‹ Le musée de la conversation: répertoire de citations françaises, dictons modernes, curiositésChapitre 259 sur 434 · EMBRASSER · texte numérisé non relu

EMBRASSER

biche et Lefranc, représenté sur le théâtre de la Montansier (Palais-Royal), le 6 mars 1850.

Manicamp, par reconnaissance, veut à toute force faire épouser sa fille à Folleville, qui n'ose refuser.

A chaque instant, il se jette dans ses bras en s'écriant :

— Embrassons-nous, Folleville !

A quoi Folleville répond invariablement :

— Avec plaisir, Manicamp.

(Scène ii, etc.)

« J^embrasse mon rival, mais o^est pour râtouffer. »

Racine. Britannicus (1069) ; acte IV, scène m, vers 1314 ; Néron à Burrhus, à propos de son apparente réconciliation avec Britannicus.

Montaigne avait écrit, dans ce chapitre de ses Essais où il fait une si étrange apologie de la solitude et de Tégoïsme :

La pluspart des plaisirs, disent-ils (les sages), nous chatouillent et embrassent pour nous estrangler, comme fcdsoient les larrons que les Aegyptiens appeloient PhilUtas, (Liv. I, ch. XXXVIII.)

Ce n'était déjà que la traduction de cette phrase de Sénèque, relative aux voluptés :

Latronum more, quos philetas -^gyptii vocant, in hoc nos amplectuntury ut strangulenL

(Fin de la 51* Épître morale.)

« Un empereur doit mourir debout. »

L'empereur Vespasien (an 7-79 de J.-C), se sentant atteint de la fièvre, se rendit à Cutilies, dans le pays des Sabins.

Là, dit Suétone, son mal augmenta... Il n'en remplissait pas moins les devoirs de sa dignité avec autant d'exactitude qu'auparavant : il recevait même au lit les députations qu'on lui envoyait. Mais se sentant tout à coup défaillir à la suite d'un flux du ventre, « un empereur, dit-il, doit mourir debout », et, dans le moment même où il s'efforçait de se lever, il expira entre les mains de ceux qui l'y aidaient.

(Vie de Vespasien, chap. xxiv, trad. de l'éd. Nisard.)

On cite du roi Louis XVIII un mot qui n'est pas moins admirable que celui de Tempereur romain.

Ceci se passait trois semaines environ avant sa mort, qui eut lieu le 16 septembre 1824 :

Le 25 août, jour anniversaire de sa fête, écrit Vaulabelle, il avait surmonté son affaiblissement pour recevoir, avec le cérémonial accoutumé, les hommages et les félicitations des membres de sa famille, du corps diplomatique, des autorités civiles et militaires de tous les ordres, et des officiers de la garde nationale. La réception dura trois heures. Vainement on l'avait prié de s'épargner l'inutile fatigue de ces représentations. « Un roi de France peut mourir, avait-il répondu ; il n'est jamais malade. »

(Histoire des detix Restaurations, 1858, tome VII,

« Vous êtes empereur, Seigneur, et vous pleurez! »

Racine. Bérénice (1670) ; acte IV, scène v, vers 1154, rôle de Bérénice, à Titus.

A l'acte suivant, Bérénice dit encore à Tempereur (scène v, vers 1345-1346) :

... Vous m'aimez, vous me le soutenez ;

Et cependant je pars, et vous me l'ordonnez !

Il y a dans ces vers, comme Voltaire Ta fait observer, un souvenir de la réponse que fit Marie Mancini à Louis XIV, au moment de partir pour l'exil (22 juin 1659) :

Quand elle partit, dit la duchesse d'Orléans, mère du régent, le roi pleura à chaudes larmes. M"** de Colonne lui dit : c< Vous êtes roi, vous pleurez, et je pars ! » C'était dire beaucoup en peu de mots.

(Mémoires^ fragments historiques, et correspondances, publiés par Ph. Busoni, 1832, p. 46.)

M"* de Motteville a rapporté le même mot dans ses Mémoires :

Il fallut enfin, dit-elle, que le roi consentît à une séparation si rude et qu'il vît partir M"' de Mancini... Ce ne fut pas sans répandre des larmes, aussi bien qu'elle ; mais il ne se laissa pas aller aux paroles qu'elle ne put s'empêcher de lui dire, à ce qu'on prétend : « Vous pleurez, et vous êtes le maître. »

Nous empruntons à la Correspondance de Grimm (février 1783) une bien jolie allusion au vers de Racine.

A propos du Bon ménage ou la Suite des deux Billets, arlequinade du chevalier de Florian, représentée à la Comédie-Italienne le 17 janvier 1783, le rédacteur fait remarquer que Florian a prêté au personnage d'Arlequin une sensibilité inconnue jusqu'alors, et il ajoute :

On est tenté de lui dire quelquefois : Vous êtes Arlequin,

Page 1