HUGO
Où, 6 Hugo! buchera-t-on ton nom!
Ainsi commence un quatrain burlesque qui parut, peut-être pour la première fois, dans la Caricature^ de Philipon (n° du 8 septembre 1831). Il était imprimé à Tenvers, en caractères gothiques, sous la forme que voici :
Où, oh ! Hugo ! huchera-t-on ton nom !
Justice enfin que faite ne t'a-t-on !
Quand donc au corps qu'Académie on nomme Grimperas- tu de roc en roc, rare homme !
Il y a une variante qui porte : juchera-t-on au lieu de : huchera-t'on, et : qu^ académique on nomme, au lieu de : qu^ Académie...
On nous affirme, mais cela demande confirmation, que ce quatrain serait du chevalier L'Evêque de La Basse-Mouturie, auteur de plusieurs publications, notamment de commentaires sur VHistoire des ducs de Bourgogne de M. de Barante.
« Terrasser Tbydre de Tanarchie. »
Lieu commun du style officiel, qui fut fort en honneur sous le règne de Louis-Philippe.
Nous en signalerons une variante dès la fin du xviii" siècle.
On écrivait dans le Moniteur du 29 juillet 1789, à la fin du récit des événements qui ont suivi la prise de la Bastille : « Les Parisiens, en terrassant Vhydre de V aristocratie, avaient encore préservé la France d'un fléau presque aussi redoutable. » (Allusion à un ministère de Galonné.)
Cette métaphore devait bientôt s'offrir aux regards du peuple de Paris sous la forme d'un groupe allégorique.
Un monument commémoratif fut élevé en face des Invalides pour célébrer la victoire remportée sur l'aristocratie. C était, dit M. Mignet, a une montagne surmontée d'une statue colossale représentant Hercule écrasant une hydre ». [Révolution française, t. II, p. 129.)
Voici la description plus détaillée qu'en donne le graveur Jean-Georges Wille dans son Journal, à la date du 10 août 1793 :
Cest là (sur la place des Invalides) que nous vîmes la statue colossale d'Hercule, haute de vingt-quatre pieds, debout sur un rocher plus haut encore. Cet Hercule avoit le pied gauche posé sur la gorge de la contre-révolution, figurée moitié femme et moitié serpent, cherchant à s'accrocher aux faisceaux des départements sur lesquels Hercule étoit appuyé du bras gauche, tandis qu'il paroissoit frapper d'une massue, qu'il tenoit à la main droite, le monstre qui étoit à ses pieds.
[Mémoires et Journal de J.-G. Wille, 1857, t. II, p. 387.)
On conserve à la bibliothèque nationale une gravure représentant ce monument, qui fut élevé pour la fête de la Fraternité du 10 août 1793. (Collection Michel
Hennin, tome 132, fol. 12.) Une autre reproduction en a été donnée par M. G. Lenôtre dans son bel ouvrage: Les Quartiers de Paris pendant la Révolution (1896, in-fol., pi. 45).
Il faut croire que la vue de cet Hercule avait fini par agacer les Parisiens, car le 2 ventôse an III (20 février 1795), la section de la Halle-au-Blé se présenta à la barre de la Convention pour réclamer la démolition de ce monument. « Que cette montagne, disait l'orateur, élevée en face des Invalides, qui a enfanté tant de Montagnes ; que ces joncs qui déshonorent sa base, que les reptiles qu'on y voit, et qui rappellent d'odieuses dénonciations, que cette figure que le géant écrase, figure allégorique et chimérique comme le fantôme dont elle est l'emblème, disparaissent et ne rappellent plus de douloureux souvenirs. »
Le monument dont on vous a parlé, dit à son tour le député Pénières, n'a été élevé que pour avilir la Convention nationale. Il porte un géant, ce géant est Robespierre. On Ta armé d'une massue ; on s'est trompé, c'est une guillotine qu'il fallait lui faire tenir. Il faut que ce monument soit détruit.
En réponse à quelques opposants, le député Mathieu ajouta :
On a dit qu'il ne fallait pas le détruire parce qu'il était le symbole du Peuple ; oui, j'y reconnaîtrais le symbole du Peuple, si je n'y voyais une Montagne. Qu'est-ce qu'une Montagne, si ce n'est une protestation étemelle contre l'égalité.
[Moniteur du 5 ventôse, p. 635, col. 1-2.)
Cet argument sans réplique triompha des dernières résistances, et le malheureux Hercule fut sacrifié.