‹ Le musée de la conversation: répertoire de citations françaises, dictons modernes, curiositésChapitre 301 sur 434 · Scène m, rôle de Boirot, créé avec un succès inoubliable par Grenier · texte numérisé non relu

Scène m, rôle de Boirot, créé avec un succès inoubliable par Grenier

« Ça manqae de femmes! »

Nous trouvons pour la première fois ce mot rapporté par M. Jules Glaretie dans les Petites nouvelles du Figaro, à la date du 25 octobre 1863.

Il le citait comme ayant été dit par Sainte-Beuve à propos de la Vie de Jésus, de Renan, qui venait de paraître.

Peut-être n'était-ce là qu'un emprunt à quelque vaudeville contemporain, que nos ' recherches ne nous ont pas fait découvrir.

Quelques jours après l'incendie du Bazar de la charité (4 mai 1897), où tant de femmes et quelques hommes trouvèrent une mort horrible, le souvenir de ce mot inspira à M. Ranc une cruelle réflexion :

Au lendemain de la catastrophe, écrivait-il dans le jRfldical du 14 mai, une brave femme, après avoir lu la première liste des morts, disait dans son langage populaire : « Ça manque d^hommes ! »

Chanter « femme sensible ».

On dit, ou plutôt on disait du temps de nos pères, en réponse à une demande vaine : c c'est comme si vous chantiez Femme sensible », et l'on ajoutait : « sur Tair de Malbrou (sic) » ou « sur l'air de la Codaqui » (air auvergnat) .

Cette locution, qui n'est plus guère usitée aujourd'hui! passa dans le langage familier à la suite des re-

présentations d!Ariodant, drame en trois actes, paroles d'Hoffmann, musique de Méhul, joué au Théâtre Favart le 19 vendémiaire an VII (10 octobre 1798). Une suave mélodie, heureusement mariée à des vers inspirés, valut au chant du barde un très vif succès (acte II, scène i).

Voici le premier couplet, qui a donné naissance au dicton :

Femme sensible, entends-tu le ramage

De ces oiseaux qui célèbrent leurs feux?

Ils font redire à Técho du rivage :

Le printemps fuit, hâtons-nous d'être heureux.

« Cherchez la femme! »

Voici les quelques documents qui ont été recueillis sur ce mot si souvent répété.

C'est d'abord un vers de Juvénal, dans sa VP satire [Romanœ Mulieres, v. 242-243) :

Nulla fere caussa est, in qua non femina litem Moverit : accusât Manilia, si rea non est.

(Il n'y a presque pas de procès où une femme ne joue un des premiers rôles : Manilia accuse, si elle n'est pas accusée.)

Dans la Revue des Deux Mondes du l*'septembre 1845, M. Ch. Didier fait mention d'un proverbe espagnol, fort grossier, qui exprime la même idée (art. intitulé VAlpuxarra, p. 822), et il ajoute :

Le roi Charles III (1716-1788) en était si convaincu que

sas première question en toutes choses était celle-ci: « Comment s'appelle-t-elle ? »

On cite encore ce fragment de l'Histoire de sir Charles Graiidison, par Richardson (lettre xxiv ; Londres, 1753, t, I, p. 166) :

Such a plot must hâve a woman in it.

(Il doit y avoir une femme dans une pareille intrigue.)

Enfin, rexpression semble avoir été rendue populaire sous sa forme définitive par un drame d'Alexandre Dumas : les Mohicans de Paris, représenté à la Gaîté, le 90 août 1864.

Au troisième acte (v* tableau, scène vi), le policier Jackal interroge M"* Desmaret, maîresse de pension, sur l'enlèvement de Rose-de-Noël. — On découvre un pas de femme dans le sable du jardin :

M. JACKAL. — Que dis- je toujours?... « Cherchez la femme ! » Cette fois, la femme est trouvée.

M"* DESMAREST. — Comment, la femme est trouvée? Vous croyez qu'il y a une femme dans cette affaire ?

M. JACKAL. — Il y a une femme dans toutes les affaires ; aussitôt qu'on me fait un rapport, je dis : « Cherchez la femme ! » On cherche la femme, et quand la femme est trouvée...

M"« DESMAREST. — Eh bien ?

M. JACKAL. — On ne tarde pas à trouver Thomme.

Voir aussi le roman qui porte le même titre, chap. XXXIV et XXXV.

Le mot « cherchez la femme », ou sa variante c où est la femme ?» a été attribué à M. de Sartine, lieutenant-général de police en 1759.

« Femmes, voulez-vous éprouver...? »

Le Secret, comédie en un acte, mêlée de musique. Paroles d'Hoffmann, musique de Solié. — Op.-Com., 20 avril 1796.

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