ANTONY
Oui! morte! Elle me résistait... je Vai assassinée! (n Jette son poignard aux pieds du colonel.)
Dumas raconte dans ses Mémoires (tome XIV, 1852^ p. 151) comment, se promenant un jour sur le boulevard, il s'arrêta net, frappé de Teffet dramatique de cette situation, qui lui donna Tidée de son drame.
Antony devait d'abord être joué aux Français avec Firmin et M"* Mars pour principaux interprètes. Découragé par le peu de confiance des artistes, Dumas retira la pièce, déjà en répétition, et la porta à M. Crosnier, directeur de la Porte-Saint-Martin. Bocage et M"' Dorval se chargèrent des rôles d' Antony et d'Adèle, et le succès dépassa toutes les espérances.
Nous empruntons encore aux Mémoires de Dumas (tome XXI, p. 112) la plaisante anecdote que voici :
Deux ou trois ans après la première représentation à! Antony^ on demanda la pièce avec Bocage et Dorval pour un bénéfice au Palais-Royal.
Il arriva que le régisseur, mal renseigné, fit tomber la toile sur le coup de poignard d' Antony. Le public réclama le dénouement avec insistance. Bocage, furieux d'avoir manqué son effet, s'était déjà retiré dans sa loge et refusa de paraître. Quand on releva la toile pour le mot de la fin. M"* Dorval, après avoir attendu un moment son camarade, se ranima, s'avança vers la rampe et dit au public :
Messieurs, je lui résistais, U m'a assassinée !
Cette spirituelle variante fut, comme on peut le penser, saluée par les applaudissements de toute la salle.