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GENTILLESSE

« Peste ! où prend mon esprit toutes ces gentillesses? »

Molière. Amphitryon (1668) ; acte P', scène T*, vers 226.

Sosie, envoyé par Amphitryon pour apprendre sa victoire à Alcmène, adresse, par manière de répétition, un discours à sa lanterne. Il est tout surpris de son éloquence.

Le « beau geste ».

Le sens du mot geste est en train de subir, depuis quelques années, une notable transformation : au lieu de ne signifier, comme par le passé, qu'un mouvement destiné à exprimer un sentiment, il s'applique maintenant à un acte quelconque. Cette évolution a été favorisée, sinon déterminée par une parole déjà célèbre de M. Laurent Tailhade, poète d'une réelle valeur et homme d'esprit. Voici comment M. Jules Huret s'exprimait sur son compte, dans son Enquête sur l'évolution littéraire (1891, p. 326) :

M. Tailhade joint à sa brillante réputation de poète celle d'un railleur féroce, se complaisant parfois à des mystifications échevelées d'où il sort toujours avec des mots à remporte-pièce. Son esprit, à la fois précieux et mordant, s'est éparpillé en mille revues... Ses mots ont fait le tour du quartier latin...

Le soir du jour où l'anarchiste Vaillant lança en pleine Chambre sa fameuse bombe (9 décembre 1893), le dîner mensuel de la Plume réunissait à la brasserie du Soleil d'or quelques hommes de lettres, parmi lesquels se trouvaient MM. Zola, Mallarmé, Verlaine, etc. Un rédacteur du Journal pria ces messieurs de vouloir bien inscrire, sur une note qu'il fit circuler, leur impression sur l'événement de la journée.

La feuille nous revint, dit le rédacteur du Journaly avec les appréciations suivantes :

Af. Emile Zola. Aux époques troublées, la folie souffle, et la guiUotine pourra encore moins qu'un idéal nouveau.

Emile Zola.

M, Stéphane Mallarmé. Je ne sais pas d'autre bombe qu'un livre.

Stéphane Mallarmé.

Af. Paul Verlaine. J'avoue m'y peu connaître. Mais mon avis est que c'est une assez belle infamie.

Paul Verlaine.

Af. Laurent Tailhade. Qu'importent les victimes, si le geste est beau?

Qu'importe la mort de vagues humanités, si, par elle, s'affirme l'individu ?

Laurent Tailhade.

Cette profession de foi, assurément un peu déconcertante, mais qu'il était permis de prendre pour une boutade d'un esprit un peu paradoxal, valut à son auteur des commentaires fort désobligeants et un article injurieux de la part d'un rédacteur de la Petite République, M. Adolphe Tabarant. L'affaire eut son épilogue sur le terrain.

Voici quelques exemples de l'emploi du mot geste, pris dans sa nouvelle acception.

Oii se souvient que le 23 février 1899, le jour des obsèques du président Félix Faure, M. Paul Déroulède saisit par la bride le cheval du général Roget, espérant le décider à marcher sur TElysée. A la seconde audience du procès en cour d'assises qui résulta de cette tentative manquée, le 30 mai suivant, M. Jules Lemaître vint témoigner en faveur de la sincérité des sentiments de l'accusé et ajouta :

Son acte, qui n'est qu^un geste symbolique, a été dirigé non contre la République, mais contre Tabominable régime parlementaire.

C'est le geste d'un grand patriote.

(Texte de la Libre Parole du 31 mai.)

Quelques jours après, le dimanche 4 juin, aux courses d'Auteuil, une manifestation hostile avait lieu contre le président Loubet, et le baron Christiani, escaladant la tribune, levait sa canne sur le chef de l'Ëtat.

Le lendemain, la Libre Parole rendait ainsi compte de cette scène dans un article signé : Raphaël Viau :

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