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DÉMOCRATIE

de réprimer les excès de la démocratie, dont le flot, disait-il, « a renversé le trône et ses appuis naturels ».

Il se résumait ainsi : « La question, ramenée à sa dernière et plus simple expression, est donc celle-ci : Si le principe démocratique languit chez nous..., déchaînons les journaux ; si, au contraire, la démocratie est partout pleine de sève et d'énergie... si le torrent coule à pleins bords dans de faibles digues qui le contiennent à peine, ne soyons pas assez imprudents pour ajouter à sa force et à son impétuosité. »

[Moniteur du 4 décembre, p. 1634, col. 2.)

Quand vint la discussion générale sur le projet de loi, dans la séance du 22 janvier suivant, M. Royer- Collard, prenant selon son habitude la défense de la liberté de la presse, rappelait les termes heureux dont s'était servi M. de Serre, et ajoutait : « A mon tour, prenant, comme je le dois, la démocratie dans une acception purement politique, et comme opposée ou simplement comparée à l'aristocratie, je conviens que la démocratie coule à pleins bords dans la France, telle que les siècles et les événements Tout faite... oui, elle coule à pleins bords dans cette belle France, plus que jamais favorisée du ciel. »

[Moniteur du 24 janvier, p. 96, col. 1.)

On voit comment cette formule, excellent échantillon du style pompeux en honneur sous la Restauration, a pu être attribuée à un homme dont le langage avait plus de simplicité (notamment par M. Mignet, au début de son Éloge d'Alexis de Tocqueville, lu à l'Académie le 14 juillet 1866).

Des dents, pas de pain; du pain, plus de dents.

Charlet a fait de cette triste et bien juste réflexion la légende d'une de ses lithographies, publiée en 1825.

Le dessin (dont il existe deux types légèrement différents), nous montre au premier plan un vieillard chargé d'un gros pain, tandis que, par un heureux contraste, on voit dans le fond un enfant qui tend la main.

Le vieux dit tristement :

Jeune ! j'avais des dents et pas de pain. Vieux ! j'ai du pain et pas de dents.

C'est une variante de ce que Molière, dans V Avare, faisait dire au prodigue Cléante, le flis d'Harpagon :

Hé ! que nous servira d'avoir du bien, s'il ne nous vient que dans le temps que nous ne serons plus dans le bel ^ge d'en jouir.

(Acte r', scène ii.)

Montaigne avait développé la même pensée dans ses Essais (liv. III, chap. x, O** parag.).

Comme ie plaindrois, dit-il, quelque grande adventure <ïui me tumbast à cette heure entre mains, de ce qu'elle ne seroit venue en temps que i'en peusse iouir.

Et il cite ce vers d'Horace (Ép. v du livre P', v. 12) :

Quo tnihi fortunas, si non concediiur uti ?

ce qui le conduit à évoquer le proverbe : « moustarde aprez disner. »

li'enfant à la dent d^or.

Gérard de Nerval, dans son Histoire véridigue du canard, parle, en termes assez vagues, de Thistoire d'un enfant à la dent d'or qui occupa pendant plusieurs années l'attention des savants.

On trouve dans VUistoire des Oracles, de Fontenelle (r® éd., 1687), des renseignements assez précis sur ce vieux « fait-divers » .

L'éminent philosophe, voulant faire comprendre combien il importe d'être bien assuré d'un fait avant d'en rechercher les causes, raconte cette plaisante aventure arrivée au siècle précédent à quelques savants allemands :

En 1593, le bruit courut que les dents étant tombées à un enfant de Silésie, âgé de sept ans, il lui en était venu une d'or, à la place d'une de ses grosses dents. Horstius, professeur en médecine dans l'Université de Helmstad (Helmstaedt, dans le duché de Brunswick), écrivit, en 1595, l'histoire de cette dent, et prétendit qu'elle était en partie naturelle, en partie miraculeuse, et qu'elle avait été envoyée de Dieu à cet enfant, pour consoler les chrétiens affligéspar les Turcs...

Plusieurs savants, Rullandus, Ingolsteterus, Libavius, rédigèrent force mémoires sur ce cas extraordinaire.

Il ne manquait, ajoute Fontenelle, autre chose à tant de beaux ouvrages, sinon qu'il fût vrai que la dent était d'or. Quand un orfèvre l'eut examinée, il se trouva que c'était une feuille d'or appliquée à la dent avec beaucoup d'adresse ; mais on commença par faire des livres, et puis on consulta l'orfèvre.

(1" dissertation, chap. iv, p. 31-34.)

La très juste réflexion de Fontenelle avait déjà été formulée et longuement développée par Montaigne (que n'y a-t-il pas dans Montaigne !) au livre III de ses Essais (chap. XI) :

le veois ordinairement que les hommes, aux faicts qu'on leur propose, s'amusent plus volontiers à en chercher la raison, qu'à en chercher la vérité. Ils passent par dessus les presuppositions ; mais ils examinent curieusement les conséquences : ils laissent les choses, et courent aux causes...

Ils commencent ordinairement ainsi : « Comment est ce que cela se faict? » « Mais, se faict il? » fauldroit il dire... le treuve, quasi partout, qu'il fauldroit dire : <( Il n'en est rien ;... » Suyvant cet usage, nous sçavons les fondements et les moyens de mille choses qui ne feurent oncques ; et s' escarmouche le monde en mille questions, desquelles et le Pour et le Contre est fauls...

Œil pour œil, dent pour dent.

On lit dans VExode, au chap. xxi, v. 24, parmi les ordonnances de justice qui suivent les commandements de Dieu :

En général on rendra œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied.

Dans le Lévitique, chap. xxiv, v. 20, le Seigneur dit à Moïse :

Il (celui qui aura blessé quelqu'un) recevra fracture pour fracture, et perdra œil pour œil, dent pour dent ; il sera contraint de souffrir le même mal qu'il aura fait souffrir à l'autre.

Telle était Tantique loi des Hébreux, qui a reçu le

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