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ARMÉE

L'armée est coupée en deux : tant mieux!

cela nous fera deux armées.

C'est ainsi qu'on s'est plu à dénaturer la pensée exprimée par Gambetta, dans la dépêche qu'il adressait à Jules Favre et au général Trochu, le 14 décembre 1870 :

Depuis quatre jours, leur écrivait-il, je suis à Bourges, occupé avec Bourbaki à réorganiser les trois corps...

Vous voyez que l'armée de la Loire est loin d'être anéantie, selon les mensonges prussiens. Elle est séparée en deux armées d'égale force prêtes à opérer.

[Journal officiel du 18 décembre.)

Il faut bien reconnaître que cette rédaction prêtait un peu à la parodie que de mauvais plaisants, et aussi peut-être quelques optimistes convaincus, mirent alors en circulation.

« Voilà de vos arrêts, messieurs les gens de goût! »

Piron. La Métromanie (10 janvier 1738) ; acte V, scène vi ou ix (selon l'édition).

Francaleu, poète amateur, a donné, dans le Mer-

cure, quelques vers signés d'un nom de femme. Le rêveur Damis s'est pris de passion pour la belle inconnue. Francaleu se dévoile et raille Damis de son amour inconsidéré :

Voilà de vos arrêts, messieurs les gens de goût ! L'ouvrage est peu de chose et le seul nom fait tout.

Il y avait dans ces deux vers une épigramme à l'adresse de Voltaire. Grimm,. qui tenait la Métromimie pour « la meilleure comédie qui ait été faite depuis le Misanthrope », écrivait en janvier 1773, au lendemain de la mort de Piron :

Cet ouvrage est d'autant plus étonnant que Piron comptait en faire im vaudeville du jour, à l'occasion de l'engouement que M. de Voltaire avait pris pour les vers d'une prétendue beauté de Basse-Bretagne (M*^® de Malcroix de la Vigne), laquelle se trouva être im certain Desforges-Maillard, de médiocre mémoire.

Voltaire, en homme d'esprit, avait pris en riant la plaisanterie de Piron, comme le prouve ce passage de sa lettre à Thieriot, du 25 janvier 1738 :

Je suis bien aise que Piron gagne quelque chose à me tourner en ridicule. L'aventure de la Malcrais-Maillard est assez plaisante. Elle prouve au moins que nous sommes très galants : car, quand Maillard nous écrivait, nous ne lisions pas ses vers ; quand M"° de Lavigne nous écrivit, nous lui fîmes des déclarations.

Voici effectivement sur quel ton de tendre lyrisme il lui adressait ses hommages dans le Mercure de France de septembre 1732 (p. 1887) :

Toi, dont la voix brillante a volé sur nos rives. Toi, qui tiens dans Paris nos muses attentives... J'ose envoyer aux pieds de ta muse divine, etc.

Lorsqu'il eut été désabusé, le philosophe ne voulut point renier l'intérêt qu'il avait témoigné au malencontreux Maillard. Il n'en resta pas moins en correspondance avec lui.

Votre changement de sexe, Monsieur, lui disait-il en 1735, n'a rien altéré de mon estime pour vous...

(Édit. Garnier, t. XXIII, p. 480.)

Voltaire n'avait, du reste, pas été le seul à donner dans le panneau fort adroitement tendu par la fausse muse bretonne.

La Cour rend des arrêts et non pas des services.

Ce mot, dont le souvenir reparaît volontiers dans les procès qui touchent à la politique, remonte à la fin de la Restauration.

M. Dupin aîné, plaidant pour le Constitutionnel devant la Cour de Paris, le 26 novembre 1825, y faisait allusion en ces termes dans sa brillante péroraison :

Ne vous inquiétez pas, disait-il aux magistrats, de ce que voudront les ministres actuels et leurs prochains successeurs ; continuez à faire dire de la Cour ce que la Cour a dit d'elle-même : qu'elle rend des arrêts et non pas des services; ou, pour mieux dire, vous rendrez à r£tat le service le plus signalé...

{Procès du Constitutionnel et du Courrier, 1826, p. 135.)

La Cour était alors présidée par le baron Séguier, et c'est à lui que le mot a été attribué.

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