‹ Le musée de la conversation: répertoire de citations françaises, dictons modernes, curiositésChapitre 37 sur 434 · AMITIÉ · texte numérisé non relu

AMITIÉ

diens de Paris : Talma, Saint-Prix, M"** Raucourt, Duchesnois, etc. Leurs fauteuils étaient placés l'un près de l'autre, très en évidence, dans cette partie du théâtre où se trouve aujourd'hui l'orchestre.

A ce vers d'Œdipe, dit M. Thiers, Vamilié d'un grand homme est un bienfait des dieux, Alexandre, de manière à être aperçu de tous les spectateurs, saisit la main de Napoléon, et la serra fortement. Cet à-propos causa dans Tassistance un mouvement de surprise et d'adhésion unanime.

(Histoire du Consulat et de V Empire, livre XXXII.)

Dans ses Souvenirs des cours de France, etc., lord HoUand dit à ce propos :

Le maréchal Soult, qui était au théâtre et fut témoin de cette scène, m'a dit que Napoléon était à moitié endormi quand Alexandre, saisissant sa main avec émotion, lui dit que ce vers semblait s'adresser à lui, tant il en sentait la vérité.

(Tome XXVII des Mémoires relatifs à Vhistoire de France pendant le XVIW siècle, 1862, p. 128.)

Ce fut Talnia, lisons-nous dans une biographie du grand tragédien, qui donna à Napoléon Tidée de se faire accompagner à Erfurt par la Comédie-Française. « Soit, répondit le maître de l'Europe, venez ; vous aurez là un beau parterre de rois. » (Talma, par Emile Duval, 1826, p. 82.)

On sait qu'outre les deux empereurs tous les princes de la Confédération du Rhin s'y trouvaient réunis.

« G^est Pamour, Tamour... »

Refrain emprunté à la Marchande de Goujons ou les Trois Bossus, vaudeville « grivois » en un acte de MM. Francis d'Allarde et Dartois. --- Variétés, 31 mars 1821.

Il était chanté à la scène xvii, sur un air connu, par Eustache, commis et prétendu de M°** de Fraîche- Marée, la belle marchande de poissons (M"* Flore) :

• Cest l'amour, T amour, l'amour Qui fait le monde A la ronde, Et chaque jour à son tour Le monde Fait l'amour.

« Et ron revient toujours A ses premiers amours. »

Joconde, ou les Coureurs d'Aventures, opéra-comique en trois actes, d'Etienne, musique de Nicolo. Opéra- Comique, 28 février 1814.

Acte III, scène i*"*. Romance chantée par Joconde, dont voici le second couplet :

Ah ! d'une ardeur sincère Le temps ne peut distraire, Et nos plus doux plaisirs Sont dans nos souvenirs.

On pense, on pense encore A celle qu'on adore, Et Von revient toujours A ses premiers amours.

Joconde a quitté Ëdile, sa maîtresse, qu'il croit infidèle, pour courir le monde avec le comte Robert de Martigue. Il regrette Tobjet de son amour, qu'il retrouvera, bien entendu, à la fin de la pièce.

L^amour fait passer le temps; le temps fait passer rameur.

Cette ingénieuse antithèse a fourni au vicomte Joseph, Alexandre de Ségur l'idée d'une chanson qui eut jadis un grand succès et que Ton trouvera dans son volume de Comédies, proverbes et chansons (Paris, 1802, p. 47).

En voici le canevas en quelques mots :

Le Temps, sur le bord d'un fleuve, veut passer sur l'autre rive où il aperçoit un essaim de jeunes beautés.

L'Amour, répondant à son appel, vient le prendre dans sa barque, et dit malicieusement :

Vous voyez bien, jeunes bergères, Que Tamour fait passer le Temps.

Mais l'enfant est bien vite fatigué. Le vieillard prend sa place, saisit la rame, et s'écrie :

Pauvre enfant ! quelle est ta faiblesse !

Tu dors, et je chante, à mon tour, Ce vieux refrain de la sagesse :

Ah ! le Temps fait passer l'amour.

Il y a, dans cette allégorie, un délicieux sujet de pendule, dont les industriels du temps ont dû tirer un excellent parti.

« La pitié n^est pas de Tamour »...

...mais parfois elle se confond entièrement avec lui, comme dans la pièce d'où ce vers est tiré : Le Prisonnier ou la. Ressemblance, opéra-comique en un acte d'Alexandre Du val, musique de Délia Maria (Théâtre Favart, 29 janvier 1798).

A la scène xv, la jeune Rosine apprend à sa mère qu'elle aperçoit chaque jour Blinval dans sa prison, et qu'elle l'entend gémir sur son sort.

— Je ne rainie pas, maman, dit-elle, mais je le plains beaucoup.

Les couplets dans lesquels elle exprime la part qu'elle prend à sa douleur ont pour refrain :

Maman, ne sois pas mécontente, La pitié n'est pas de V amour.

L'illusion est de courte durée, et la pièce se termine, à la satisfaction générale, par la délivrance du prisonnier et le mariage des deux jeunes gens.

Mort d^amour... et d'une fluxion de poitrine.

A la fin de son Essai sur la philosophie de Sancho, placé en tête du Livre des proverbes, de Le Roux de Lincy (1842), M. Ferdinand Denis citait ces exemples de l'influence du scepticisme moderne sur la formation des proverbes :

Nos pères avaient dit : Pauvreté iVest pas vice ; la

société s'est écriée : Cest bien pis! Le chevaleresque moyen âge disait avec sa simplicité : Cest trop aimer quand on en meurt. Vous avez : 71 est mort d'amour et d'une fluxion de poitrine.

Nous retrouvons cette plaisanterie, aujourd'hui devenue classique, dans le Ci-devant jeune homme, comédie en un acte, de Brazier et Merle, représentée aux Variétés le 28 mai 1812. L'acteur Potier y jouait le rôle de Boissec, qui fut, paraît-il, une de ses meilleures créations.

— J'ai autrefois, disait Boissec au valet LaJjranche (scène ii), inspiré une passion des plus violentes à une femme adorable, que mon inconstance naturelle m'a fait abandonner... la malheureuse ne s'en est pas consolée.

— Elle en esl morte ?

— Morte, quelque temps après.

— D'amour?

— Oui, et d'une flvjnon de poitrine.

« Nos amours ont duré toute une semaine. »

Le Hussard de Felsheim, comédie-vaudeville en trois actes de MM. P. de Villeneuve, Dupeuty et *** (de Saint-Hilaire). — Vaudeville, 12 mars 1827.

Air chanté par Bathilde, déplorant le départ du jeune baron de Pelsheim, au IP acte, scène i (musique arrangée par Doche fils) :

Nos amours ont duré toute une semaine ; Mais que du bonheur les instants sont courts.

S'adorer huit jours,

C'était bien la peine ;

Le temps des amours Devrait durer toujours.

On ne meurt pas d'amour.

Aphorisme qui a servi de refrain à deux romances (au moins), Tune de E. Lhuillier, et Tautre, beaucoup plus récente, de Taimable poète chansonnier Eugène Baillet (musique d'Adolphe Vaudry). Cette dernière, qui date de 1869, se trouve dans son recueil de Chansons et petits poèmes (Labbé, 1885).

Etait-ce une réponse à la chanson intitulée : Je meurs d'amour (1824), paroles de Firmin aîné, musique de Romagnesi?

Il faudrait pourtant s'entendre : meurt-on ou ne meurt-on pas d'amour? Nous prions MM. les chansonniers de se mettre d'accord sur cette question.

Voici un vieux proverbe du xv* siècle qui tient pour l'affirmative :

C'est trop aymé quand on en meurt.

Cité par Le Roux de Lincy dans le Livre des proverbes français, tome II, p. 195.

« Ton amour m'a refait une virginité. »

Dans le manuscrit de Marion de Lorme (1831), Victor Hugo faisait dire à la célèbre courtisane, repoussant les ignobles propositions de Laffemas (acte V, scène ii) :

Fût-ce pour te sauver redevenir infâme,

Je ne le puis ! Ton souffle a relevé mon àme.

Mon Didier ! près de toi rien de moi n'est resté, Et ton amour rrVa fait une virginité.

Une des notes que l'auteur a jointes à la pièce nous apprend que ces vers ont été supprimés à la représentation. Ils diffèrent quelque peu de la version la plus répandue que nous mettoDS en tête de cet article, et que nous trouvons reproduite dans les Mémoires d'Alexandre Dumas, tome XXII, 1854, p. 157 :

De Tautre Marion rien en moi n'est resté, Ton amour m'a refait une virginité.

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