‹ Le Musée royalChapitre 118 sur 120 · LE TIBRE · texte numérisé non relu

LE TIBRE

protège, et il paroît s'abandonner à leur cours. La rame qu'il tient à la main, emblème naturel dé îâ navigation, le met au rang des fleuves navigables : Ton sait que les plus grands bâtiments anciens remontoient le Tibre, et que de ses bords des flottes s'élançoient à la conquête du monde, et en rapportoient les richesses. Si nous voulions parcourir les détails de cet admirable monument, nous les arrêterions par-tout avec plaisir, et nous trouverions autant de goût et de soin dans son exécution que de grandeur dans sa conception. Les draperies, bien jetées, sont d'un très beau travail. Tout ce qui est antique dans les deux enfants est rempli de grâce et de naïveté. La louve, d'une grande vérité, semble s'animer, et forme un joli groupe avec ses deux illustres nourrissons; on voit qu'un dieu a dompté en leur faveur la férocité de son caractère; elle les regarde avec tendresse , et sent qu'elle est chargée des destinées du monde (i).

Les bas-reliefs qui entourent la plinthe du monument dont nous venons de nous occuper, quoiqu'en très mauvais état, méritent aussi d'attirer l'attention sous le rapport de l'érudition. On y voit des bâtiments qui naviguent sur le fleuve, et dont les uns sont tirés par des bateliers, tandis que d'autres sont en charge. Mais le plus important de ces basreliefs a rapport à la fondation de l'empire romain. Enée est assis sur le rivage; près de lui est la laie blanche aux trente petits, que le Tibre (2) lui avoit annoncée, et qui devoit lui indiquer l'endroit où, trente ans après son arrivée dans le Latium, chez le bon Evandre, Ascagne devoit fonder la ville d'Albe. C'est probablement cette ville, ou peut-être même Rome, que, par anticipation de temps, on aura représentée dans le fond du bas-relief. Les deux personnages qui fendent les eaux et se dirigent vers Enée peuvent indiquer ou le Tibre qui lui prédit ses destinées, et qui se divisoit en deux branches, ou ce fleuve et le Téverone (J > Anien) ) qui se joint à lui. De l'autre côté, deux figures assises, et qui prennent part à cette scène, pourroient être des nymphes de Laurentum, auxquelles Énée adressa ses prières après que le Tibre lui eut apparu en songe. Cependant M. Visconti étoit revenu à l'idée que c'étoient des pêcheurs qui contemploient l'événement surprenant dont ils étoient témoins.

(1) La corne d'abondance que soutient le Tibre se fait remarquer par le style et par le fini de son exécution. Il est inutile de faire observer que les épis de blé, le raisin, la pomme de pin, et les autres fruits qui la remplissent, dénotent la fertilité des campagnes que le fleuve arrose, et que le soc de cliarrue qui s'élève au milieu de ces fruits indique que c'est à l'agriculture que l'on doit tous ces biens. Je ne puis croire qu'une étoile gravée sur ce soc, et dont personne n'a fait mention, y âit été mise sans intention. Ne pourroit-elle pas avoir rapport à l'influence que les astres exercent sur l'a-

griculture; et si, comme je suis porté à le croire, elle rappeloit cette comète qui, après la mort de César, parut pendant sept jours, à l'époque des jeux qu'Auguste fit célébrer à son honneur, ce seroit une indication, légère il est vrai, de l'époque à laquelle ce groupe a été fait, et elle le placeroit sous le règne d'Auguste. Voyez Virgile, Georg., liv. i, v. 1 ; Eclog., IX, v. 47; Suétone, Cffsar.j88;Pline,liv.n, c. xxiu; Sénèque, Quœst. nat. } liv. vu, xvii, etc.

(2) Virgile, Etiéid., liv. vin, v. 43, 83.

SECONDE SÉRIE

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