‹ Le Musée Jacquemart-AndréChapitre 45 sur 47 · ÉCRAN EN TAPISSERIE DE LA SAVONNERIE, ÉPOQUE DE LA RÉGENCE · texte numérisé non relu

ÉCRAN EN TAPISSERIE DE LA SAVONNERIE, ÉPOQUE DE LA RÉGENCE

est en dehors des salles ouvertes en public. Elle est restée dans la chambre de Mme André, au milieu de boiseries anciennes dans le goût d’Honoré Guibert.le grand menuisier contemporain de Gabriel, et en compagnie d’autres meubles de choix : une grande commode en laque façon de Chine marquée : A la Toison cl’or, 1731 ; deux

petits guéridons à corps ovale et à tablette inférieure en forme de rognon, variantes d’un même modèle de la lin du règne de Louis XV, signés l’un « L. P. Dusautoy », l’autre « V. Petit »; une petite marquise signée « F. 11. Jacob »; une pendule du temps de Louis XVI où trois Grâces en bronze doré portent un globe émaillé de vert. Mais dans les grands salons ou ces jolies choses n’auraient pu, sans encombrement, trouver de place, l’ébéniste rie du xvme siècle est aussi fort bien représentée : un bureau en laque façon de Chine, don de Louis XV à la ville de Langres, rappelle, en moins riche, le bureau dit « de Choiseul » conservé au Louvre; une commode en marqueterie de même style que deux encognures datées de 1742 qui appartiennent au baron Edmond de Rothschild, porte une parure de bronze admirablement adaptée au chantournement de ses formes; une autre commode, signée « P. Roussel », oppose aux caprices de la rocaille les formes carrées et les bronzes graves qui, vers la lin du règne de Louis XV, représentaient le « goût grec ».

Quant aux menuisiers, leur chef-d’œuvre, au Musée André, est sans doute une chaise-longue anonyme en deux parties, provenant de la vente Lelong, et digne de Jacob en ses meilleurs jours, quand ses délicates sculptures n’étaient pas surabondantes. Mais nous devons encore à leur art maint siège bien proportionné, et déêoré avec goût : marquises, canapés, fauteuils où les roseaux et les coquilles, puis les fins ornements renouvelés de l’antique forment, sous leur rehaut d’or, un cadre à souhait pour les tapisseries.

La suite des douze fauteuils des Fables de la Fontaine, d’après les dessins donnés par Üudry quand il dirigeait la manufacture de Beauvais, sont ici au complet, dans le grand salon. Ces compositions célèbres paraîtront lourdes et ternes à coté du meuble en Beauvais placé dans le salon des tapisseries de Leprince, un canapé et deux marquises de la plus élégante simplicité, signés par Qthon vers la tin du règne de Louis XV. La tapisserie n’a pas de personnages : c’est, sur un fond crème, une opulente jonchée de fleurs, un décor de couleurs vivantes dont rien , dans aucune collection du xvme siècle, ne dépasse la fraîcheur el l’éclat . On voudrait saisir le nom de l’artiste qui a [teint pour la Manufacture royale un modèle de tons si francs, et si bien approprié à la couverture d’un siège.

Un rare et délicieux écran de la Savonnerie montre (dans un bois moderne) un couple de comédiens italiens de la Régence, Pulcinella et Arlequine, au milieu d’arabesques dans le goût de Claude Audran Les initiales DP, tissées dans la bordure, sont celles d un membre

LA TAPISSERIE ET LE MOBILIER

de la famille Du Pont, descendant direct du fondateur de la manufacture sous Henri IV ; sans doute Bertrand-François, qui mourut en 1716.

Je n’ai pu signaler que les pièces capitales pour l’histoire du mobilier. Combien d’autres œuvres, — écrans, tapis de Hérat balançant leurs palmes, et toute une suite de tapis de la Savonnerie depuis 1663 jusqu’à la Restauration, soieries de Philippe de la Salle, appliques finement ciselées... — retiendront l’attention de ceux qui savent tlàner et voir! Pour l’étude des « arts décoratifs » non moins que pour celle de la peinture et de la sculpture, le Musée Jacquemart- André apporte un complément inespéré à nos collections publiques.

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