PAR ANNIBAL CARRACHE
On a peine à comprendre, surtout en considérant ce tableau, comment il est possible que Mengs ait refusé à Annibal Carracbe la réflexion philosophique ( riflessione Jilosojica ). La réflexion fut particulièrement le caractère de Fécole des Carracbe; c'étoit en appliquant à leur art les vues de l'esprit et les préceptes de la raison, qu'ils avoient su le ramener à la nature écartée par des préjugés d'école. Ce fut dans les sentimens réfléchis, dans les émotions intérieures de Pâme, qu'ils cherchèrent la source de cette expression pure et sage, opposée par eux avec tant de succès à l'exagération des imitateurs maladroits de Michel -Ange. Sans doute, entrés tous les trois dans la même voie, ils la suivirent avec des facultés diverses. L'expression est peut-être plus pénétrante dans les tableaux de Louis, et la conception plus ingénieuse dans ceux d'Augustin, qu'Annibal a surpassés tous les deux pour la pureté du style et la grâce des formes. Mais presque toutes les productions de ces trois grands maîtres révèlent la pensée; l'attention s'y arrête d'abord, involontairement saisie par le naturel et l'apparente simplicité de l'expression. Cette simplicité est celle de la richesse ; elle révèle Tordre et invite la réflexion à pénétrer dans les trésors de vérité qui se déploient devant elle à mesure qu'elle pénètre et s'enfonce plus avant.
Ici le premier effet est celui d'un grand mouvement, effet assez rare chez les Carrache. Ils ne font guère entrer d'ordinaire dans leurs tableaux plus d'une douzaine de figures; mais il s'agissoit de représenter un événement pour ainsi dire universel. Le Christ vient de naître , tout s'est ému sur la terre et dans le ciel. Le firmament s'est ouvert, et sur les nuées peuplées de chérubins se montrent à nous les chœurs des anges {minstrelsy ofheaven). Les uns, revêtus des formes de l'adolescence, célèbrent par des hymnes et au son des instrumens la venue du Rédempteur; des voix d'anges enfans les accompagnent; et l'un d'eux, au milieu du tableau, élève une banderole sur laquelle se lisent en lettres d'or les paroles triomphales gloria in excelsis. Au-dessous quelques autres se