‹ Le Musée de ToulouseChapitre 2 sur 19 · VIERGE DE LA · texte numérisé non relu

VIERGE DE LA

colonnade du cloître. Les deux tores y sont diminués au profit de la scotie ornée de grosses fleurs à lourds pétales sur les latéraux, de deux lions accroupis, étrangement nerveux et grifFus, sur la face principale. Ils sont d'une grandeur assyrienne : et leurs croupes hautes, disposées en sens contraire, s'enchevêtrent au centre du motif, tandis que leurs têtes convulsées se retournent, la gueule béante, pour en amortir les arêtes.

L'absence de tout document — nous savons seulement que le comte Raymond présida en 1206, dans le cloître, une assemblée devant laquelle il s'engagea solennellement à ne pas altérer les monnaies — nous met dans l'impossibilité d'assigner à cette figure une date précise. Elle a de nombreux points communs avec les deux 'Vierges très saillantes de 1140', qui décorent les tympans des portes pratiquées à la droite des façades occidentales des cathédrales de Paris et de Chartres; mais que conclure de ces similitudes, et comment les interpréter ? Si ces œuvres étaient toutes trois originaires de la même région, la rusticité de celle de Toulouse plaiderait en faveur de son ancienneté, que confirmerait davantage Tart plus raffiné des deux autres. Mais celles-ci ont vu le jour dans la Beauce et l'Ile-de-France, provinces éminemment perfectibles et chercheuses, où les progrès sont presque journaliers, et celle-là dans cet immuable Languedoc, si fidèle à sa première vision qu'elle subsistera dans des chapiteaux postérieurs au treizième siècle : c'est seulement après une effroyable guerre, que la royauté française y fera pénétrer le gothique avec ses architectes et ses sénéchaux !

Si ce rapprochement ne peut nous servir à préciser une date, il nous prouve que cette sculpture dérive, comme ses deux grandes soeurs, des broderies, des ivoires et des peintures byzantines qui, rapportées en si grand nombre de Constantinople par les 'Vénitiens et les croisés, inspirèrent, pendant tant d'années, les artistes occidentaux. Elles sont, en effet, toutes trois conformes à l'idée grecque, où l'Enfant a le rôle principal, la mère étant considérée, non comme une divinité, mais comme la femme qui a engendré le Fils de Dieu.

I. Il ne faut pas oublier que la plupart des statues de la porte Sainte-Anne avaient été faites, comme le bas-relief du tympan auquel elles font cortège, pour l'église construite au douzième siècle par l'évêque Etienne de Garlande, et que cette œuvre parut assez belle aux architectes du treizième siècle pour l'utiliser dans leur construction.

Cette conception archaïque cesse, dans nos pays, avec le douzième siècle, et les seuls exemples que nous puissions en citer dans le commencement du treizième se trouvent à Laon et à Rennes, où l'Entant qui bénit est assis de face et dans Taxe sur les genoux de sa mère.

Deux chapiteaux du cloître de Saint-Etienne, sauvés encore par Dumège, nous montrent des images du même ordre, Tune dans

des épisodes de la vie de sainte Marie l'Egyptienne', l'autre dans l'adoration des Mages.

Ea \'ierge qui ligure dans le premier d'entre eux penche le visage vers son enfant, et nous semble, en raison de l'intérêt qu'elle lui porte, postérieure de quelques années à la statue déjà décrite. Elle est de face et parée d'une couronne fleuronnée ; cette couronne s'accompagne d'un nimbe champ-levé de palmettes rayonnantes, d'un sceptre terminé par cette charmante fleur d'iris 'd'où dérivent les Ivs de France, d'un léger xoUq à plis étages, d'un long manteau bordé d'orfrois.

enfin, d'une robe finement plissée, dont l'encolure à festons courbes est enrichie de broderies. Les

montants de son trône figurent des lions dressés sur leurs jarrets, les pattes de devant pendantes; les pieds à chaussures pointues de la\'ierge se posent sur deux branches symétriquement issues d'un même tronc et élégamment enroulées, qui donnent naissance, en se terminant, à de belles feuilles ouvertes.

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