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ADORATION DES MAGES

ment tendu est si habituel aux gens qui conversent, ressemble beaucoup à celle du bambin de la Daurade; sa droite, au contraire, tout à fait imprévue dans son geste familier, s'atfranchit de la tradition qui veut qu'elle bénisse et se pose, en Tembrassant de ses doigts, sur son genou replié.

Plus élancée, plus nature et surtout moins hiératique, la deuxième Vierge siège dans l'autre chapiteau ', sous un édicule crénelé dont l'archivolte moulurée est flanquée de deux bas-reliefs. Sa tête, enveloppée

I. Notice de 1818 : n» 182; — Descript. de i835 : n» 563 ; — Cai. de i865 : no65i.

VIERGES ET PIETA. i5

d'un voile qui tombe en festons étages de part et d'autre du visage, est ceinte d'une couronne à fleurons érodés, et sa robe, plus flottante que d'habitude, se termine, dans le bas, par des plis sans protondeur singulièrement étalés. Elle tient dans la main droite un sceptre brisé, et, reposant les pieds sur un lion couché, enveloppe de son bras gauche l'Enfant assis sur son irenou.

Penche en arrière et svelte comme elle, l'Enfant e.st conçu dans le même esprit. Il ne nous reste qu'un fragment peu important de sa tête. Ses genoux, nerveusement dessinés, se rapprochent; ses bras tombent naturellement, et ses mains, posées sur ses cuisses avec l'abandon de la vie courante, se joignent pour soutenir le livre des évangiles.

Les bas-reliefs qui décorent le dais représentent deux ap<')tres debout sur la plate-forme des tailloirs de retombée de l'archivolte. L'un d'eux, qui regarde les rois Mages et leur montre la \'ierge du doigt, ne nous est désigné par aucun attribtU: le nom de l'autre, Pierre, nous est révélé par la clef qu'il tient de son bras demi-tendu. Ils sont d'un travail trop poussé pour l'ensemble, — leur taille atteint à peine o"'()8, — car on peut distinguer les boucles de leur barbe, les détails les plus infimes de leur costume et les courroies de leurs sandales. Le temps, qui les a revêtus d'une jolie patine brime, ne leur a fait sLfl•^ir aucun dommage, et ils paraissent sortir du ciseau, dont les tailles demeurent aussi fraîches que si elles dataient d'hier. Ils sont plus tins que les deux tigures sur lesquelles ils semblent veiller; celles-ci s'aflVanchissent de cette conception grecque à laquelle sont complètement étrangers le mouvement du voile que le vent enroule autour d'une colonne et le geste si humain de l'Enfant; eux s'en rapprochent tant qu'ils semblent avoir déserté les panneaux de quelque colfret d'i\'oire de pro\'enance byzantine. Leur exécution méticuleuse, que nous aurions mieux aimée architecturale, nous prouve, une fois de plus, la persistance des traditions; elle a, en ertet, des similitudes très grandes avec le métier de certaines statuettes égyptiennes, que l'on trouve dans des tombeaux qui datent de 4000 ans! Considérée dans son ensemble, cette scène, que quelques détails pourraient faire croire postérieure à celle qui est placée immédiatement avant elle dans notre énumération. doit en être contemporaine, puisque les chapiteaux sur lesquels elles figurent nous viennent tous du même cloître. Les détails inutiles dont elle est surchargée, détails qu'aucune partie lisse ne vient contre-balancer, nous la gâtent un peu sans doute,

mais nous Tapprécions quand même; d'abord pour ses qualités, ensuite parce que Tart dont elle est imprégnée renonce à des formules surannées, pour s'inspirer de la nature et se fier à son propre essor. Un pied-droit de cloître en marbre, acquis par Dumège dans une

maison voisine de l'église Saint-Just de Narbonne, nous montre une autre Vierge romane presque symétrique, par rapport à sa ligne médiane. Parée d'une couronne à larges fleurons, vêtue d'une robe dont les plis nombreux et verticaux sont contenus par une ceinture étroite extrêmement longue et les genoux en dehors, cette figure est assise sur un trône massif, garni d'un coussin cylindrique. Son manteau, qu'enrichit une bordure décorée d'ellipses et de circonférences gravées qui simulent des bijoux, couvre inégalement les épaules et laisse voir la poitrine. A gauche, il tombe en festons sur la plate -forme du siège, relevé en partie par le bras.

Bien plus pendant à droite, il se drape sur les genoux autour de chacun desquels il laisse, exempt de tout travail , un espace circulaire.

La main droite de la 'Vierge est en trop mauvais état pour que l'on puisse en déterminer le geste ; elle tient l'Enfant couronné de sa main gauche encore intacte. Tout en haut du pilier, dont ils amortissent l'arête, deux petits anges au vol abaissé, placés debout de part et d'autre de son visage, s'inclinent vers elle en balançant leurs encensoirs.

Jésus, à peu près de trois quarts et aussi élancé que sa mère, est revêtu des mêmes ajustements. Nous ne pouvons préciser le mouvement qu'a voulu lui donner l'artiste, puisque rien ne nous indique qu'il

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