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CLÉRICALISME

sures prises par le gouvernement pour réprimer les menées ultramontaines •, Gambetta terminait ainsi son discours :

Vous sentez donc, vous avouez donc qu'il y a une chose qui, à régal de Tancien régime, répugne à ce pays, répugne i^ux paysans de France... (Bruyantes interruptions à droite)... c'est la domination du cléricalisme I (Bravos et applaudissements à gauche et au centre.)

Vous avez raison, et c'est pour cela que du haut de cette tribune je le dis, pour que cela devienne précisément votre condamnation devant le suffrage universel!... (Riuneurs à droite.) Et je ne fais que traduire les sentiments intimes du peuple de France en disant du cléricalisme ce qu'en disait un jour mon ami Peyrat : Le cléricalisme ? voilà V ennemi! (Acclamations et applaudissements prolongés à gauche et au centre.)

[Journal officiel du 5 mai 18T7, p. 3284, col. 2.)

M. Alphonse Peyrat, journaliste, fondateur de V Avenir national (1865), est l'auteur de plusieurs ouvrages sur des questions religieuses. Il devint sénateur dQ la Seine, et mourut dans les premiers jours de 1891.

En sa qualité d'opportuniste, Gambetta savait, à roccasion, mettre une sourdine à ses déclamations contre le parti clérical. On cite de lui cette parole qu'il aurait dite à propos des crédits affectés à nos établissements religieux du Levant :

L'anticléricalisme n'est pas un article d'exportation.

Il est douteux que le mot se trouve dans un discours de Gambetta, mais un de ses amis nous affirme que dans Tintimité il se servait souvent de cette formule.

Le cochoB de saint Antoine.

Saint Antoine abbé, le père des religieux Cénobites, qui vécut de 251 à 356 (?), et qu^l ne faut pas confondre avec saint Antoine de Padoue (xiii* s.), avait, dit la légende, pour compagnon fidèle un cochon. Tel est du moins l'attribut que les artistes sont convenus de lui donner.

Pour expliquer cette tradition, le Dictionnaire de Larousse cite un passage d'on ne sait quelle édition de la Légende dorée [Legenda sanctorum) de Voragine, où il est question d'une truie qui, ayant mis bas un petit cochon infirme, le déposa aux pieds du saint pour obtenir sa guérison. Saint Antoine, qui avait le don des miracles depuis son triomphe sur les démons tentateurs, ayant exaucé ses vœux, la truie reconnaissante se serait pour toujours attachée à ses pas. Cette absurde histoire ne mérite pas un seul instant d'attention.

Fleury de Bellingen, dans VÈtymologie des proverbes (1656, p. 226), rapporte que les religieux de Tabbaye de Saint-Antoine de Viennois (fondée par Gaston, gentilhomme dauphinois en 1093) élevaient des pourceaux en Thonneur de leur patron. Ces animaux, reconnaissablés à la clochette qu'ils portaient au cou, allaient manger dans toutes les maisons du pays, sans que personne osât les chasser, ce qui donna naissance à ce proverbe déjà en usage au xv* siècle : « Cest le pourcheau de saint Antoine • ; c'est-à-dire : c'est un piqueassiette. (Voy. le ms. fr. de la Bibl. nat., n"* 12441 : Proverbes en vers recueillis par Jean Mielot en 1456, fol. 67.)

J. Bolland, dans ses Acta sanctorum (Anvers, 1643, t. II de janvier, p. 158, col. 2), suppose, avec Aymar Falcon, que l'usage de représenter un porc aux pieds

-de saint Antoine est un souvenir du rôle joué par cet animal dans les miracles du saint.

Ce peut être aussi, d'après Molanus (Ver Meulen), pour enseigner au peuple que le bétail est préservé des maladies par son intercession, et c'est, dit-il, « pour implorer et proclamer ce bienfait que la communauté élève en divers endroits un porc que Ion nomme le pourceau de saint Antoine •.

Le même auteur voit encore dans le choix de cet attribut un souvenir des obsessions que le saint homme €ut longtemps à souffrir de la part des démons, représentés par des porcs. (De Picturis et imaginibus sacris^ Louvain, 1570, in-12, fol. 110.)

Ajoutons que, s'il était permis de considérer la légende du compagnon de saint Antoine comme une allusion à son extrême saleté, elle serait pleinement justifiée. Saint Athanase, qui nous a laissé un récit -détaillé de la vie de saint Antoine, son contemporain, nous apprend, en effet, que jamais il ne changeait de vêtement, et qu'il manquait aux soins de propreté les plus rudimentaires. (Chap. LX.)

Tout homme a dans son cœur un c qai sommeillé.

Dans le Figaro du 15 janvier 1879, M. Philippe <jille publiait quelques notes tirées du carnet du sculpteur Auguste Préault, mort peu de jours auparavant, qui avait collaboré au journal de Villemessant.

Au nombre de ces pensées se trouve le fameux versaxiome.

On Ta souvent attribué à Charles Monselet et à Bau- ^delaire.

« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. »

Pensées de Pascal. (Edition Molinier, Paris, 1879, t. II, p. 140.)

La 1" édition des Pensées est de 1670.

Le « cœur léger ».

Dans la mémorable séance du Corps législatif du 15 juillet 1870, M. Emile Ollivier, garde des sceaux, annonça que, le roi de Prusse ayant refusé de recevoir notre ambassadeur M. Benedetti, la guerre venait d'être déclarée.

On se souvient des paroles pleines de sagesse par lesquelles M. Thiers répondit à cette communication.

Je décline, quant à moi, dit-il, la responsabilité d'une guerre aussi peu justifiée.

M. le garde des sceaux, en réponse aux observations, de M. Thiers et de plusieurs autres députés, parla en ces termes :

Oui, de ce jour commence pour les ministres, mes collègues, et pour moi, une grande responsabilité. (Oui, cL gauche.)

Nous l'acceptons le cœur léger...

{Vives protestations à gauche.)

M. BODUIN. — Dites : attristé !

M. EsQUiROS. — Vous avez le cœur léger ! Et le sang des nations va couler !

M. LE GARDE DES SCEAUX. — Oui, d'un cœur léger, et n'équivoquez pas sur cette parole, et ne croyez pas que je

veuille dire : avec joie ; je vous ai dit moi-même mon chagrin d'être condamné à la guerre...

{Journal officiel du 16 juillet, p. 1260, col. 5.)

Le 10 avril 1901, quelques jours avant la réception de M. Faguet à TAcadémie par M. Emile OUivier, rÉcho de Paris publia une conversation tenue par un ie ses rédacteurs, M. Fernand Hauser, avec le ministre lu 19 janvier. Celui-ci commentait et justifiait ainsi sa fameuse parole :

Pensez-vous que si vraiment je croyais avoir, d'un ^.œur léger, jeté mon pays dans la pire des catastrophes, je vivrais ainsi, tranquille, depuis trente et un ans?...

D'un cœur léger! D'un cœur léger!... Mais tous les gens sensés savent que cette expression ne signifie pas : d'un :œur joyeux ; j'avais le cœur ulcéré, au contraire ; je l'ai lit, on n'a qu'à relire le Moniteur.

Mon discours, d'un bout à l'autre, est un cri de douleur...

Un cœur léger, cela veut dire : un cœur que le remords l'alourdit pas, parce que nous avons fait tout ce qu'il était lumainement possible de faire pour empêcher cette guerre...

Relisez mon discours, vous y verrez cette explication...

Mais quand on est ministre, quand on parle à des iéputés, on ne doit pas employer une expression de poète ; l'ai eu tort ; à des goujats, je devais parler en goujat... Et puis, je lis trop souvent la Bible ; dans la Bible, vous le savez, on retrouve ces expressions : ce cœur léger, cœur lourd », j'ai employé une expression biblique ; et je n'ai pas été compris.

On trouve effectivement dans la Bible, pour n'en :iter qu'un exemple, l'expression de cœur alourdi, ippesanti, ingravatum, employée à propos de Pharaon [Exode, c. VII, v. 14).

Dans le Radical du 19 avril suivant, M. Ranc relemit en termes assez vifs l'explication donnée par M. Ollivier :

J'assistais, dit-il, à la séance dans la tribune des jour-

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nalistes. Je le vois encore lançant son mot d'un ton de défi, j'ai encore, comme au moment même, présente à Tesprit l'impression de stupeur qui saisit non seulement les députés, mais tous les assistants. Il passa dans la salle un frisson...

Il paraît certain que la pensée de M. Ollivier fut alors mal comprise.

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