‹ Le musée de la conversation: répertoire de citations françaises, dictons modernes, curiositésChapitre 48 sur 434 · ARAIGNÉE — ARGENT · texte numérisé non relu

ARAIGNÉE — ARGENT

du surintendant Fouquet, partagea sa disgrâce et fut enfermé à la Bastille en septembre 1661. Louis XIV le fit traiter avec la dernière rigueur.

N'ayant plus d'autre distraction que la société d'un Basque grossier, joueur de musette, il parvint, à force de patience, à apprivoiser une araignée qui, chaque jour, au signal donné par les sons de la musette, sortait d'un soupirail et venait prendre des mouches jusque sur ses genoux.

Cette anecdote a été rapportée par l'abbé d'Olivet, dans son Eloge de Pellisson (Histoire de V Académie française, 1729, t. II, p. 243).

Delort ajoute que le gouverneur de la Bastille, Besmaus, étant venu visiter Pellisson dans sa prison et ayant été témoin des confiantes évolutions de l'insecte, fut assez brutal pour l'écraser et priver ainsi Pellisson de son unique consolation : « Ah ! Monsieur, s'écria le prisonnier, j'aimerais mieux que vous m'eussiez cassé le bras. »

[Histoire de la détention des philosophes et des gens de lettres, 1829, t. I, p. 57.)

En 1806, l'abbé Delille a chanté l'araignée de Pellisson dans son poème Z'/maô^z/ia//on (ftndu VPchant). Gomme, en ce temps-là, il n'était pas de bon ton d'appeler un chat un chat, le poète a cru devoir ne la désigner que par cette périphrase : « Un insecte avx longs bras. »

L^argent n^a pas d*odear.

Allusion à un trait de l'empereur Vespasien, ce-

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lèbre par sa rapacité, que rapporte ainsi Suétone (chap. xxiii) :

Blâmé par son fils Titus d'avoir imposé jusqu'à Turine, il lui fit flairer le premier argent provenant de cet impôt, et lui demanda s'il sentait mauvais. Titus ayant répondu négativement : « Pourtant, dit Vespasien, cela vient de l'urine. »

La même anecdote est racontée, en des termes presque iplentiques, par Dion Gassius, dans Xiphilin, au chap. de Vespasien.

C'est, on le sait, en souvenir de ce singulier impôt, qu'on a donné jadis le nom de vespasiennes à de certaines colonnes placées sur la voie publique, et aussi à des voitures destinées à offrir aux passants un abri temporaire (entreprise qui fut peu productive).

Le temps est de F argent.

Traduction du proverbe anglais : Time is money, qui caractérise assez exactement l'activité dévorante des peuples anglais et américain.

On rencontre déjà cette maxime dans un écrit de Benjamin Franklin (1706-1790) intitulé : Conseils à -wn jeune artisan (écrits en 1748).

N'oubliez pas, disait ce sage, que le temps est de Tardent (remember, that Urne is money). Celui qui dans un jour peut gagner dix schellings par son travail et qui va se promener ou qui reste oisif la moitié de la journée, quoiqu'il ne dépense que six sous durant le temps de sa promenade ou de son oisiveté, ne doit pas compter cette

seule dépense ; il a réellement dépensé ou plutôt prodigué cinq schellings de plus.

N'oubliez pas que le crédit est de l'argent.. .

(The Works of B. Franklin, Boston, t. I, 1840, p. 87.)

Il est difficile d'affirmer que Franklin ait été le premier à formuler cette maxime, mais assurément ce genre de création était tout à fait conforme à la nature de son génie.

Franklin, écrivait Sainte-Beuve dans ses Lundis (3* éd., t. VII, p. 146), avait naturellement ce don populaire de penser en proverbes, et de parler en apologues et paraboles.

On a cru trouver l'idée première de ce proverbe dans une parole que Diogène Laërce prête à Théophraste (liv. V, chap. II, 40) :

::oXut£Xà( àvaX(D[xa sivat xov ypdvov.

(Le temps est ce qu'on dépense de plus précieux.)

François Bacon, au chapitre xxv de ses Essais (1597), a fait aussi ce rapprochement entre le temps et l'argent :

Time is the measure of business, as money is of wares. (Le temps est la mesure des affaires, comme l'argent est la mesure des marchandises.)

Franklin a écrit encore, dans le Chemin de la fortune ou la Science du bonhomme Richard (1757) :

Ne prodiguez pas le temps, car c'est l'étoffe dont la vie est faite.

Si le temps est la plus précieuse de toutes les choses, prodiguer le temps doit être la plus grande des prodigalités.

On lit dans les Nouveaiix mélanges de M°*® Necker, femme d'une haute valeur, morte en 1796 (tome I, 1801, p. 196) :

L'argent et le temps se ressemblent dans leur emploi ; tous les deux deviennent plus précieux par le bon usage qu'on en fait.

« On rend l'argent de tout achat qui a cessé de plaire. »

Réclame d'une maison bien connue d'habillements pour hommes, fondée à Paris le 30 octobre 1868 : la Maison du Pont-Neuf, aujourd'hui liquidée.

On sait qu'elle avait pour enseigne un jeune garçon tenant une banderole sur laquelle on lisait ces mots : On rend [^argent, qui ont donné lieu à une foule d'applications plaisantes. A une certaine époque (notamment en 1874), les annonces portaient en outre : de tout achat qui a cessé de plaire.

Afin de n'être pas confondue avec la Belle Jardinière, sa voisine de la rue du Pont-Neuf, on sait encore que cette maison inscrivait sur tous ses prospectus cette phrase non moins fameuse : La maison n'est pas au coin du quai,

André Gill a parodié cette réclame dans une spirituelle, mais assez méchante caricature de VEclipse du 12 mai 1872. On y voyait l'ex-empereur Napoléon III tenant une banderole avec cette variante : On ne rend pas l'argent. En bas : La maison est au coin du quai.

Peut-être le rédacteur de cette célèbre réclame

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