XX PREFACE
lettent et écrivent ; on ne les écoute pas plus que les humbles héros qui se renient ; le torrent coule et emporte le tout sous la forme qu'il lui a plu donner à ces actions individuelles. Qu'a-t-11 fallu pour toute cette œuvre ? un rien, un mot ; quelquefois le caprice d'un journaliste désœuvré. Et y perdons-nous? non. Le fait adopté est toujours mieux composé que la vérité et n'est même adopté que parce qu'il est plus beau qu'elle ; tant il est vrai que Yhumanité entière a besoin que ses destinées soient pour elles-mêmes une suite de leçons ; que, plus indifférente qu'on ne le pense sur la réalité des faits, elle cherche à perfectionner l'événement pour lui donner une grande signification morale...
Nous souhaitons vivement que notre travail n'ait pas pour effet de répandre le goût des citations et d'en encourager l'abus. Nous sommes d'avis, au contraire, qu'il ne faut en user qu'avec la plus extrême modération. Le député Barnave, qui fut aussi un lettré, nous semble avoir très justement indiqué dans quelle mesure il convient d'en orner la conversation :
Des citations bien faites, dit-il dans ses Études littéraires, annoncent l'instruction et brillantent le langage. On réfléchira que lorsqu'elles sont naturelles et amenées par l'occasion, elles produisent cet effet-là ; mais il n'en est pas de même, si elles portent le caractère de l'affectation et qu'on paraisse donner la torture à la conversation pour les y faire arriver juste ; alors on les répute préparées ; on peut croire avec raison qu'elles sont les seules logées dans votre mémoire, et que vous n'êtes dans le fond qu'un ignorant qui a des prétentions et qui donne dans la pédanterie.
{Œuvres de Barnave ; 1843, t. IV, p. 138.)
On trouvera peut-être que, dans cette préface, nous avons nous-même un peu abusé des citations : nous