LA VIERGE A LA GUIRLANDE DE ROSES
et de Ja Pauvreté.
Les plus grands noms de la peinture florentine sont absents, depuis Masaccio et Fra Angelico jusqu'à Ghirlandajo et à Botticelli ; seul peut-être, parmi les Florentins, Alessio Baldovinetti montre ici tout le charme de jeunesse que conservait son art savant, dans la délicieuse Vierge, sœur, de ..celle du Louvre, qui adore un si amusant Bambino au maillot. D'autres ne font que répéter ce qu'ils ont appris des maîtres.
Neri di Bicci, qui s'efforce de donner aux silhouettes giottesques de son Couronnement de la Vierge, découpées sur un ciel d'or,
quelque chose de l'énergie des novateurs. Pier Francesco Fiorentino,
le puéril et aimable imitateur de Fra Filippo, dispose le groupe de la
Vierge et des angelots comme un naïf bouquet, accompagné d'une jonchée
Cliché Bulloz.
ALESSIO BALDOVINETTI. — LA VIERGE ADORANT L'ENFANT Jésus.
Peinture à la détrempe.
de fruits : grenades, cerises et raisins, que vient picorer un oiseau. Quelques-uns de ces Florentins mélangent de façon plus confuse les manières de plusieurs peintres notoires. Il paraît prudent de ne mettre aucun nom sur le grand tableau d'autel, la Vierge avec quatre saints, qui provient, d'après son inscription, de la pieve de Settignano et porte la date de 147] : ce tableau forme, par les imitations dont il est composé, une sorte de synthèse de la peinture florentine entre le « réalisme » de Castagno et le « maniérisme »
de Verrocchio et de Botticelli; lejeune saint Pancrace a repris exactement l'attitude cavalière du saint Jacques de Pesellino, sur l’un des deux panneaux de Windsor, qui ontété peints en 1457 pour l'église de la Trinità, à Pistoia. La grande
Piela, accompagnée de saint Louis de Toulouse, Cliché Bulloz.
saint Dominique saint MANTEGNA. — CHRIST AUX OUTRAGES. ;
Peinture à la détrempe, sur toile.
Jacques et saint Nicolas, est une variante dramatique du retable, si souvent répété, où la Vierge, assise, est flanquée de quatre saints debout ; le peintre est certainement ce Francesco di Giovanni du Borgognissanti, dit Botticini, qui imita successivement plusieurs maîtres : ici, il ajoute aux réminiscences de Verrocchio des souvenirs plus directs de Ghirlandajo et de Botticelli. Cette Pielta est l’œuvre la plus forte d’un artiste ordinairement sec et
ennuyeux ; peut-être aussi l’une des dernières ; on dirait que Botticini,
2s LE MUSÉE JACQUEMART-ANDRÉ
qui mouruten 1498, s'est senti soulevé ici par le souffle de Savonarole.
Botticelli n’a pour suppléants, dans la collection, que des compagni, dont aucun n’est {’Amico spirituellement nommé par M. Berenson. On aimerait à pouvoir désigner l’un de ces inconnus, celui qui a inscrit, dans la hauteur d’un grand panneau rectangulaire, le groupe sculptural de la Fuite en Égypte, vu de face, et dessiné en raccourci, avec une audace bizarre et frappante.
Parmi les disciples des ateliers de Florence qui se trouvent rassemblés dans les salles du nouveau musée, les seuls qui aient rang de maîtres sont des Ombriens, initiés à la science florentine.
Le tableau le plus frais et le plus brillant du musée, l’une des œuvres du xv° siècle qui sont neuves et jeunes comme au premier jour, est la Vierge à la guirlande de roses, qui se découpe comme une orfèvrerie vivante, aux couleurs d’émail, sur le paysage de la plaine d'Assise, dont le ciel est traversé par une guirlande des petites roses qui coiffaient les anges de Bonfigli. C'est une œuvre incontestable de Fiorenzo di Lorenzo, — il suflira de la rapprocher du « Tabernacle », daté de 1487, à la Pinacothèque de Pérouse. Aucun des tableaux authentiques de ce peintre, encore mal connu, n'atteste avec plus d'évidence que Fiorenzo a pris son dessin nerveux et contourné, avec ses finesses d’orfèvre, au peintre-sculpteur Verrocchio. L'œuvre qui domine les petites salles des peintures du xv° siècle de sa masse sculpturale, est un groupe de la Sainte Famille dont Luca Signorelli a martelé de son plus dur pinceau le métal livide, peu de temps sans doute avant de s’attaquer à l'épopée d'Orvieto.
Mantegna est tout entier, à côté de Signorelli, dans une œuvre de sa robuste vieillesse : un Christ aux outrages, dessiné sur toile du trait le plus vigoureux et à peine lavé d'une teinte pâle. Ce tableau sévère et puissant est contemporain du Saint Sébastien d’'Aigueperse, maintenant l’une des œuvres capitales du Louvre ; les pharisiens et les princes des prêtres, dont l’un se retrouve sur un dessin de Mantegna, au Musée de totterdam, ont le rictus des bourreaux qui montrent leur tête hideuse aux pieds du Saint Sébastien.
En même temps qu'une telle œuvre, qu'Yriarte avait connue et fait connaitre, le nouveau musée peut montrer une suite de tableaux de
Ciiché Bullo .