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Le Musée Jacquemart-André

UJOURD'HUI même, — 10 décembre 1913, — l'Institut de France met Paris en possession d'un nouveau musée, qui perpétuera, dans son double nom, les noms de ses deux créateurs.

L'un de ces noms est celui d’une femme, Nélie Jacquemart, qui eut sa place pendant une

dizaine d'années parmi les peintres en vogue.

Élève de Léon Cogniet, elle s'était essayée dans

la peinture religieuse, — péché de jeunesse dont l'église Notre-Dame de Clignancourt garde le secret. Nélie Jacquemart devait trouver dans le portrait le meilleur emploi d’un talent viril

comme son maître, elle peignit gravement les hommes les plus graves. Le premier qu’elle exposa au Salon, en 1867, était un président au

ñ LE MUSÉE JACQUEMART-ANDRÉ

Tribunal civil de la Seine. L’avancement fut rapide dans la hiérarchie de ses modèles : en 1869, le portrait envoyé au Salon par M'* Jacquemart était celui du ministre de l’Instruction publique et ce ministre était Victor Duruy ; en 1870, la jeune fille eut pour modèle le maréchal Canrobert, dont l’image martiale lui valut, pour la troisième fois, une médaille de l'Empereur. Elle n'avait pas trente ans : la grâce sérieuse et l'allure volontaire de son visage de 1870 ont été fixées à la mine de plomb sur une feuille de papier qui porte l’une des dernières signatures d'Henri Regnault.

Lorsque le Salon rouvrit ses portes, en 1872, le nom de M'° Jacquemart y était plus en vue que jamais, au bas de l'effigie du chef de l'État. La portraitiste de M. Thiers demeura le peintre du régime de l’« Ordre moral ». Les portraits de femmes tiennent peu de place dans sa galerie de personnages officiels, dont l'austérité est à peine rompue par les uniformes. Le général d’Aurelles de Paladines décrivait d'avance son portrait, dans une lettre de 1879, qui annonçait à M! Jacquemart l'envoi d’une pelisse à brandebourgs, « sans le moindre galon », et ajoutait : « C'est sombre et sévère ». Après un prince d'Orléans, le comte d'Eu, M''* Jacquemart peignit un prince de l'Église, le cardinal Perraud, en 1881. Ce fut son dernier succès de peintre, à la veille d'une nouvelle vie.

Le tableau qu'elle avait envoyé au Salon de 1874 portait les initiales de M. E. A... Tout Paris avait reconnu Édouard André, un membre du Jockey, dont la prestance militaire rappelait une jeunesse aussi brillante que vaillante. Fils de banquier, Édouard André s'était engagé au régiment des Guides de l’Impératrice. En 1859, il posa devant Winterhalter, le peintre des Tuileries, corseté dans son dolman de maréchal des logis, où brillaient la médaille d'Italie et l’ordre chevaleresque des Saints Maurice et Lazare. Édouard André fit, comme officier, la campagne du Mexique jusqu’à la prise de Mexico. De retour à Paris, il quitta l'uniforme pour consacrer une grande part de son temps et de sa fortune aux arts.

Il commença par les artistes de son temps : Carpeaux fit son buste; les peintres, depuis Meissonier et Gérôme jusqu’à Daubigny et Dupré, lui composèrent une petite galerie, que vinrent enrichir, dès 1865, des acquisitions faites à la vente de Morny : un Decamps, un Rousseau magnifique et aussi un Drouais et un Greuze. Dans la même année, Édouard André achetait son premier Fragonard et son premier Rembrandt. L'’élan était

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