DEVOIR
dont on trouve cette variante dans la Lettre sur la comédie de V Imposteur :
Certain devoir chrétien m'appelle en d'autres lieux.
(Ëd. Régnier, t. IV, p. 545.)
Les œuvres de Regnard abondent en imitations de ce genre. Nous signalerons encore, dans la même comédie, cet autre emprunt au Tartuffe :
C'est à vous de sortir et de passer la porte. La maison m'appartient.
(Acte III, scène ii ; Crispin à Géronte.)
« Bn passant près dUci, J^ai cru de mon devoir De Joindre le plaisir & Thonneur de vous voir. »
Ces deux vers, remarquables par leur platitude, ont pour auteur Tacadémicien Nivelle de La Chaussée, le créateur de la comédie larmoyante, que Voltaire, dans les Ecrivains du siècle de Louis XIV, qualifiait « un des premiers après ceux qui ont eu du génie i.
Ils figurent dans l'Ecole de la jeunesse ou le Retour sur soi-même, comédie en cinq actes, représentée au Théâtre-Français, le 22 février 1749 (acte IV, scène ii).
Quand Piron se présenta à TAcadémie, en 1750, il se rendit chez La Chaussée, et, ne le trouvant point, il eut la cruauté de lui laisser par écrit ce souvenir de sa visite :
En passant par ici, j'ai cru de mon devoir De joindre etc.
(Vie de Piron, par Rigoley de Juvigny ; tome I*' des Œuvres complètes de Piron.)
« Dieu, c^est le mal. »
Proudhon. Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère.
On peut lire ce mot fameux dans le paragraphe ii du chapitre viii, intitulé : Exposition du mythe de la Providence, — Rétrogradation de Dieu.
Proudhon reproche à Dieu de ne pas avoir guidé notre jugement dès les premiers âges de Thumanité. Dieu, dit-il, « nous livre à la fatalité de nos conceptions incomplètes;... il nous fait aller en aveugles: et puis à chaque chute, il nous punit en scélérats... i
Et il ose conclure ainsi :
Dieu, c'est sottise et lâcheté ; Dieu, c'est hypocrisie et mensonge ; Dieu, c'est tyrannie et misère ; Dieu, c'est le mal.
(Tome IV des Œuvres complètes, p. 356 et 360.)
L'ouvrage de Proudhon parut pour la première fois en 1846 chez Guillaumin (2 vol. in-8°).
Les dieux s^en vont.
La première édition des Martyrs, de Chateaubriand (1809), se terminait par ce paragraphe :
(Eudore et son épouse Cymodocée viennent d'être livrés aux tigres.)
Les époux martyrs avoient à peine reçu la palme, que l'on aperçut au milieu des airs une croix de lumière, semblable à ce Labarum qui fit triompher Constantin ; la
foudre gronda sur le Vatican, colline alors déserte..., et Ton entendit, comme autrefois à Jérusalem, une voix qui disoit :
« Les dieux s'en vont. »
Chateaubriand faisait allusion à ce passage de Thistorien grec Flavius Josèphe (39-95 de J.-C), décrivant les signes précurseurs de la ruine de Jérusalem :
Le jour de fête qu'on a nommé Pentecôte, les prêtres étant entrés la nuit dans le temple pour remplir leur ministère habituel, dirent avoir entendu d'abord une rumeur et un grand fracas, puis une voix comme celle d'une foule compacte qui criait : « Eloignons-nous d'ici (fi«Ta6ai-
va>(xsv evT£uOev). m
(De Bello judaico, 1. VI, chap. v, m.)
Ij'hoinme est un dieu tombé qui se souvient des cieux.
Le deuxième morceau des Méditations poétiques de Lamartine est intitulé : L'homme,
L'auteur s'adresse à lord Byron et le conjure, en des vers d'une admirable harmonie, de se soumettre à la volonté divine qui interdit à l'homme de tout connaître. Descends, dit-il,
Descends du rang des dieux qu'occupait ton audace ; Tout est bien, tout est bon, tout est grand à sa place ; Que celui qui l'a fait t'explique l'univers... Borné dans ses désirs, infini dans ses vœux.
L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux.
Lamartine publia ce premier volume de Méditations en 1820, à Tâge de trente ans.
« Mon Dien-Je! »
Théodore de Banville, dans un article que reproduisait VAlmanach parisien de Fernand Desnoyers (année 1860, p. 57), rappelle ce mot, ou, si Ton veut, ce tic de Lassagne, acteur des Variétés, mort en 1863. Il disait aussi, à la grande joie du public : < Seigneur-je b, et « Désespoir-je. i
Ce qu*il y a de plus extraordinaire aujourd'hui, écrivait Banville, c'est le mon dieu-je I de Lassagne.
Cet artiste, plus particulièrement chargé des rôles de paysans et de troupiers, avait pu contracter ces tics en imitant le parler gauchement prétentieux que l'on prête aux campagnards.
On dit bien : Que sais-je? Que vois-je? Pourquoi ne pas dire aussi bien : Où cours-je ? D*où sors-je ? Que perds-je ? Au besoin même, pour cette dernière expression, on pourrait invoquer Tautorité du grand Corneille lui-même, qui faisait dire à Aglatide dans sa tragédie d'Agésilas :
Ne perds-je pas assez, sans doubler F infortune? (1666, acte II, scène vu, vers 842.)
Pourquoi s'arrêter en si belle voie et, au lieu du vulgaire mon Dieu ! ne pas aller comme Lassagne jusqu'à mon Dieu-je ! N'est-ce pas mille fois plus gracieux ?
Mais qui se souvient aujourd'hui des tics de Lassagne ? Qui se souvient du gnouf ! gnouf ! de Grasset ?. . . C'est le sort des acteurs de mourir tout entiers.
Rappelez-vous, disait Kean à miss Anna dans la pièce de Dumas, que Facteur ne laisse rien après lui, qu'il ne
vit que pendant sa vie, que sa mémoire s'en va avec la génération à laquelle il appartient, et qu'il tombe un jour dans la nuit... du trône dans le néant...
[Kean ou Désordre et génie ; Variétés, 31 août 1836 ; acte II, scène iv.)
Quand « la Psjique Dieu » décéda^ « Pajc> le Jour Dieu » lui succéda :
« Le Diable m^emporte » s^en vint près; « Foy de gentilhomme » vint après.
C'est ainsi que Brantôme cite les serments de quatre Roy s (Louis XI, Charles VIII, Louis XII et François I*'), d'après « un petit quolibet rithmé tellement quellement, faict de ce temps, que j'ay veu parmy les papiers de nostre maison ». (Hommes illustres et grands capitaines français, chap. lu. Publiés en 1666, longtemps après la mort de Brantôme : 1614.)
Il existe de cette pièce une variante en six vers, que M. Ëd. Fournier a donnée dans VEsprit des autres, d'après les Œuvres de maistre Roger de Collerye (1470- 1540).
Sera-t-il dieu, table ou cuvette?
La Fontaine. Le Statuaire et la Stature de Jupiter. (Livre IX, fable vi.)
Si Dieu n'existait pas, il faudrait Tinventer. Voltaire. Epître à Vauteur du livre des Trois Impos-