‹ Le musée européenChapitre 5 sur 9 · À NN · texte numérisé non relu

À NN

NA

cieuse copie de M. Henner d’après le tableau d’'Holbein (1):

(1) Holbein (Hans), né à Bâle, en 1498, mort à Londres en 1554. Son père, peintre médiocre, originaire d’Augsbourg, lui donna les premiers principes de son art; le jeune Holbein, doué d’heureuses dispo-

sitions, surpassa bientôt son maitre et se perfectionna de lui-même.

la Femme et les Enfants, du Musée de Bâle. Cette peinture est une des plus jolies du peintre de Henri VIIL, et l’on comprend que le roi d'Angleterre voulût attacher à sa personne un tel artiste et le cas qu’il devait faire de ce grand portraitiste. Une anecdote prouve à quel point le monarque aimait son peintre : ce dernier s'étant renfermé dans son atelier, un des premiers personnages de la cour, un comte, voulut le voir travailler. Holbein s’excusa d’abord poliment; mais le seigneur franchit la porte. Une lutte s'engagea, et l'artiste, irrité, jeta le comte en bas de l’escalier ; puis, pour échapper à la fureur du seigneur et de sa suite, il sauta par une fenêtre, et courut raconter l’aventure au roi, en lui demandant sa grâce. Henri la lui accorda, en l’engageant à ne pas paraître à la cour avant que laffaire fût arrangée. On apporta bientôt le comte meurtri et ensanglanté : il fit sa plainte au roi, qui chercha à le calmer en excusant la vivacité de son peintre. Le comte, piqué, ne ménagea pas les menaces : « Monsieur, s’écria « Henri, je vous défends sur votre vie d’attenter à celle de « mon peintre. La différence qu’il y a entre vous deux est « si grande, que de sept paysans je peux faire sept comtes « comme vous, mais de sept comtes je ne pourrais jamais « faire un Holbein ! » Les portraits exécutés par Holbein sont très-nombreux, très-estimés et très-répandus. Mais pour avoir une idée complète du talent de ce maître, nous voudrions voir une copie de l’une des grandes composi-

tions qu’on cite de lui : soit la Danse macabre, peinte sur le mur du cimetière de Bâle, et que Rubens estimait beaucoup ; soit la Danse véllageoise, dans la poissonnerie de la même ville; soit le 7riomphe de la Richesse et celui de la Pauvreté, dans la maison d'Orient, à Londres.

Le troisième panneau de la salle est rempli par une grande et merveilleuse copie de M. Lanoue, d’après le fa-

meux Z'aureau, de Paul Potter (1), que possède le Musée de La Haye. Nous connaissions les petites toiles de ce maitre, mais nous avons toujours vivement désiré voir ce Taureau, peint de grandeur naturelle, parce que, dans notre pensée, il devait nous donner le dernier mot sur le talent du célèbre animalier hollandais. Car, ce que nous avons vu dans nos voyages, nous engage à nous tenir en garde contre les récits et les jugements publiés, surtout en matière d'art. Nous avons donc été très-heureux de trouver au Musée des copies un si précieux fac-simile de l’œuvre capitale de Paul Potter. Cette copie est exécutée avec une telle conscience, que c’est pour nous comme si nous avions la peinture originale sous les yeux. Le Taureau, sujet principal, occupe le centre du cadre, il regarde le spectateur ; près de lui, des moutons et une vache sont étendus à l'ombre d’un arbre, derrière lequel se tient un vieux paysan, leur gardien ; tout le reste du troupeau, moutons, vaches et taureaux microscopiques, est dispersé dans une immense prairie à perte de vue, et tout cela admirablement peint. Aussi ce qui nous a le plus impressionné, ce que nous avons le plus admiré, ce n’est pas le Taureau, c’est le paysage, non la partie du premier plan, mais le lointain, Nous ne connaissons rien de plus fin, de plus fait, de plus vrai, de plus beau. Et M. G. Duplessy s’est montré un juge sincère en disant que dans ce tableau «le paysage des derniers plans lui paraissait mériter au moins autant d’éloges que les animaux eux-mêmes. »

Le centre du quatrième panneau de cette salle est occupé par une grande composition d'un peintre flamand : les Officiers du tir de Saint-Georges, de Frans

(1) Potter (Paul), né à Enkhuizen, en 1625, mort à Amsterdam, en

janvier 1654. Son père, Pierre Potter, peintre médiocre, lui enseigna les premières notions de son art.

Hals (1), copie de M. Vollon d’après le tableau de l'Hôtel de ville de Harlem. Ici, comme dans la toile de Van der Helst, citée plus haut, c’est encore un repas de corps. Tous les personnages sont aussi de grandeur naturelle; la vie, le mouvementrègnent dans ces groupes de bons Flamands. Le coloris est frais, puissant, la facture large, hardie. Frans Hals, dit Bürger, fut un des plus libres et des plus hardis praticiens de toutes les écoles, et comme portraitiste il n’eut de supérieur que Van Dyck, qui répétait souvent que Hals eût été le plus grand portraitiste s’il avait pu rendre sa peinture plus douce, plus harmonieuse. L'anecdote suivante montre combien il appréciait le talent de Frans Hals : lorsque Van Dyck fut déterminé à passer en Angleterre, il alla exprès à Harlem pour y voir Hals. Inutilement se présenta-t-il chez lui, celui-ci était constamment au cabaret. Le peintre d'Anvers lui fit dire que quelqu'un l’attendait pour se faire peindre. Dès que Hals fut arrivé, Van Dyck lui dit qu'il était étranger, qu’il voulait son portrait, mais qu’il n’avait que deux heures à lui donner. Hals prit la première toile venue, arrangea sa palette assez mal, et commença à peindre ; peu de temps après il dit à Van Dyck qu’il le priait de se lever pour voir ce qu’il avait fait ; le modèle parut fort content de son image, et après avoir causé sur des choses imdifférentes, Van Dyck lui dit que la peinture lui paraissait assez aisée, et qu’il voulait essayer à son tour. Il prit une autre toile, et pria Hals de se mettre à la place qu’il venait de quitter. Celui-ci, d’abord surpris, ne tarda pas à s’apercevoir qu’il avait affaire à quelqu'un qui connaissait la palette et son usage. Au bout de peu de temps Van Dyck le pria de se lever à son tour. Quelle fut sa sur-

(1) Hals (François Van), né à Malines, en 1584, mort le 20 août 1666. Il laissa plusieurs enfants, qui tous se distinguèrent dans la peinture ou la musique.

prise ! « Vous êtes Van Dyck, s’écria-t-il en l’embrassant : il « n’y a que lui qui puisse faire ce que vous avez fait !» Van Dyck voulut l’engager à le suivre en Angleterre ; il lui promit une belle et rapide fortune en échange de sa gêne ; il ne put rien gagner. Abruti par le vin, Hals répondit qu'il était heureux et ne désirait pas un meilleur sort. Ils se séparèrent avec regret. Jamais Hals ne sortit des Pays-Bas. Delft et Harlem furent ses séjours de prédilection, et ce fut dans ces villes qu'il laissa le plus grand nombre de ses ouvrages.

A la droite de ce tableau est une copie de M. Perrin, faite au Vatican, d’après la Mise au tombeau, chef-d'œuvre du Caravage (1), qui fit partie du Musée du Louvre jusqu’en 1815. Cette peinture, estimée à 150,000 francs, impressionne par la puissance d’effet, la force d’expression, la vigueur d'exécution, et une vérité de modelé qui faisait dire à Annibal Carrache que cette peinture était une machine à mouler de la chair. « Maïs comment ne pas être choqué, dit M. Dupays, de cet affreux bossu qui porte le Christ » et de la laideur des têtes, à l’exception d’une délicieuse tête de femme blonde qui s’essuie les yeux.

A côté de cette toile se trouve le Martyre de saint Érasme, copie de M. Martin d’après le grand tableau du Poussin (2) au Musée du Vatican. Cet atroce sujet, qui eût mieux convenu au tempérament de Ribera, lui fut commandé peu de temps après son arrivée à Rome (1624), par

(1) Caravage (Michel-Ange Americhi ou Morigi, dit le), né à Caravaggio, en 1569, mort en 1609. Il prit goût à la peinture en préparant pour les fresquistes la chaux et le mortier dont ils se servent pour enduire le mur sur lequel ils doivent peindre. Sans maître, sans avoir étudié les ouvrages des grands peintres, il devint habile dans son art. La nature fut son seul guide, et seule elle lui fournit des modèles.

(2) Poussin (Nicolas), né au hameau de Villers, près le Grand-Andely (Seine-Inférieure), en 1593 ou 1594, mort à Rome, le 19 novembre

4 la protection du cardinal Barberini et du commandeur del Pozzo, pour être reproduite en mosaïque à l’église Saint- Pierre, en pendant au tableau de son ami Valentin. Le

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dl À! saint évêque est renversé sur un escabeau, l’estomac et le ÿ ventre ouverts; un des bourreaux arrache ses entrailles Î sanglantes, tandis qu’un autre les enroule autour d’un

énorme dévidoir. Le martyr est très-beau, la tête se fait reà 1665. Poussin ne pensa jamais à s'enrichir, et un jour que le cardinal V Massimi lui disait : « Je vous plains beaucoup, M. Poussin, de n'avoir | pas seulement un valet. — Et moi, répondit Poussin, je vous plains " beaucoup plus, Monseigneur, d'en avoir un si grand nombre. » Le

SALLE SIXIÈME. 99 marquer surtout par une noble et profonde expression, et le joli groupe d’anges apportant les palmes du martyre fait un heureux contraste à l’horrible supplice. Poussin n’a pas exécuté un second tableau d’aussi grande dimension : il aimait à resserrer ses compositions dans un cadre beaucoup plus petit. — Nous en avons un exemple dans la copie de M. Stella, d’après la Bacchanale, sujet très-complexe traduit sur une petite toile et traité dans la manière claire que Poussin employait de préférence pour ses Bacchanales. Le Saint Mathieu écrivant , paysage, copie de M. Lanoue d’après le Poussin, de la galerie Sciarra, à Rome, est au contraire d’un ton sombre, un peu trop noir.

Des deux dernières peintures de cette salle, l’une est une copie de M. Garnier d’après le Christ mort sur les genoux

de la Vierge, d'Annibal Carrache, au Musée du Belvédère, à Vienne, peinture dont on admire la grandeur du

style, la correction du dessin, la vigueur du coloris (1). — L'autre, la Déposition de la croix, de Ribera (2), copiée par M. Lethière d’après le tableau de l’église San Martino, à Naples. Cette toile d’une couleur si énergique est regardée comme l’œuvre capitale de ce maître.

(1) Carrache ou Carracci (Annibal), né à Bologne, en 1560, mort à Rome, en 16(9. Il est le plus jeune, le plus célèbre des Carrache, Augustin, son frère, et Louis, son cousin germain.

(2) Voir page 32, la note biographique.

Rapmaëz: son portrait; — la Jurisprudence ; — la Charité; — la Vision d'Ezéchiel; — la Gravida ; — Dona Doni; — Allocution de Constantin ; — Léon X ; — saint Paul à Athènes; — Adam et Ève; — Enfant à la guirlande; — le Triomphe de Galathée ; — l'École d’Athènes ; — la Vierge au poisson; — Mercure et Psyché; — Jupiter et l'Amour; — André del Sarto : son portrait; — Déposition de la Croix; — Peinture d'Herculanum : Pomone.

Cette salle ne contient pas moins de seize copies d’après Raphaël, ce qui porte à trente-trois le chiffre des reproductions de ses tableaux dont le Musée du Louvre ne peut posséder les originaux. La belle copie faite par M. Baudry, d’après la fresque de Raphaël, au Vatican, la Jurisprudence assistée de la Force et de la Modération, occupe le centre du panneau à gauche, en entrant. La figure principale de cette composition allégorique a été pendant longtemps considérée comme représentant la Prudence ; mais M. Quatremère de Quincy, dans son ouvrage sur Raphaël, et M. Gruyer, dans son Zssat sur les fresques de Raphaël au Vatican, y voient la Jurisprudence et motivent victorieusement leur opinion. Dessous cette fresque sont deux petites toiles : la Charité, copie de M. Miciol, d’après une des grisailles de Raphaël au Vatican, et la Vision d'Exéchiel, composition d’une incomparable grandeur de style dans une toute petite toile, très-bien rendue par M. Monchablon d’après le Raphaël de même dimension du musée Pitti, à Florence,

Puis, sur la même ligne, trois autres copies d’après le

même maître : le Portrait de Raphaël peint par lui-même, de la galerie des Offices, copie de Timbal; — % Gravida, copie du même, faite à la galerie du Vatican, et le Portrait de Madeleine Dont (1507), copie de M. Mottez, d’après le tableau du musée Pitti, à Florence. Ce portrait, peint par Raphaël à l’âge de vingt-deux à vingtquatre ans, pour lequel il reçut 300 écus, est intéressant parce qu'il a servi de type pour la Vierge au chardonneret. Il fut transporté, en 1788, à Avignon, par une marquise de Villeneuve, épouse d’un Doni, et il y resta jusqu’en 1826, où le grand-duc en fit l’acquisition au prix de 2,500 écus. Le dernier tableau de ce panneau est une copie de M. Timbal, faite à la galerie des Offices, à Florence, du Portrait d'André del Sarto peint par lui-même.

Au centre de la première partie du grand panneau, se trouve une ancienne copie d’après une fresque de Raphaël, au Vatican : l’Apparition de la croix à Constantin pendant une allocution à ses troupes, qu'il menait combattre Maxence, après avoir pacifié les Gaules. Constantin est couvert d’une armure dorée et du manteau impérial ; debout sur une tribune, il harangue ses soldats, quand apparaît dans le ciel une croix portée par trois anges. Dans le fond on aperçoit la Rome antique avec les imposantes ruines de ses monuments. On croit que cette peinture à été exécutée par Jules Romain d’après les dessins du maitre, et que, pour flatter le cardinal Hippolyte de Médicis, l'élève y aura introduit la figure grotesque du nain Gradasso Berettai de Norcia, fou célèbre de la cour de Clément VII. — À la droite de ce tableau est une copie de M. Mottez d’après une peinture antique trouvée à Herculanum et représentant Pomone; — à la gauche, c’est une copie de M. Steuben, d’après le Portrait de Léon X (1),

(1) Leon X (Jean de Médicis), fils de Laurent le Magnifique, est né à

par Raphaël, placée à la galerie Pitti, à Florence.

La seconde partie de ce panneau est occupée par trois copies d’après Raphaël; au milieu, Saint Paul préchant à Athènes, copié par M. Monchablon d’après l'original que possède la galerie de South Kensington, près de Londres. Dans cette composition Raphaël a copié identiquement le saint Paul du tableau de Masaccio que nous avons signalé dans la première salle. C’est de sa part un hommage rendu au talent d’un maître qui l’a précédé de plus d’un siècle. — A la droïte de cette grande composition est une jolie copie de M. Mottez d’après l’Adam et Êve de Raphaël, des loges du Vatican. Selon Vasari, cette composition serait encore une imitation d’une peinture de Masaccio à l’église del Carmine, à Florence : « Raphaël, dit-il, nous a montré l’estime qu’il avait pour ces peintures et le parti qu’ilen avaittiré.… ses Adam et Êve des loges du Vatican sont plus que de simples souvenirs du même sujet traité par Masaccio. » — La dernière copie qui occupe ce panneau est de M. Landelle, un fac-simile d’après le fragment d’une fresque de Raphaël à l’Académie de Saint-Luc, à Rome, et représentant l'Enfant à la guirlande.

Le troisième panneau de cette salle est rempli par une belle copie de M. Paul Balze d’après le Triomphe de Galathée, la plus poétique des compositions, la plus suave des peintures de Raphaël. Cette gracieuse conception est entièrement peinte par le divin maître, à l’exception du groupe de droite où des défauts d'ensemble de dessin révèlent la main de l’un des élèves qui l’aidaient dans l’exécution de ses grands travaux décoratifs. Le sujet est tiré de Philostrate, et le peintre a suivi très-exactement le poëte antique : Galathée, brillante de jeunesse et de beauté, de-

Florence, le 11 décembre 1475, mort à Rome, le 1* décembre 1521, Élu pape le 11 mars 1513. Son règne fut celui des arts et des lettres.

bout sur une conque tirée par des dauphins et conduite par l'Amour, vogue doucement sur les ondes. Un zéphyr amoureux caresse son beau corps, déroule ses cheveux et gonfle les plis de sa draperie de pourpre ; autour de la conque, des tritons sonnent de leurs conques ou jouent avec les néréides, qu’ils enlacent de leurs bras musculeux. La jeune Galathée, inattentive à leurs ébats et chaste dans sa nudité, porte vers le ciel ses regards pleins d’une langueur mystique qui semble y chercher l'idéal de l’amour. Il y a dans cette œuvre l’ensemble des qualités de Raphaël : la beauté, la grâce, le charme et l’idée. On sait qu'au sujet de cette célèbre fresque du palais de la Farnésine, terminée en 1514, Raphaël écrivait au comte de Castiglione : « Pour ce qui est de la Galathée, je me tiendrais « pour un grand maître sielle avait seulement la moitié des « belles choses que votre seigneurie veut bien y trouver, « mais je dois voir dans vos éloges l’affection que vous avez «pour moi. Pour peindre une belle femme, il me faudrait « en voir plusieurs, et à la condition que vous fussiez avec «moi, pour m'aider à faire un choix. Mais comme il y a « peu de bons juges et de belles femmes, je suis une cer- « taine idée qui me vient à l'esprit. Si cette idée porte en « soi un sentiment élevé de l’art, je ne le sais ; mais je fais «tous mes efforts pour y parvenir. »

On aperçoit au centre du quatrième panneau de cette salle l’École d'Athènes, la plus noble, la plus imposante composition de Raphaël, la plus remarquable par l’élévation du style et Le grandiose de la mise en scène. « Jamais aucun peintre avant Raphaël, dit M. Ch. Clément, n'avait imaginé d'exprimer, dans une œuvre de cette importance, une idée aussi générale par une allégorie aussi vague, et c’est par des prodiges d’habileté qu'il a pu rendre intéressante une scène pour ainsi dire sans action et qui ne se

rattache à aucun fait précis. » M. Quatremère de Quincy dit aussi : « Avant l’ÆZcole d'Athènes, la connaissance de l'antiquité n’était pas encore entrée dans les conceptions de la peinture. Raphaël n’eut point, dans les artistes qui le précédèrent, de modèles pour le genre, le style et l’invention de l’Æcole d'Athènes; et l'espèce de divination avec laquelle il fait revivre ici l’antiquité, est si remarquable, que ses personnages, tels qu'il les a conçus, ne forment point d’anachronisme avecliconographie antique, telle que l’ont faite aujourd’hui trois siècles de découvertes.» Mêmes réflexions de la part de M. Toulgoët : « Ce qui est extraordinaire et admirable, c’est que certains philosophes anciens, représentés dans cette fresque et dont les portraits n’ont été retrouvés que depuis Raphaël, ont été inventés par lui avec une divination merveilleuse, et se sont trouvés d’une ressemblance parfaite. »

Cette vaste composition est celle où Raphaël a mis le plus à profit ses connaissances en architecture. Cinquantedeux personnages sont groupés dans cette peinture; les principaux sont : au milieu du tableau, Platon et Aristote, debout, entourés de disciples qui les écoutent religieusement ; à droite de ce groupe principal, Socrate et ses élèves, parmi lesquels on distingue Alcibiade, coiffé d’un casque, la main posée sur le pommeau deson épée, et de l’autre côté, ce sont les philosophes péripatéliciens. Diogène le cynique est à demi couché sur les marches du péristyle, au bas-desquelles Pythagore parle à ses disciples. A ses pieds Arcésilas, appuyé sur un bloc de marbre qui lui sert de table à écrire, paraît absorbé dans ses réflexions, Derrière le groupe de Pythagore, le jeune homme en manteau blanc est François-Marie della Rovere, duc d’Urbin, neveu du pape Jules IT. Dans le coin opposé, toujours sur le premier plan, Archimède, sous les traits de Bramante,

trace sur une dalle du pavé une figure de géométrie qu'il explique aux jeunes gens qui l'entourent. Près de lui sont Ptolémée et Zoroastre, tenant chacun une sphère, et derrière eux se trouvent Raphaël et son maître Pérugin. Gette admirable fresque, terminée en 1511, est malheureusement très-altérée et menace de disparaître entièrement si Fon n’y apporte les plus grands soins; aussi devons -nous nous estimer heureux d’en posséder une ancienne et bonne copie.

Cette salle contient encore trois copies d’après Raphaël : la Vierge au poisson, de M. Becker, d’après l'original que possède le Musée de Madrid; — Mercure enlevant au cel Psyché, fiancée de l'Amour, copie de M. Murat, et Jupiter embrassant l'Amour, à qui il permet d'épouser Psyché, deux fresques du palais de la Farnésine. La dernière est un chef-d'œuvre de grâce juvénile et d'expression de tendresse paternelle, — Za Déposition de la Croix, copie de M. Chartran, d’après le tableau d’André del Sarto, de la galerie Pitti, à Florence, est la dernière peinture de cette salle, si riche en chefs-d'œuvre. On retrouve dans cette toile la grâce, l'expression vraie, la correction du dessin (qui a valu à ce maître le nom d'André sans reproche), élégant agencement des draperies, et le fini de l'exécution, qualités qui font reconnaître sa peinture à première vue. André del Sarto fut aussi un incomparable copiste ; il a reproduit le portrait de Léon X, de Raphaël, avec une telle exactitude, que Jules Romain lui-même, qui avait travaillé à ce portrait, ne pul distinguer l'original de

la copie.

Après avoir vu toutes ces belles reproductions des chefsd'œuvre des grands maîtres qui ont porté la peinture au plus haut degré de perfection, on s'étonne de trouver un ou deux artistes mêlés aux personnes qu’un esprit de parti

SALLE SEPTIÈME. 143 pousse à dénigrer le Musée des copies. Un d’entre eux, haut placé dans les arts, homme de métier plutôt que d’imagination, esprit rusé plutôt qu’éclairé, nous disait un jour à propos du Musée des copies : « En voilà une bêtise! — Ah ! reprimes-nous, vous avez visité ce Musée ? — Ma foi non, et n’en ai pas l'envie. — Mais vous avez été à Venise? — Sans doute. — Vous y avez vu le Martyre de saint Pierre, dominicain, du Titien ? — Je le crois bien! une admirable toile détruite malheureusement par un incendie. — Vous connaissez aussi les peintures de la chapelle Sixtine ? — Parbleu ! puisque j'ai été pensionnaire de l’école de Rome. Quelles pages puissantes ! Malheureusement elles sont bien dégradées; elles s’effacent tous les jours davantage, et bientôt elles auront le même sort que le chef-d'œuvre du Titien, il n’en restera plus trace. — Vous vous trompez, répondimes-nous ; quand les fresques de la chapelle Sixtine auront disparü sous les couches de noir de fumée des cierges et sous l’action de l’humidité, c’est à Paris qu’on viendra les étudier, les admirer. — A Paris !.. où çà ? — Au Musée des copies, où se trouvent aujourd’hui une ancienne et belle copie du tableau du Titien, brûlé à Venise, et de bonnes et fidèles copies des peintures de Michel-Ange à la chapelle Sixtine. Vous voyez que la création d’un Musée des copies a bien son utilité. » Notre confrère se gratta l’oreille ; il n’y avait rien à répliquer.

Nous félicitons donc M. le Directeur des Beaux-Arts de l'activité qu'il a mise à organiser et à installer convenablement ce nouveau Musée, et aussi d’avoir eu la bonne pensée de placer, au bas de chaque cadre, un écusson contenant le sujet du tableau, le nom de son auteur, l’école à laquelle il appartient, la date de sa naissance et celle de sa mort, le lieu où se trouve la peinture originale, et le

nom de l’auteur de la copie qu'on a sous les yeux. C’est rendre service aux visiteurs qui ne peuvent acheter un catalogue, c’est de l'instruction gratuite, et c’est

ainsi qu’il devrait en être pour toutes les collections de l'Etat.

LISTE ALPHABÉTIQUE

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