ANGUILLE
Il s'agit ici d'un chevalier d'Angleterre, qui, s'étant marié, voulut que son « mignon » continuât, comme par le passé, à pourvoir à ses menus plaisirs. Celui-ci s'y refusant, le chevalier le soumit à un régime uniquement composé de pâtés d'anguilles, son mets favori.
Au bout de peu de jours de ce traitement, le mignon demanda grâce, et se rendit à l'excellent argument de son maître, dont la valeur n'échappera pas, nous en sommes certain, aux partisans de la polygamie.
L'idée même qui fait l'objet de ce conte a été formulée par une foule d'auteurs et a inspiré diverses anecdotes où l'on voit un roi, coupable de quelques infidélités envers la reine, et recevant à ce propos de vifs reproches de son confesseur, lui faire servir à chaque repas un plat de perdrix (ou de bécasses).
— Toujours perdrix ! finit par s'écrier le malheureux prêtre.
— Toujours la reine ! riposte sentencieusement le roi.
A dater de ce jour, le confesseur serait devenu un peu moins sévère.
L'anecdote a été mise sur le compte du roi Henri IV, et plus tard sur celui de Louis XIV et du Père jésuite Michel Letellier, dernier directeur spirituel du roi (1709), et les perdrix sont devenues des bécasses.
Dans le même ordre d'idées, nous rappellerons cette pensée que nous trouvons attribuée à Saadi, poète et philosophe persan du xiii* siècle : Toujours du plaisir n'est pas du plaisir^ et ce sage conseil que donnait Voltaire dans une de ses Epîtres morales :
Quittons les voluptés pour savoir les reprendre.
(4* Discours : De la Modération en tout. 1738.)
Montaigne faisait aussi remarquer, au livre II de