PAR J. -B. TIEPOLO
(Collection de M"*c la baronne Guillaume de Rothschild, château de Grünberg, Allemagne.)
l’élage inférieur, il y remplit encore son emploi avec grâce, cl les aimables personnes qui s’y penchent y peuvent faire le meilleur accueil aux visiteurs du musée, comme celles d’Andrea Mantegna au palais de Manloue et celles de Paul Ve roi lèse a la villa Barbaro. Nous y apprenons, en oui re, que si le bon Tiepolo, fort peu soucieux des anachronismes, a cru devoir pourtant, cette fois, faire une légère concession à l'histoire en empruntant à Tintoret et Vicentino le type d’Henri III et son costume, il a bien conservé pour le reste, sa liberté habituelle. Le personnage deConlarini est assurément joué par un Pisani, son successeur dans la propriété de la villa, et tous les autres assistants sont des contemporains. La grande, très grande, trop grande belle patricienne, qui se dresse au premier [dan ressemble singulièrement à la Cléopâtre du palais Labia et
place de ville italienne Gouache par F. Guardi ( Musée Jacquemart-André, Paris.)
LA PEINTURE
à d’autres héroïnes et déesses du meme temps, peintes par l’artiste d’après un modèle favori, la Cristina ou une autre. M. de Ghennevières a retrouvé en bien d’autres figurants et figurantes, même le nain, le nègre, le king-charles, les répétitions de modèles connus et c’est cette réalité, vivement surprise et fixée, qui donne à cette scène mouvementée sa durable séduction.
Le dernier renseignement précieux qui nous est donné par Algarotti concerne l’esquisse qu’il possédait. Cette macchietta, très soignée, se trouve actuellement dans la collection Guillaume de Rothschild à Francfort; on en voit une copie au musée de Berlin. Rien de plus intéressant que la comparaison du projet très sagement, très correctement arrêté sur une petite toile, et de sa réalisation à la fresque, dans un espace agrandi, avec l’entrain d’une improvisation forcée, rapide et chaleureuse, qui, entre des figures moins calmes et plus souples, répand sans compter alors les transparences aériennes et les vibrations lumineuses. A ce travail généreux l’œil et l’esprit du peintre s’exaltent tellement qu’il ne craint pas de donner à ses protagonistes, les seigneurs de Mira, homme et femme, des proportions surhumaines, une taille gigantesque, telles qu’au Moyen âge en donnent les pieux imagiers aux effigies du Christ et des saints, écrasant de leur stature colossale les petits donateurs agenouillés à leurspieds.
En redescendant du sommet où l’on a contemplé cette résurrection de la Venise élégante et pompeuse des xvie et xvme siècles, on reste tout plein de son charme, et l’on ne pense qu’à revoir la Piazzetta, San Marco, à rêver le long des canaux silencieux, sur les campi ou sous les portiques traversés par des silhouettes de passants et passantes ensoleillées. En attendant de le pouvoir faire, avant de sortir, on en retrouvera les joyeuses clartés dans deux petits tableaux de Canaletto, et surtout dans une gouache de Guardi, d’une légèreté particulièrement aimable et libre et qui semble bien illuminée, dans quelque Coin de Venise, par un de ses soleils printaniers les plus frais et les plus doux.