‹ Le musée pittoresque du voyage du TsarChapitre 44 sur 99 · OCTOBRE SOUVENIR DES FÊTES FRANCO-RUSSES 189G · texte numérisé non relu

OCTOBRE SOUVENIR DES FÊTES FRANCO-RUSSES 189G

Verso d'un des programmes officiels; reproduction en fac-similé de l'original in-folio.

(La môme page a été, rendue comme placard de chansons.)

cet effet, d'une échelle de six pieds et de deux vieilles chaises .

....Tout à coup, Quel charivari !

L'public ahuri, Pousse un grand cri :

« Regardez donc là-bas, Le voilà, le voilà, Nicolas ! »

Brutal'ment l'public se tasse, L'échelle casse Et... bonsoir!

J'fais la planche au milieu du trottoir.

Attendez, ce n'est point tout. Jusqu'alors on s'était tenu, pour ne point créer de difficultés au protocole sans doute, mais une fois le Tsar parti, endarmstadté, comme l'a écrit un joyeux humoriste, on allait pouvoir s'en donner à cœur joie.

Lisvez l'Entrevue franco-russe racontée par l'auteur, Eugène Lemercier, en laquelle on entend Félix Faure rappeler qu'il avait jadis un penchant

pour le cuir de Russie ;

puis les Tribulations de Félix, « chanson franco- rosse » (sic), qui nous fait part des pensées intimes du Président de la République :

... c'est fort embêtant!

Moi qui, dans Paris, n'reste pas un instant,

Au lieu d'aller tirer l'perdreau,

Près du Tsar, j'vais m'tanner... la peau,

et qui montre notre premier magistrat « se collant », pour séduire le Tsar,

Des guêtres jaun's comme les cocus Avec des aigles noirs dessus;

puis encore, ce qui était inévitable, Un cri séditieux, c'esU-

LA CHANSON J-^J-

à-dire l'histoire du monsieur fourré au poste peur avoir crié Vive l'Empereur :

Mais, écoutez-moi, je vous prie, Le cri que j'voulais fair' partir C'était : Vive l'Emp'reur de Russie; Mais on m'a pas laissé finir !

Ah ! fallait donc l'dir' tout d'suite, M'fit l'eommissair', m'serrant la main ; Mon cher ami, je vous félicite, Vous êt's un vrai républicain !

Et c'est ainsi que, allant toujours de l'enthousiasme à la blague, sans transition, la chanson française est en train de passer au crible du gavrochisme parisien cette alliance russe pour laquelle, un mois auparavant, elle ne trouvait pas d'accents assez éloquents.

Tant il est vrai que nous sommes ainsi faits, que nos emballements naissent et disparaissent avec la même rapidité, que nous aimons à voir nous-mêmes les choses sous leur double face, que nous nous plaisons à les idéaliser et à les ridiculiser tout à la fois.

Création multiple, la chanson parisienne appartient à l'oreille et à l'œil. Après l'avoir analysée, il convient de la regarder puisqu'elle compte parmi ses amants passionnés non seulement ceux qui aiment à fredonner les airs à la mode, à les entendre dans les cafés- concerts, mais encore ceux qui n'allant pas plus loin que la couverture, captivés par l'image, se complaisent en la contemplation des titres tirant l'œil derrière les vitrines des papetiers et des libraires.

Or, ici, ce sont surtout les portraits qui prédominent, en buste, en pied, à cheval, en voiture. Que d'effigies tsariennes et combien peu ressemblantes ! Ceux qui feront, un jour, l'iconographie de Nicolas II, feront bien de ne point s'arrêter à ces portraits souvent peu flatteurs .

Mais combien amusantes, combien naïves les images allégoriques, le Tsar et Félix Faure se donnant la main ou faisant leur entrée à Paris dans des landaus aux chevaux fringants. Avec son habit, avec son haut de forme à la main, notre pauvre président fait, vraiment, triste figure aux côtés du Tsar : tel un mannequin honteux s'excusant de n'avoir pi' s'habiller, d'autant que, on ne sait pourquoi, les dessinateurs l'ont privé de son classique et légendaire monocle. Elles-mêmes, les guêtres historiques, ces guêtres chantées quelque temps auparavant pour la plus grande joie de la galerie, ont disparu des couvertures.

Drapeaux enlacés, armoiries accolées, soldats fraternisant, c'est, pour le reste, l'habituel lieu commun de l'imagerie patriotique.

Chansons, chansons; dans la joie comme dans la douleur, tout décidément n'est que chansons !

Pclite coijuclle, petite mijaurée ! Voyez un peu, la voilà qui cherche à me supplanter dans les bonnes grâces de mon beau Nicolas.

{Fischietto, 15 septembre.)

Petit!... Petit !... {Il Coglione, de Turin.)

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