‹ Le musée de la conversation: répertoire de citations françaises, dictons modernes, curiositésChapitre 82 sur 434 · BIDARD — BIEN · texte numérisé non relu

BIDARD — BIEN

Chacun dit, voyant cett' famille :

Sont-ils veinards tous les Bidards.

(Paroles et musique d'Emile Mathieu.)

Les couplets suivants nous apprennent que chacun des membres de Theureuse famille, et jusqu'à leur chien Azor, bien que n'ayant qu'un seul billet, n'en est pas moins favorisé par le sort.

Cette chanson aurait reçu son nom d'une certaine mère Bidard qui tenait un petit restaurant fréquenté par les étudiants.

« G^est posséder les biens que savoir s^en passer. »

Dans le Joueur, de Regnard, représenté le 19 décembre 1696, Hector lit à son maître un chapitre de Sénèque : Du mépris des richesses :

... Que faut-il à la nature humaine?

Moins on a de richesse, et moins on a de peine.

C'est posséder les biens que savoir s'en passer...

Lorsque Sénèque fit ce chapitre éloquent,

ajoute Hector, dont l'indication est d'ailleurs de pure fantaisie,

Il avoit comme vous perdu tout son argent.

(Acte IV, scène XIII.)

Sénèque a plusieurs fois exprimé la même pensée sous ces différentes formes :

Epitre II* à Lucilius :

Cui cum paupertate hcne convenity divcs est. (Celui qui

s'accommode bien avec la pauvreté est riche en effet.)

Cette phrase se trouve souvent placée à la fin de répître IV.

Ëpître CVIII, 11 :

Eum esse locupletem, qui paupertati suœ aptatus est, et parvo se divitem fecit, (Celui-là est dans Topulence, qui s'est conformé à sa pauvreté, et s'est fait riche de peu.)

On lit aussi dans les Paradoxes de Cicéron (VI, chap. m) :

Non esse cupidum, pecunia est. (Ne pas être avide de biens, c'est en posséder.)

Il semble bien que Regnard ait traduit plutôt Cicéron que Sénèque.

J^ai fait un peu de bien; c*est mon meilleur ouvrage.

Epître de Voltaire A Horace, écrite en 1772 ; vers 67.

Le poète, alors âgé de 78 ans, vante le charme de sa retraite à Ferney :

Ma retraite et mon âge ont fait ma sûreté...

Mes sages voluptés n'ont point de repentir.

J'ai fait un peu de bien ; c'est mon meilleur ouvrage.

« Je reprends mon bien partout où je le trouve. »

Molière avait emprunté au Pédant joué, de Cyrano

de Bergerac (1654), deux scènes qu'il avait introduites dans les Fourberies de Scapin (1671), en particulier celle où le vieux Géronte répète le fameux : c Que diable allait-il faire dans cette galère? b

(Acte II, scène iv du Pédant; acte II, scène xi des Fourberies.)

Lorsqu'on lui reprochait ce plagiat, il disait pour son excuse : « Celte scène est bonne, elle m'appartient de droit ; je reprends mon bien partout où je le trouve, b

Voltaire a rappelé plusieurs fois ce propos, notamment dans sa troisième Lettre sur Œdipe, et dans son Sommaire des Fourberies de Scapin.

La réponse de Molière est ainsi rapportée par Grimarest, dans la Vie de M. de Molière (Paris, chez Jacques Le Febvre, 1705, in-12, p. 13 et 14) :

Et comme ce même Cyrano étoit très avide de sçavoir, et qu'il avoit une mémoire fort heureuse, il profitoit de tout, et il se fit un fond de bonnes choses, dont il tira avantage dans la suite. Molière aussi ne s'est-il pas fait un scrupule de placer dans ses ouvrages plusieurs pensées, que Cyrano avoit employées auparavant dans les siens. Il m'est permis, disoit Molière, de reprendre mon bien où je le trouve.

L'assertion de Grimarest mérite une certaine créance. Voici comment son ouvrage est apprécié par M. Paul Lacroix, dans la Bibliographie Moliéresque (Paris, 1875, p. 210, n** 983) :

Cette vie, écrite en quelque sorte sous la dictée du vieux comédien Baron, est bien loin de mériter les dédains qu'elle inspirait à Boileau, à J.-B. Rousseau, et à Voltaire ; elle aurait pu être plus complète sans doute, mais elle est naïvement vraie et sincère.

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