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GROUPE COLOSSAL

En parlant de la statue de TEurotas, par le statuaire Eutychidès, Pline, pour exprimer la souplesse et le moelleux de ses contours, les compare à la fluidité du fleuve qu'elle représentoit: s'il eût vu la belle statue du Tibre, il lui eût payé le même tribut d'éloges. Quelle majesté et quelle douceur mêlée de fierté régnent dans toute cette tête (i) et dans ses regards! Le dieu les promène avec calme et satisfaction sur ses bords fécondés, enricliis par ses eaux, et qu'anime un peuple de héros. Que de souplesse et de fermeté dans les formes de ce beau corps! C'est un dieu dans toute sa vigueur; il est en repos, mais c'est le repos d'Hercule. Le Tibre s'élève avec majesté au-dessus de, ses ondes, qui semblent caresser le dieu qui les

(*) Ce groupe colossal du Musée royal, sous îen° 24g, est en marbre pentélique; sa hauteur est de i mètre 634 millimètres (5 pieds, o pouces, 4 lignes); sa longueur, de 3 mètres 172 millimètres (g pieds, g pouces, 2 lignes); et il a de proportion , de 10 pieds 1 ' 2 à 1 1 pieds. Selon M. Visconti, dans son Musée Pio-Clementino , tome I, pl. 38, d'après l'Adroandi, Flaminio Vacca, etNardini, ce beau monument fut trouvé, ainsi que le groupe du Nil, à la fin du quinzième siècle, près de la Via lata qui traversoit le Champ de Mars, dans le voisinage des églises de San Stephano del Cacco, et de Santa Maria sopra Minerva , dans l'emplacement où étoit autrefois le temple d'Isis et de Sérapis. Ils servoient d'ornement à deux fontaines qui décoroient l'avenue de cet édifice, et on les plaça dans les jardins du Belvédère , au Vatican. Ce groupe, que l'on peut mettre au premier rang des monuments antiques, est d'une belle conservation. Une manque au Tibre que le bout du nez, deux doigts de la main droite, trois de la gauche, et quelques uns de ceux des pieds. Les enfants ont plus souffert: la tête et le bras droit de celui qui est à droite sont modernes, ainsi que la tète, le bras droit, la cuisse, la jambe droite, et la moitié de la gauche de celui qui est de ce côté. L'extrémité du museau de la louve et de la corne d'abondance est aussi restaurée.

La plupart des artistes, et les hommes de goût, se plaignent avec raison de la place qu'occupe au Musée ce beau groupe, dont on ne peut voir ni le dos, cpii est une des parties qui mériteroient le plus d'être étudiées, ni les bas-reliefs qui sont autour de la plinthe. Cette masse coupe aussi, d'une manière désagréable, la belle inscription devant laquelle elle s'élève, et elle ne permet pas d'en approcher. Les deux sphinx égyptiens ne sont pas en harmonie avec le fleuve de Piome , et ils nuisent à ce groupe, qui demande à être isolé, et qui, de son coté, fait tort à la superbe statue de Vénus de Milo, derrière laquelle il se trouve. Mais on peut espérer que les obstacles qui se sont opposés jusqu'ici à ce que ce groupe fût placé d'une manière plus conve-

nable seront enfin levés, et qu'on pourra l'admirer de tous côtés. Il seroit bien à la place de la cuve de porphyre qui est dans la salle de la Pallas. Cette cuve ferait un bon effet au-dessous des Faunes porteurs et de l'inscription de Domitia, et s'ajusterait bien avec les sphinx. La Vénus de Milo et le Héros combattant (Gladiateur Borghèse) devraient se céder mutuellement leurs places; cette magnifique partie du Musée royal gagnerait beaucoup à ces changements , que désirent toutes les personnes qui s'intéressent à ce que les chefsd'eeuvre de l'antiquité soient disposés de la manière qui leur est la plus avantageuse.

(1) La couronne de laurier et la chevelure relevée sur le front donnent à la tête du Tibre quelque rapport avec celle de Jupiter, et l'on peut croire que le sculpteur, pour empreindre un plus grand caractère au dieu du Tibre, aura rapproché de l'idéal du maître des dieux celui du fleuve-roi sous les lois duquel Rome avoit rangé tout le monde. On trouverait beaucoup de ressemblance entre la tête du Tibre et celle de Jupiter jEgiochus, qu'offre le beau camée de la bibliothèque de Saint -Marc à Venise. Ce n'est certainement pas sans intention que l'on a couronné le Tibre de laurier, au lieu de ceindre sa tête de roseaux ou de plantes aquatiques, suivant le costume adopté pour les fleuves, et que Virgile a suivi pour le Tibre, Enéid., liv. vin, v. 34. On pourrait apporter plusieurs raisons pour expliquer cette couronne de laurier. C'étoit celle des triomphateurs (Pline, Hist. nat., liv. xv, c. xxxix, xl). Un bois touffu de lauriers s'étendoit sur les bords du Tibre, et les Laurentins en avoient tiré leur nom. Cet arbre, d'ailleurs, passoit pour être sacré, et pour préserver de la foudre. Les empereurs, d'après l'exemple de Jules César, en formoient leur couronne, et c'étoit un emblème de l'éternité. On sait aussi, par Pline, liv. ni, c. ix, qu'on attribuoit au Tibre des oracles. 11 avoit prédit à Énée ses victoires; et le laurier, consacré à Apollon, et aux feuilles duquel on croyoit une vertu fatidique, convenoit au Tibre, dont les oracles avoient annoncé la gloire de Rome.

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