GUILLOTINER
Notre homme n'hésite pas. Il court à la prison, pénètre dans la cellule de Saint-Phar, et à Taide d'une argumentation des plus insidieuses, essaie de lui démontrer qu'il est de son devoir et de son intérêt de se prêter à ce qu'on attend de lui. Mais la répugnance du condamné est invincible, et le malheureux se borne à répondre :
— Non, j'ai de la méfiance.
Le « tentateur » lui parle alors de Tempereur, dont Saint-Phar a toujours été le chaud partisan, et qui va lui retirer sa confiance, s'il refuse d'obéir à sa volonté.
Cette fois la corde sensible a vibré : le condamné s'avoue vaincu, et consent enfin à subir sa peine.
Nous regrettons de ne pouvoir donner, dans un résumé aussi sommaire, qu'une idée très imparfaite de cette spirituelle bouffonnerie.
Dans le feuilleton du Temps du 22 janvier 1865 [La Cmnédie contemporaine), Auguste Villemot ajoute à cette fantaisie un trait comique particulièrement heureux, qu'on regrette de ne pas trouver dans le récit d'Eugène Chavette. Son tentateur, pour décider Saint- Phar à marcher au supplice, lui fait espérer qu'il obtiendra sa grâce au moment suprême, ce qui donne infiniment plus de naturel à la réplique du condamné :
— Non, j'ai de la méfiance !
Je conserve, dit le spirituel chroniqueur, peu rassuré par le langage menaçant des gens d'église contre les libres penseurs, la défiance du guillotiné par persuasion. On a beau me dire : C'est une affaire de pure forme ; une fois sur l'échafaud, on t'accordera ta grâce, et on te fera douze mille livres de rente ; prête-toi à la chose dans l'intérêt des principes. — Le sceptique secoue la tête et répète tou-