‹ Le musée de la conversation: répertoire de citations françaises, dictons modernes, curiositésChapitre 181 sur 434 · CONQUÊTE — CONSIDERANT · texte numérisé non relu

CONQUÊTE — CONSIDERANT

Lorsque Ton sonne la charge, il dit : Allons ; il sent de loin l'approche des troupes, il entend la voix des capitaines, qui encouragent les soldats, et les cris confus d*une armée.

(Chap. XXXIX, V. 19 à 25.)

Dans une de ses charmantes Nouvelles genevoises^ intitulée la Bibliothèque de mon oncle, Rodolphe Tœpffer nous a donné une variante assez originale du mot de Buffon. Il raconte qu'étant écolier, il reçut dans sa salle d'études la visite d'un hanneton qui, de sa tarière trempée dans Tencre, traça sur son cahier quelques hiéroglyphes d'une délicatesse merveilleuse. Bientôt, en guidant patiemment l'insecte, Tenfant parvint à lui faire écrire son nom. t II fallut deux heures^ dit Tœpfîer ; mais quel chef-d'œuvre I » et il ajoute : t La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite, dit Buffon, c'est... c'est bien certainement le hanneton ! i^

L*œil de Considérant.

On sait qu'il a été longtemps de tradition, dans les charges qu'on a faites de Victor Considérant (1805- 1893), de le représenter muni d'un long appendice caudal à l'extrémité duquel se trouve un œil.

Il y avait là une allusion ironique aux théories sociales de Charles Fourier (1768-1837), l'illustre inventeur du phalanstère, dont Considérant, en 1830, s'était fait l'ardent apôtre, et dont il devint plus tard le continuateur.

Les œuvres de ces deux réformateurs ne contiennent point cette étrange conception. On trouve, il est vrai>

dans les écrits de Fourier, quelques idées qui ont pu servir de point de départ à des plaisanteries de ce genre. Dans sa Théorie des quatre mouvements, ouvrage publié en 1808, cet honnête rêveur entrevoyait, pour les générations futures, quand t Tordre sociétaire » serait établi, une augmentation de la taille de Thomme jusqu'à sept pieds, et la durée de la vie commune portée à 144 ans (p. 98).

Cela pouvait déjà prêter à la parodie.

Une Actualité publiée par le journal VEclair du 31 décembre 1893, peu de jours après la mort de Considérant, donnait encore ces détails (dont l'exactitude serait à vérifier sur Torigine du fameux œil :

Le philosophe qui, volontiers, divaguait, surtout en astronomie, avait découvert que les habitants du soleil, occupant une planète qui était le centre du foyer des attractions, devaient posséder, étant organisés supérieurement, un membre de plus que nous, membre très puissant et très beau. Quel membre ? Il ne le disait pas. La petite presse inventa que c'était une queue avec un oeil au bout.

D'autre part, les Annales politiques et littéraires du 11 août 1901 reproduisaient une conversation prêtée à Considérant, d'où nous extrayons ce passage :

Vous me voyez sourire, aurait-il dit, de mon appendice caudal. Voici l'origine de cette plaisanterie : Fourier, dans ses hypothèses cosmogoniques, a supposé que les solariens gigantesques, doués de sens plus délicats et plus nombreux que les terriens, possèdent, comme l'éléphant, une sorte de trompe, et il la fixait du côté de la nuque.

Les caricaturistes de 1848 m'ont représenté alors affligé d'une queue partant du coccyx, avec un œil au bout...

Dans le premier volume de la Destinée sociale, Con-

sidérant nous révèle la provenance de cette plaisanterie (1834, p. 343) :

La Revue de Paris, dit-il, pour aniuser ses lecteurs, prendra du Figaro, qui l'a pris à Vert-Vert, qui l'a pris à je ne sais qui, et le National répétera ensuite après eux tous, que le système de Fourier consiste à promettre aux hommes une queue de trente-deux pieds, terminée par un ■œil ! Ceci est une plaisanterie très pardonnable à Vert-Vert «t à Figaro : mais, en vérité, les grands journaux ne devraient-ils pas avoir autre chose à dire sur un pareil sujet, que des farces volées à Vert-Vert et à Figaro ? — Le yaiional ! le National ! qui en est à la queue de trentedeux pieds I !

Théophile Gautier lui-même, dans cette violente diatribe contre les critiques, qui sert de préface à A/"* de Maupin (en date de mai 1834), s adressait ainsi à ceux qu'il appelait les utilitaires :

Le seul de vous qui ait le sens commun, c'est un fou.... -c'est Charles Fourier le phalanstérien... — Il affirme, sans hésiter, que les hommes ne tarderaient pas à avoir une queue de quinze pieds de long avec un œil au bout...

Considérant eut beau protester, ce malencontreux attribut, aussi tenace que Taune de boudin du conte <le Perrault (les Trois souhaits), devait rester invinciblement attaché à son individu, et son image, sous cette forme en quelque sorte définitive, se transmettre à la postérité. Louis Reybaud en plaisantait encore en 1848, au chapitre ix de Jérôme Paturot à la recherche de la meilleure des républiques, chapitre intitulé : Les queues prom^ises à Vhum,anité. A l'en croire, Charles Fourier, ayant su que les accapareurs de grains en avaient jeté à la mer un chargement entier, tandis qu'il avait le dos tourné, eut aussitôt la révélation de l'appendice indispensable à Thumanité.

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