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LA GLOIRE DE CATHERINE MARBRE, PAR FALCONET

« l’accueil distingué » qu’il avait reçu de l’impératrice et qu’il devait à son mérite autant qu’à « l’amour éclairé des arts qui caractérise celte princesse », et le 10 novembre 1769 une autre lettre le complimentait de « l’ achèvement de la figure de Pierre le Grand ».

En même temps que le monument de l’empereur, il devait en exécuter un à la gloire de Catherine, et il avait fait servir à l'un des projets proposés à cet elfet cette ligure de « la ( • loi re qui entoure d une guirlande un médaillon » où, écrivait Diderot, « l’image de Catherine sera 1res bien placée ». El voici, en effet, casque en tète et lauré, le profil impérieux de l’impératrice; la Gloire, un peu intimidée, semble-t-il, soutient le médaillon sur un socle de marbre où l’on devine que, allégorie complaisante, elle eût aussi bien posé une pendule, el, légèrement inclinée en avant, le sein nu, la jambe droite émergeant de la draperie bottante, elle le présente, enguirlandé de roses, à l’admiration des philosophes reconnaissants et prompts à l’enthousiasme. C’est une jolie figurine, « pensée » pour être réduite en biscuit de Sèvres plutôt que grandie aux proportions d on marbre héroïque, et qui est ici traité dans la mesure convenable, avec tout l’esprit et la bonne grâce qui convenaient au sujet. La lin de son séjour en Russie réservait à Falconet beaucoup de déboires; le monument ne fut jamais exécuté.

Le nom de Pigalle est inscrit trois fois au catalogue du Musée Jacquemart-André. Tout ce que l’on peut dire de la Petite fille aux tourterelles, acquise en 1898 et sur laquelle je ne sais rien et n’ai rien trouvé, c’est qu elle est bien, par son réalisme et ses intentions, dans le sentiment des œuvres île Pigalle, sans qu’on y sente pourtant la présence réelle du maître; elle prendrait place dans cette série d’études d’enfants nus auxquelles il s’adonna avec une ferveur de Primitif et qu’il reprit dans sa vieillesse avec une tendresse rajeunie.

L’autre morceau est d’importance plus grande, et c’est a bon droit qu’on y a reconnu, retrouvé, cette Jeune Fille à l'épine que l’on croyait perdue. M. de Mopinot, dans son Eloge historique de Pigalle, célèbre sculpteur (1786), raconte qu’à la liu de sa vie il se mit ii sculpter une « statue représentant une jeune fille assise sur un tronc d’arbre et regardant avec satisfaction une épine qu’elle vient de retirer de son pied », et il ajoute que le maître avait fait poser une jeune personne gracieuse et bien faite — et, pour maintenir le corps de son modèle dans la même forme et le même embonpoint, il procédait à des pesées minutieuses et rationnait ou forçait la nourriture, à la demande... Quoi qu’il faille penser de l’anecdote, cette grande sœur du petit Spinario antique ne s’en est pas laissé imposer par la vénérable antiquité. Elle est bien de son temps, et son réalisme garde un accent très libre et très

LA SCULPTURE

moderne. Un peu usée et épidermée par une longue exposition en plein air, elle rappelle par certaines parties le groupe de L'Amour et ï Amitié qui subit des fortunes semblables, et c’est une précieuse trouvaille que cette identification de l’œuvre suprême du grand Pigalle, qui mourut sans avoir pu y mettre la dernière main. Mme André, quand elle l’acheta, guidée par un flair très sur, de feu Leroi de Versailles (chez qui passèrent tant d’œuvres intéressantes), ne se doutait pas de l’importance de son coup de filet. De qui Leroi tenait-il ce marbre?

Nous ne saurions le dire; - — - mais on peut en reconstituer, en partie du moins, l'histoire à la lin du xvmc siècle et au début du xixe. Le prince de Condé l’avait acquise pour Chantilly de la veuve [du sculpteur.

En 1793, elle fut vendue avec le mobilier du château, et le citoyen Donjeux, devenu propriétaire du

parc où elle était placée, la céda au gouvernement. Lenoir l’inscrivit sous le n° 493 de son Musée avec cette description : « Une statue en marbre blanc, représentant une nymphe assise dans l’attitude de retirer une épine de son pied, par Pigalle. Cette statue a été vendue au gouvernement par le citoyen Donjeux dont elle ornait le parc, » et le citoyen Donjeux touchait 1 500 francs pour cette statue et deux autres (une Diane attribuée à Jean Goujon et un Neptune de Puget

Cliché J.-E. Bulloz.

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