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ESPOIR

« Quand on a tout perdu, quand on n^a plus d^espoir, La vie est un opprobre, et la mort un devoir. »

Voltaire. Mérope (1743) ; acte II, derniers vers, rôle de Mérope.

De mauvais plaisants n'ont pas craint de remplacer le second vers par celui-ci :

D'un pan de sa chemise on se fait un mouchoir.

Variante moins correcte :

On prend un pan d'sa chemise pour s'en faire un

[mouchoir.

« Il y a quelqu'un qui a plus d'esprit que Voltaire :

c'est tout le monde. »

C'est ainsi" que s'exprimait M. de Talleyrand, dans le remarquable discours qu'il prononça le 24 juillet 1821, à la Chambre des .pairs, contre le maintien de la censure.

Après avoir démontré que la liberté de la presse, réclamée par les cahiers en 1789, doit être considérée comme une des nécesités du temps, il signalait les périls auxquels s'exposent les gouvernements qui refusent d'obéir à ces nécessités, du jour où ils les ont reconnues :

Il ne faut jamais, disait-il, compromettre la bonne foi d*un gouvernement. De nos jours, il n'est pas facile de tromper longtemps. Il y a quelqu'im qui a plus d'esprit que Voltaire, plus d'esprit que Bonaparte, plus d'esprit que chacun des Directeurs, que chacun des ministres ptissés, présents, à venir : c'est tout le monde. S'engager, ou du moins persister dans une lutte où tout le monde se croit intéressé, c'est une faute ; et, aujourd'hui, toutes les fautes politiques sont dangereuses.

[Opinion de M. le prince de Talleyrand^ pair de France, contre le renouvellement de la censure^ p. 11.)

Il s'agissait de proroger pendant trois mois, à partir de l'ouverture de la prochaine session, la loi du 31 mars 1820, qui soumettait temporairement à la censure les journaux et écrits périodiques s'occupant de matières politiques.

Malgré les efforts de II. de Talleyrand, la loi fût votée dans la même séance.

« La lettre, tae, mais l'esprit vivifie. »

Saint Paul. Deuxième Épître aux Corinthiens, chap. III, vers. 6 :

Et c'est lui aussi (Dieu) qui nous a rendus capables d'être les ministres de la nouvelle alliance, non pas de la lettre, mais de l'esprit ; car la lettre tue, et Vesprit donne la vie, »

^Trad. Le Maistre de Sacy.)

« L'esprit nouveau. »

Le 3 mars 1804, à la Chambre des députés, M. Denys Cochin posa une question à M. Spuller, ministre de l'instruction publique et des cultes, au sujet d'un arrêté du maire de Saint-Denis, interdisant les cérémonies religieuses sur la voie publique comme « portant atteinte à la liberté de tous les citoyens. »

Le ministre, désapprouvant une pareille mesure, fit cette courageuse réponse :

Je dis qu'il est temps de lutter contre tous les fanatismes, quels qu'ils soient, contre tous les sectaires, à quelque secte qu'ils appartiennent. Je dis que sur ce point vous pouvez compter à la fois et sur la vigilance du gouvernement pour maintenir les droits de l'Etat, et sur Vesprit nouveau qui l'anime (Applaudissements répétés au centre et à droite) y et qui tend à réconcilier tous les citoyens...

— Qu'entendez-vous par esprit nouveau ? demande M. Gustave Rivet.

— Cet esprit nouveau, répond le ministre, c'est l'esprit qui tend, dans une société aussi profondément troublée

que celle-ci, à ramener tous les Français autour des idées de bon sens, de justice et de charité qui sont nécessaires à toute société qui veut vivre.

[Journal officiel. Débats parlementaires, p. 387, col. 1.)

Cette déclaration si modérée parut peu goûtée de la gauche radicale, et de M. Brisson en particulier, qui obtint de transformer la question en interpellation et pria M. Spuller de s'expliquer plus complètement.

Celui-ci, répudiant hautement toute attache avec aucune secte religieuse ou autre, même avec la francmaçonnerie, mais se réclamant du titre d'opportuniste, ajouta ces mots :

Je dis que ce qui était possible, nécessaire même en 1877, n'est ni possible, ni nécessaire en 1894, et que telle politique que nous avons dû faire autrefois serait aujourd'hui dangereuse. Cest là ce que j*ai voulu dire, quand j'ai parlé d'un esprit nouveau.

A V extrême gauche, — Qu'est-ce qui est nouveau ? Quoi ?

M. LE VICOMTE DE MoNTFORT. — Ce qu'il y a de nouveau, c'est d'oser le dire.

Cependant M. Casimir Périer, président du conseil, comprenant que t esprit nouveau, ainsi présenté, constituait un aliment d'une digestion trop difficile pour une certaine partie de la Chambre, se hâta de confectionner à son intention une savante mixture composée d'un peu d'esprit nouveau et de beaucoup d'esprit ancien, qui lui permit d'enlever un vote de confiance.

Les radicaux, d'ailleurs, furent promptement rassurés lorsque, moins de deux mois après (19 avril), le conseil des ministres décida la suppression du traitement de M»' Coullié, archevêque de Lyon, pour s'être opposé à l'exécution de la loi sur les fabriques.

Cet € esprit nouveau » fournit à la presse un inépuisable sujet de commentaires.

ALEX., Mus. de la Conv., I. 19

A signaler dans le Pilori du 13 mai un dessin célébrant fort plaisamment la Descente de V esprit nouveau.

Il n'y aucun lien direct à établir entre le mot de M. SpuUer et le beau livre que M. Edgar Quinet a intitulé r Esprit nouveau (Dentu, 1875), dans lequel il entrevoit Tavènement d'une philosophie nouvelle, débarrassée d'un pessimisme maudit et n'acceptant pour guide que la lumière et la vérité.

« Ii^espHt qu'on veut avoir gâte celui qu'on a. »

Gresset. Le Méchant, comédie en cinq actes (1745) ; acte IV, scène vii.

Gléon (le méchant) a jeté le trouble dans la maison de Géronte.

Ariste lui reproche ses méchantes plaisanteries qui sont cause de tout le mal, et qui, loin de chasser l'ennui, mettent en fuite la franchise et la bonne humeur :

On est en garde, on doute enfin si Ton rira ; L'esprit qu'on veut avoir gâte celui qu'on a.

« Un homme de bien auquel il n'a manqué qu'un peu d'esprit pour être un écrivain médiocre. »

C'est ainsi que Beaumarchais qualifiait M. Suard dans la Préface qu'il joignit à la première édition du Mariage de Figaro, imprimée en 1785.

Lors de la réception de M. le marquis de Montes-

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