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HEURE

« Il n^y a pas d^heure pour les braves. »

Nous avons rencontré cette formule proverbiale dans les Deux Sergents, mélodrame en trois actes de d'Aubigny, joué à la Porte-Saint-Martin le 20 février 1823.

Sans raconter en détail les péripéties de ce drame un peu naïf, mais assez émouvant, nous dirons qu'au 3' acte, Robert, l'un des deux sergents, victime de son dévouement pour son ami Félix, auquel il sert de caution, va être fusillé i\ sa place. Il a obtenu avant de mourir la faveur de s'unir à la jeune fille qu'il aime. Il est trois heures, et l'exécution doit avoir lieu à quatre.

Au moment où le mariage va s'accomplir, le lieutenant Morazzi, préposé à la garde du sergent, a la cruauté de lui rappeler qu'il n'a plus qu'une heure à vivre :

— Il n'y a point d'heures pour les braves, répond stoïquement Robert.

Est-ce bien là qu'il faut voir l'origine du dicton? Il y aurait quelque imprudence à l'affirmer. Nous ferons seulement observer qu'il porte bien la marque de cette époque. L'expression un brave était alors fort à la mode comme synonyme de soldat intrépide. Elle est répétée jusqu'à sept fois dans les Deux Sergents,

« Est-il heureux? »

Mot bien connu de Mazarin, ainsi rapporté par la princesse palatine, mère du régent :

Le cardinal Mazarin ne pouvait souffrir autour de lui ALEX., Mus. de la Conv., I. 26

des gens malheureux. Quand on lui proposait quelqu*un pour entrer à son service, sa première question était celle-ci : « Est-il heureux? »

{Mémoires, fragments historiques, etc., publiés par Busoni en 1832, p. 332.)

Pour vivre heureux, vivons caché.

Plorian. Fable xi du livre II : le Grillon.

La fable se termine par cette sage conclusion du grillon :

Il en coûte trop cher pour briller dans le monde. Combien je vais aimer ma retraite profonde !

Pour vivre heureux, vivons caché,

La même idée se retrouve dans ce vers d'Ovide (les Tristes, livre III, élégie iv, vers 25) :

Crede mi/ii, bene qui latuity bene vixit...

(Crois-moi, vivre caché, c'est vivre heureux.)

Dans ïphigénie, Racine fait dire à Agamemnon (acte I, scène i) :

Heureux qui, satisfait de son humble fortune... Vit dans l'état obscur où les dieux Tont caché.

Cette idée a été tant de fois exprimée qu'elle est presque passée à Tétat de lieu commun.

Gresset (1709-17T7) s'écriait, dans son poème de Vert- Vert (chant II, V. 86^7) :

Ah I qu'un grand nom est un bien dfimgereux î Un sort caché fut toujours plus heureux.

Une pièce de Victor Hugo intitulée A un ami, dans les Rayons et les Ombres (poésie xxi, avril 1839), débute par ce vers :

Ami, cache ta vie et répands ton esprit.

« Cache ta vie » est une maxime chère aux Épicuriens, que Plutarque a combattue dans son traité : SHl est juste de dire quHl faut vivre caché.

Professer cette maxime, c'est, selon lui, engager les hommes de bien à s'abstenir de toute œuvre utile, de toute action d'éclat.

Soyons heureux, c^est 1& qu^est le bonheur!

Cette pensée à la Jocrisse est née vraisemblablement d'une de ces scies qui courent les ateliers.

Nous en avons recueilli une variante dans une amusante parodie de VËtoile du Nord (texte et dessins de Marcelin), publiée dans le Journal pour rire du 10 juin 1854.

Le chœur final célèbre ainsi l'allégresse générale :

Que faut-il aux amants ? Une chaumière, un cœur I Epoux, soyez heureux, c'est là le vrai bonheur.

Soyez heureux,

Heureux, heureux.

C'est là le vrai,

Le vrai, le vrai Bonheur 1 1 1

Il y a dans Regnard, qui pourtant n'était pas coutu-

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