CHAISE LONGUE ATTRIBUÉE A JACOB
Ducerceau, un corps d’armoire bourguignon ou lyonnais, nous rappellent seulement ici que nos huchiers de la Renaissance empruntent à leurs émules italiens non leurs meubles mêmes, dont ils n’auraient eu que faire, mais des éléments de décor vulgarisés par les bas-reliefs, les gravures et les plaquettes : frontons et colonnes, cariatides, chimères, où renaissent l’architecture et le paganisme antiques.
Et nous voici revenus aux salons du xvme siècle où j’ai déjà signalé en passant un exemple de la spirituelle menuiserie parisienne aux environs de 1735: les portes et la glace de l’hôtel de Jacques-Samuel Bernard. Dans ce xvme siècle qui porta si loin la recherche de la commodité et de l’agrément, quatre ou cinq métiers collaborent à la beauté de nos meubles ; les ébénistes aidés des ci se-
leurs; les menuisiers, secondés par les doreurs, les tisserands de soie et île velours ou les tapissiers de basse lisse.
L ébénisterie, née en Italie vers la lin du xvi° siècle et issue de la marqueterie dont nous venons de suivre le développement, s’est acclimatée chez nous el est devenue toute française. Après les opulents cabinets d’ébène, «l’écaille et de cuivre, elle produit maintenant des œuvres raffinées en bois de rose ou en imitation de laque — car la mode est à la Chine, — -des meubles à l’échelle d’une société aimable et vive, sensible à la grâce plus qu’à la force. Le ciseleur
J.-E. Iiullw..
C A N A P K PAR O T 11 O N , R K C O U V K R T K N' T A P I S S E R 1 E D 15 B 15 A U V A I S
vient en aide à. l’ébéniste, et ses bronzes souples ne sont pas inutiles pour défendre les fragiles arêtes des pieds cambrés et protéger sous un brillant réseau la marqueterie des petites coin modes ventrues.
Quoi de plus charmant dans ce genre qu’une petite commode des envi rons de 1740, signée « 1*. (iarnier » 1 ? Les proport ions et le galbe en sont exquis. Ses tiges cl ses feuilles de bronze ne chevauchent pas les tiroirs comme elles le faisaient couramment alors, mais forment
1. Est-ce Pierre Garnier, reçu maître en 1742? Plusieurs ouvrages portant sa signature ont passé dans des ventes ou ont été recueillis par des musées. On en trouvera la liste dans l’excellent répertoire : Les Artistes décorateurs du Bois , publié par MM. V i a I , Adrien Marcel et A. Girodie aux frais de la Bibliothèque d’art et d’archéologie, 1912, in-4°. Mais ceux que j’ai vus, une petite table de la collection Jones, au South Kensington, datée de 1759, un secrétaire en ébène et en laque noire du musée du Louvre, ont les caractères de la fin du règne de Louis XV.
LA TAPISSERIE ET LE MOBILIER
deux étages de courbes aux harmonieux contrastes. Sur les côtés, deux masques de femmes couronnés de coquilles oui les lins méplats et les fossettes, l’esprit des masques dcWatteau. Cette œuvre élégante
Cliché J.-E. Bulloz.