui fut lancée par un habile industriel un peu avant 1840, et dont parle ainsi M. Alphonse Karr dans ses Guêpes de novembre 1841 (p. 63) :

Il y a deux ou trois ans, on vit à la quatrième page de tous les journaux de toutes couleurs im éloge pompeux d'un nouveau chou...

Ce chou était le vrai chou ; les choux qu'on avait vus jusque-là n'étaient que des ébauches, des embryons de choux ; — le chou colossal de la Nouvelle-Zélande -^ servait à la fois à la nourriture des hommes et des bestiaux, et donnait un ombrage agréable pendant l'été ; — c'était un peu moins grand qu'un chêne, — mais un peu plus grand qu'un prunier : on vendait chaque graine un franc.

On en achetait de tous les coins de la France...

Il n'y avait, hélas I de colossal dans cette affaire, que la naïveté du public et Timpudence du marchand.

Au bout de quelques mois, continue M. Karr, les graines du chou colossal de la Nouvelle-Zélande avaient produit deux ou trois variétés de choux connues et dédaignées depuis longtemps ; la justice s'en mêla, je ne sais pourquoi, car c'est ainsi à peu près que travaille le commerce.

Parmi les victimes de cette fallacieuse annonce, on devait s'attendre à voir figurer M. Joseph Prudhomme.

Henry Monnier nous l'a montré, en effet, t revenu à sa charrue » comme le soldat laboureur, plantant les précieuses graines dans « sa propriété i>.

Félicité, la servante de M. Prudhomme, lui reproche de s'être laissé attraper avec de prétendus dahlias bleus :

PRUDHOMME, montrant so7i petit sac, — C'est possible,, mais voici qui ne nous trompera point.

FÉLICITÉ. — Combien avez-vous encore payé cette grainelà?

PRUDHOMME. — Cela ne vous regarde pas.

FÉLICITÉ. — II y en a bien pour dix sous. Je gage bien que ça vous coûte pour le moins quatre écus.

PRUDHOMME. — Quatre écus ? On vous en donnera pour quatre écus de la graine de chou colossal ! ^

(Grandeur et Décadence de M. Joseph Prudhommey 1852, Acte II, scène ii.)

Une fable de La Fontaine a pu inspirer l'inventeur du chou colossal.

On se rappelle le dialogue des deux voyageurs dans le Dépositaire infidèle (livre IX, fable i) :

Celui-ci se croyoit l'hyperbole permise :

J'ai vu, dit-il, un chou plus grand qu'une maison. Et moi, dit l'autre, un pot aussi grand qu'une église. Le premier se moquant, l'autre reprit : Tout doux ; On le fit pour cuire vos choux.

L'histoire du chou et de la marmite était d'ailleurs connue longtemps avant la fable de La Fontaine.

On la trouve notamment reproduite sous cette forme, par J. P. Lange, dans ses Deliciœ academicœ, d'après Jacques Pontanus (Attica bellaria, 1615-1620) :

Deux farceurs voulant un jour raconter des choses grandes et inouïes, le premier dit qu'en un certain pays il avait vu un chou d'une telle grandeur qu'il pourrait abriter cinq cents cavaliers. — Et moi, dit le second, j'ai vu dans un autre pays un chaudron que cent ouvriers étaient en train de fabriquer, et d'une si vaste dimension qu'ils ne pouvaient entendre les coups frappés par les autres. Le premier reprit : Que voulaient-ils donc faire, mon Dieu, d'un si grand chaudron ? L'autre répondit : C'était pour y faire cuire ton chou. (Heilbronn, 1665, livre III, p. 122.)

« Fils de saint Louis, montes au ciel! »

Ainsi se serait exprimé Tabbé Edgeworth de Firmont, confesseur de Louis XVI, lorsqu'il accompagna au pied de Téchafaud, le 21 janvier 1793, le malheureux prince que Michelet a eu le triste courage d'appeler le « faux martyr » . (Histoire de la Révolution française, t. VI, 1878, p. 291.)

Cette belle parole, que tant d'historiens ont répétée, a été l'objet de plusieurs études critiques, parmi lesquelles nous citerons celle de M. Louis Combes, dans ses Épisodes et curiosités révolutionnaires (1872, p. 236- 247), celle de M. Edouard Pournier (l'Esprit dans l'histoire, 5* édition, p. 379), et celle de M. Du Presne de Beaucourt, dans la Revue des questions historiques du 1" octobre 1892 (p. 5'64 à 576).

Il résulte des nombreux documents recueillis par les •deux premiers de ces auteurs que Tabbé Edgeworth n'a rien dit de semblable. Il aurait affirmé lui-même qu'il n'en avait gardé aucun souvenir, et le mot aurait été inventé dans un souper, le soir de l'exécution.

M. Combes ajoute ce détail :

M. Michelet rapporte qu'un de ses amis, fort jeune alors, Ta entendu faire. Deux journalistes, le jour de rexécution, dînaient dans un des pavillons de restaurateur à rentrée des Champs-Elysées. « Qu'aurais-tu dit à la place du confesseur? dit l'un d'eux. — Rien de plus simple ; j'aurais dit : Fils de saint Louis, montez au ciel! »

(M. Combes ne nous dit pas à quel ouvrage de Michelet il emprunte ces lignes, qui ne figurent pas dans son récit de la mort du roi.)

Ce témoignage est d'autant moins négligeable qu'il se trouve nettement confirmé par un passage des Mé-

moires du baron d'HaHSsez, ministre de la marine à la fin de la Restauration (1778-1854).

A propos d'une statue de Louis XVI allant au supplice, dont le projet avait été adopté en 1824, il écrit dans une note (t. II, p. 20) :

Le comte Beugnot m'a, à ce sujet, rapporté Tanecdote suivante : <( Le jour de la mort du roi, dit-il, j'étais avec quelques amis qui partageaient ma douleur. L'idée vint à un de nous d'ennoblir ce qui était si affligeant, et il proposa de mettre dans la bouche du prêtre qui accompagnait le monarque, le mot vraiment sublime qui a fait une si grande fortune. » Labbé Edgeworth a dû être bien surpris en voyant le lendemain dans les journaux que son coeur avait été si bien servi par son esprit.

On a cru longtemps que lauteur du mot était Charles His, qui rédigeait alors le Républicain français. M. Foumier est d'avis qu'il faut en restituer la paternité à Charles Lacretelle, dit Lacretelle jeune. Voici comment cet historien s'exprime, dans ses Dix années (t épreuves pendant la Révolution (1842, p. 134) :

Je fis dans l'un des journaux du temps, soumis à l'unique censure de la guillotine, un récit des derniers moments de Louis XVI. Comme c'était alors presque le seul où respirât de l'intérêt pour l'auguste victime, il fut généralement copié et traduit dans plus d'une langue. C^est là que se trouve le mot attribué au confesseur du roi, l'abbé Edgeworth... J'en ai cherché depuis vainement l'auteur. Je ne me crois pas assez éloquent pour l'avoir trouvé, et il me semble que le souvenir d'une telle invention ne doit point se perdre ; j'ai pu avec franchise l'insérer dans mon Histoire de la Convention, qui parut d'abord sous le titre de Précis historique (1806).

M. Combes a inutilement cherché l'article en question dans les journaux du temps. Il a trouvé le mot pouT la première fois reproduit, sous une forme un

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