PORTRAIT D’UN MOINE, PAR M U R I L L O
Mira il a joint l'opinion d’un des contemporains les plus éclairés et les plus judicieux de Tiepolo, le comte Algarotti. Nous ne saurions mieux faire que transcrire un document si intéressant. C’est le fragment d’une lettre écrite parce savant philosophe, encyclopédiste, amateur et critique, à son ami Zanotli, de Bologne, le 10 mai 1750, pou d’années, sans doute, après l’achèvement de l’ouvrage dans lu
grand .salon d’honneur de la Villa : « L’épisode principal se développe, à droite, sur le mur de la salle, assez spacieuse, de ce côté, entre deux portes placées aux deux bouts, presque dans les angles. A travers une grande baie tigurée par le peintre sur le mur, on voit le roi montant les degrés d’une loggia, avec grand cortège de gentilshommes français et polonais, de pages et gardes, nains et trompettes et le reste... Les Pisani [les Gontarini?] l’accueillent en haut des gradins. Au fond, la Urenta avec toutes sortes d’embarcations, de beaux palais et jardins. Le tout par un pinceau et avec une magnilicence à la Paolo [Yeronese]. Je possède la maquette de ce beau tableau, et je suis sur qu'elle vous plairait inliniment... Sur le mur de gauche, comme il y a, au milieu, la porte de l’escalier conduisant ;i l’étage supérieur, il reste entre cette porte et les portes des encoignures, correspondantes ii celles de la paroi opposée, deux surfaces moins larges. Sur ces deux surfaces sont peintes deux fenêtres avec balcons, ouvertes sur la salle, et nombre de personnes gesticulant avec la grâce vénitienne, venues là pour voir l’arrivée du roi. Quant aux deux grands murs de la salle, il n’y avait point lieu d’y rien représenter, parce que dans Lun et l’autre sont percées deux fenêtres et, entre les fenêtres, une grande porte. Dans la voûte est figurée une large ouverture, comme au Panthéon, mais oblongue, avec sa balustrade, et, autour, d’autres spectateurs, femmes, hommes, enfants, bizarrement vêtus, eux aussi, qui regardent aussi dans la salle, impartients d’y voir apparaître le roi. Tout l’encadrement est point en camaïeu, simulant un beau marbre de Carrare, et fait un très beau fond aux ligures. Vous savez du reste combien il est rare que le tiguristc et l’ornemaniste qui , pour la fresque, travaillent en compagnie, soient aussi d’accord. L’un, d’ordinaire, veut toujours briller aux dépens de l’autre, alors que l’encadreur ne devrait être pour le peintre que la basse pour le soprano. Or, ce qui, dans la pratique, laisse ailleurs tant à désirer se voit réalisé dans ce salon, par ces deux peintres, Murgozzi et Tiepolo. »
Par cette lettre, nous apprenons bien des choses : d’abord la situation exacte des divers morceaux composant la scène entière, grande composition, épisodes annexes, plafond. Or, ces quatre morceaux se retrouvent à l’hôtel Edouard André, et l’on ne saurait trop admirer le goût avec lequel la pièce principale et ses deux annexes ont été replacées au-dessous d’une coupole. Suffisamment rapprochées, soigneusement isolées de toute autre peinture, elles reprennent, sous une douce lumière, malgré un certain affaiblissement de tons inévi-
,-B . Tiepolo pinx . Héliog , Braun et C’,' ,