‹ Le Musée Jacquemart-AndréChapitre 36 sur 47 · BUSTE DE PIRON · texte numérisé non relu

BUSTE DE PIRON

TERRI*: EDITE ATTRIBUÉE A PAJOU

LA. SCULPTURE

f. -p. houdon cl daté 117!), on n’hésiterait pas a reconnailre la main du maître dans le marbre de « la rotonde ». On connaît d’ailleurs le modèle comme l’auteur. Nous avons lit le portrait du célèbre Louis-François Lefcvre de Gau mari in, prévôt des marchands de Paris, qui figura au Salon de 177!:) el dont l’hôpital de Lille possède une réplique.

L’un et l’autre portent le grand cordon de Saint-Louis, mais le buste de Lille n’a pas la plaque sculptée sur l’ babil et le manteau du marbre Jacquemart-André. De la bouche en t Couverte

au regard aigu dans le réseau irradié des petites rides convergentes, tous les détails de la facture concourent h mettre en évidence, avec celle précision nerveuse qui est la marque du grand arlisle, les l rai I s significatifs de la. ressemblance. Les contemporains ont d’ailleurs témoigné de cette ressemblance, la « seule chose que l'on fût en droit d’exiger», disait

l’auteur des Mémoires modèles d’être jolis garçons; et il n’avait pas écrit <a la porte «le son atelier, comme tel portraitiste à la mode : « ressemblance et beauté garanties ». La vérité d’abord, telle était sa devise. « Copiez, copiez juste! » disait-il à ses élèves; mais h ces « copies » il ajoutait la flamme de la vie intérieure.

Une délicieuse petite frise en terre cuite, de Glodion, maquette d’un grand bas-relief de pierre célébrant le triomphe de Galatée,

Clicho .T.-E. Rulloz.

BUSTE DE LEFEVRE DE CAU MARTIN PRÉVÔT DES MARCHANDS MARBRE , PAR HOUDON

secrets. Houdon ne demandait pas à. ses

figurait au même Salon de 1779 où fut exposé le buste de Gaumartin. La verve du maître des fringantes Bacchanales n’a jamais été plus pétillante, sa main plus légère et plus spirituelle. Autour de la déesse, couchée sur sa coquille llottante, les tritons soufflent dans leur conque ou lutinent des nymphes, les néréides prennent leurs ébals, et le clapotement dos vagues soutient de son rythme les courbes des jolies nudités tour à tour potelées, fondantes et musclées. Le bas-relief est traité avec un esprit et un goût délicieux. Les figurines des premiers plans se détachent en saillies délicatement adaptées à l’échelle de la composition, puis elles vont s’amincissant graduellement jusqu’à n’ètre plus que de subtiles silhouettes, dessinées, indiquées dans la terre humide, d’un trait rapide et charmant d’ébauehoir. Encore quelques années et fous ces jolis petits Amours, chevauchant des dauphins, voletant dans le ciel ou brandissant des torches, seront impitoyablement proscrits au nom des éternels principes, du beau absolu, et des docteurs assommants el sublimes leur couperont le cou.

Une période d’austérité pédante et de sécheresse dogmatiquement raisonnée s’ouvrira dès lors pour la sculpture française et ceux mêmes qui avaient connu, aux belles années du xvjir siècle, la douceur de vivre et d’être libres en subiront, par crainte plus que par persuasion, l'influence. Qu’est-ce que l’art d’un Chi nard, d’un Marin, d’un Vassé, dont nous trouvons ici des exemples^ sinon un dosage inégal de l’ancien esprit du xvmc siècle avec les formules nouvelles? Selon que l’un ou l’autre élément domine, le charme opère encore ou disparait. Pourtant, les bustes de Roland conservent encore leur charme efficace, mais un peu mélancolique, comme s’ils étaient conscients de tout ce qui va mourir, et des documents inattendus viennent, dans la dernière salle du musée où sont réunis les témoins de cette agonie de l’ancien régime, éveiller la curiosité et l’intérêt. Voici un buste daté de 1794 et signé de François Martin de Grenoble, élève de Pajou, qui s’était fait connaître, en 1785, au Salon de la Correspondance, par un buste de Linné et exploitait une spécialité des bustes de grands hommes. Il tenait cet « article » — et l’annonçait dans les journaux du temps — « en talc blanc, couleur de terre cuite ou bronzée », au choix des clients. Il signait du titre d’« élève de Pajou » les patriotiques réclames qu’il adressait aux ministres de la Révolution et méritait que Parère et Robespierre lui tissent attribuer, — • « attendu qu’il s’était honoré à ne travailler qu’à des sujets civiques et n’avait recueilli de ses travaux qu’une indigence

LA SCULPTURE

à litre d’encouragement par Suzanne, — très

vertueuse », — une somme de 300 livres et d’indemnité.

Une statuette de Mirabeau à la tribune vivante et très évoca- I rice par l’attitude de la tète rejetée eu arrière, du torse agressif, de la main droite crispée et fermée dans un geste impérieux d’affirmation ou de menace, la gauche rejetée derrière le dos,

— introduit très utilement le nom d’un sculpteur peu connu, élève de d iluez, premier prix de sculpture en 1778, qui fut à Naples le compagnon de Louis David et, revenu de bonne heure à Paris, ne se lit plus connaître que par le don à l’Assemblée législative de trois statuettes de Voltaire,

Rousseau et Mirabeau, dont la terre cuite du Musée .Jacquemart- André permet d’apprécier la vivante vérité. On le suit jusqu’en 1802 et les litres de ses envois

sont comme des résumés évocateurs de l’histoire contemporaine : La Géométrie et la Théorie pratique divisant sur le globe terrestre la France en départements — (mon Dieu ! Prud’hon aurait tiré tout de même un charmant dessin de celle donnée saugrenue), — La Liberté accompagnée de T Union et de l'Egalité (Salon de 1703), La

Cliché J.-E. Bulloz.

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