LA NATIVITÉ
balancent sur leurs ailes, parfumant d'une pluie de fleurs le groupe terrestre auquel se sont unis d'autres anges qui complètent ainsi la chaîne d'actions de grâces que vient de former entre le ciel et la terre le grand avènement du Fils de l'homme. Ce groupe inférieur se compose de trois bergers, de la Vierge, de S. Joseph et de trois anges," tous agenouillés autour de l'enfant, qui, couché au milieu d'eux sur la paille de la crèche, y forme comme un point lumineux où viennent se confondre les regards et les sentimens des divers personnages.
Cette belle composition est remarquable à la fois par la richesse et l'harmonie , l'unité et la variété. Le groupe d'en-haut , d'une ordonnance presque symétrique, composé d'êtres de la même nature, du même âge, du même sexe, tous charmans, tous animés du même sentiment, offre surtout un exemple frappant de l'art de disposer et d'accorder les lignes sans confusion et sans monotonie , et du talent de diversifier les formes et les caractères de la beauté ; sur leurs physionomies variées comme leurs traits règne cependant une même expression d'amour et de désintéressement céleste, de joie sans étonnement et sans aucun mouvement qui paroisse les faire sortir de leur état habituel. On ne sauroit dire si ce moment n'est pas semblable à tous ceux de leur existence.
Chez les bergers, l'attendrissement, la surprise, l'admiration, se manifestent avec une vivacité qui les distingue parfaitement des anges mêlés avec eux. La figure de l'enfant est intelligente et majestueuse; et au milieu du groupe, la Vierge, les mains sur la poitrine, l'âme élevée vers le ciel et les yeux sur son enfant , paroît remplie d'un sentiment qui n'appartient qu'à elle , comme à elle seule appartient la dignité des hautes destinées auxquelles elle va se dévouer avec la profonde tendresse d'une mère.
Proportions.
Hauteur, i m - 2 cmtim ' g m - — 3P ieds i? a ™K Largeur, o 83 9 =2 7
LA COMMUNION DE S T JÉRÔME
PAR DOMINIQUE ZAMPIERI dit LE DOMINIQUIN.
Voici l'une des merveilles de la peinture, un tableau auquel Le Poussin ne pouvoit assigner de supérieur ou d'égal que celui de la Transfiguration. Il n'est pas étrange qu'il ait subi les attaques de l'envie, et qu'il en ait triomphé; ce qui peut paroître plus singulier, c'est que ces attaques n'étoient pas sans fondement, et que cependant la valeur reconnue de l'œuvre n'en a été en rien diminuée; preuve d'un mérite bien extraordinaire qui réduit à la nullité même un reproche mérité.
On sait de quels dégoûts le sage et modeste Zampieri fut abreuvé par ses rivaux, d'autant plus jaloux de ses talens qu'ils méprisoient ses manières , et qu'ils s'indignoient de lui voir reprendre à chaque nouvel ouvrage la supériorité qu'ils crojoient avoir sur lui dans le cours de la vie. La supériorité ne se fait pardonner que par ceux qu'elle subjugue; tant qu'on croit pouvoir la combattre, on la regarde en ennemie. Les clameurs de la jalousie étoient parvenues à étouffer tellement la voix de la vérité, qu'à trente ans , et après avoir déjà donné plusieurs de ses plus beaux ouvrages, le Dominiquin ne jouissoit presque d'aucune réputation, lorsqu'un prêtre de ses amis lui fit faire pour cinquante écus romains ( cinquante! scudi) le tableau de la Communion de S. Jérôme, destiné au maître-autel de l'église de ce nom. Il n'j avoit plus moyen de lui disputer le triomphe, on ne songea qu'à l'affoiblir. On l'accusa d'avoir copié le tableau qu'Augustin Carrache, l'un de ses maîtres, avoit fait sur le même sujet, pour la chartreuse de Bologne : Lanfranc, le plus violent de ses adversaires, dessina et fit graver le tableau d'Augustin. On ne sauroit le nier, l'imitation est évidente : le Dominiquin lui-même, avec sa candeur ordinaire , convint d'avoir emprunté à son maître quelques idées qu'il croyoit sans importance, et qui l'étoient en effet pour lui, car ce n'est pas là qu'il a placé les incomparables beautés de son ouvrage.
C'est dans l'ordonnance du tableau que ces emprunts se font surtout
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apercevoir. Dans les deux tableaux, le saint, presque nu et drapé à peu près de la même manière, est de même vu de trois quarts, agenouillé sur les marches de Pautel, retombant de foiblesse assis sur ses talons, tandis qu'on le soutient par-derrière. L'attitude du prêtre, placé devant lui pour lui administrer la communion, est presque entièrement la même. De même, derrière le saint, les deux peintres ont placé un spectateur coiffé d'un turban à la juive, pour désigner que la scène se passe à Bethléem. L'architecture du fond, pareillement composée de colonnes et de pilastres, est de même ouverte au milieu par un arceau qui découvre une riche perspective, et à travers lequel pénètrent dans l'intérieur de l'église de petits anges portés sur des nuages. Il n'y a pas jusqu'aux traits du saint dans lesquels on ne puisse trouver entre les deux tableaux une véritable ressemblance.
Quelques-unes de ces imitations peuvent avoir été dictées par un louable respect pour une œuvre déjà classique, surtout aux yeux de l'élève d'Augustin. Quant aux autres, elles se seront présentées au Dominiquin, naturellement peu inventeur, comme une situation donnée, mais d'où il tiroit des impressions et des sentimens d'une tout autre nature. En effet, l'idée des deux tableaux est entièrement différente. Le tableau d'Augustin représente le dernier acte de la vie de S. Jérôme, celui du Dominiquin est rempli de sa mort. Augustin, plus poète, a paru saisir le côté merveilleux de l'action; le Dominiquin, plus sensible et plus réfléchi, en a pris le côté solennel. Le premier tableau s'anime de toutes les impressions que peut exciter un événement fait pour émouvoir l'imagination et la curiosité; plusieurs personnages, les yeux tournés vers le ciel, fixent leur attention sur les anges, qui viennent célébrer la dernière communion du saint; un autre écrit ce qui se passe; d'autres, par leur mouvement et leur disposition , donnent l'idée d'une foule empressée d'aller bientôt raconter ce qu'elle vient de voir. Le tableau du Dominiquin retire de l'esprit toute pensée subséquente, et le concentre sur ce présent et dernier moment, accordé à l'âme prête à s'envoler, pour se manifester encore une fois sur la terre. Lame seule vit encore dans ce corps exténué , privé de mouvement : le S. Jérôme d'Augustin a pu, avec un peu de soutien, croiser ses mains sur sa poitrine; son corps, languissant plutôt que détruit, paroît affoibli sous le poids plutôt que sous la foiblesse de l'âge ; Les bras du S. Jérôme du Dominiquin ont en vain voulu se relever, ils tombent, le long de son corps,
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roides et impuissans; l'un des deux, soulevé par une pieuse matrone qui le baise avec respect, cède au mouvement sans y participer. Quatre nommes, groupés autour du saint, paroissent occupés de la crainte de laisser échapper ce corps inerte et incapable de se prêter à lui-même le moindre secours ; la maigreur en a dévoré toutes les parties ; les muscles desséchés ne soutiennent plus la peau, qui, vide et molle, se ride sous les mains qui la pressent; la tête retombe sur la poitrine; les yeux seuls parlent encore, et, trop foibles pour s'élever jusqu'à l'hostie, lui demandent cependant avec désir un dernier bonheur vers lequel la vie s'élance tout entière avant de disparoître de la terre pour aller se renouveler dans le sein des anges, dont plusieurs, placés au-dessus de la scène, semblent dans l'attente du moment suprême qui va la terminer. Mais ni ces anges, ni ce lion qui pleure abattu aux pieds de son maître avec l'affliction et la physionomie d'un vieux serviteur, n'attirent un regard des assistans; faits, par ce qu'ils ont d'extraordinaire et de merveilleux, pour ajouter à l'importance de l'action en indiquant celle du personnage, ils n'ont garde d'en détourner l'attention, de troubler indiscrètement ce religieux silence qui va nous laisser entendre les paroles sacramentales prêtes à sortir de la bouche de l'officiant pour passer dans l'âme du moribond. L'unique mouvement qui ose se manifester est celui d'un soin pieux, d'une tendre et respectueuse pitié confondue dans les âmes avec la dévotion qui se porte à la fois vers le double sacrifice.
L'idée du Dominiquin , dans ce tableau, est impossible à épuiser; comme tout ce qui est sublime, elle participe de l'infini; l'exécution en atteint presque la perfection possible à concevoir. Le caractère élevé empreint sur toute la composition y est mêlé à une telle vérité de nature, qu'on ne sauroit dire si quelques-unes de ces figures ne doivent pas la noblesse de leurs traits uniquement au sentiment qui les anime. L'entente et l'harmonie de la couleur y sont poussées au plus haut degré. Les vêtemens blancs, la figure adolescente, la chevelure blonde d'un jeune clerc à genoux, reçoivent, sur le devant, les plus vives lumières. Le corps du saint, quoique entièrement éclairé, ne se trouve exposé qu'à un éclat déjà assez adouci pour rendre supportable l'effrayante vérité de ces teintes où la mort commence à l'emporter sur la vie. L'ombre portée de l'officiant place les personnages du fond dans un clair -obscur qui les enfonce à la fois et les fait ressortir; l'air circule autour de toutes ces
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figures rapprochées sans entassement , et rien ne surpasse la beauté de la perspective et la netteté des différens plans qui se succèdent et s'enchaînent, sans qu'il soit possible de les confondre ni de les séparer. Ce tableau a été gravé par César Testa et Jacques Frey.
f Hauteur, 4 m - 19»^ i^ iei ° f° nces .
Proportions. < , ro
( Largeur, 2 5b = 7 11