‹ Le Musée royalChapitre 4 sur 120 · PORTRAIT DE JEANNE D ARAGON · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE JEANNE D ARAGON

PAR RAPHAËL

Jeanne d'Aragon, sœur de Ferdinand-le-Catholique, et vice-reine de Sicile, étoit une des plus belles personnes de son temps. Le goût également connu de François I er pour les beaux arts et pour les beaux visages fit sans doute penser au cardinal de Médicis que le portrait de la vicereine peint par Raphaël ne pouvoit qu'être un présent agréable à ce prince; il le fit donc faire pour lui, et le lui envoya. La tête seule de ce portrait appartient à Raphaël, tout le reste est, dit-on, de Jules Romain. L'admirable beauté des mains donneroit à penser cependant qu'elles ont aussi reçu la touche du maître, bien que Mengs accuse Rapbaè'l d'avoir en général peu réussi dans les mains, et particulièrement les mains de femmes, parce que, dit-il, les modèles antiques lui ont manqué, la plupart des statues se trouvant en effet mutilées dans cette partie, et que la nature en offre bien peu de belles (i). Rapbaè'l aimoit à travailler d'après des modèles; il se plaint, dans une de ses lettres (2), de la carestia di belle donne (de la disette de belles dames); et ce n'est qu'à leur défaut qu'il se sert, dit-il, di una certa, dia che mi vient in mente (d'une certaine idée qui me vient dans l'esprit) ; mais peut-être les mains de Jeanne d'Aragon lui avoient-elles fourni ce beau modèle dont il avoit besoin, jusqu'à un certain point, pour arriver à toute la perfection dont il étoit susceptible : on seroit tenté de le penser d'après le soin avec lequel elles sont peintes. La tête est aussi d'une grande beauté, et porte bien le caractère des têtes de Rapbaè'l, caractère qui n'est point démenti par la sécheresse de quelques contours. Du reste, Jules Romain fut, du vivant de son maître, l'image fidèle de sa manière, et l'heureux imitateur de son pinceau. Ce n'est qu'après la mort de Raphaël qu'il commença à se livrer à son penchant, qui le conduisoit, dit Lanzi (3), à travailler plutôt de pratique qu'ètt prenant conseil de la nature et de la vérité. Ainsi les tableaux qu'il a faits de concert avec son maître sont en quelque sorte l'ouvrage de Raphaël, comme Jules Romain l'étoit lui-même; et c'est sa méthode

(1) Tome I, page 147.

(2) Al Castiglione, Litter. pitt. , t. I,p. 74

(3) Tome IV, page 12.

PORTRAIT DE JEANNE D'ARAGON, qu'il y faut reconnoitre ; elle est remarquable ici dans la disposition des étoffes, singulièrement ingrates pour la peinture et difficiles à manier avec goût; ces amas de velours rouge dont, se composent le vêtement et particulièrement les manches de la vice-reine, offroient certainement la plus grande difficulté au peintre pour conserver dessous les formes du nu, et présenter un corps humain au lieu cl une masse d'étoffe et de plis. Aussi faut-il y admirer Fart réfléchi qu'il a porté dans la disposition des draperies, et qu'on trouve exposé dans les œuvres de Meugs avec autant d'esprit que de discernement. «Il avoit vu, dit Mengs, que les anciens faisoient sur « les parties larges du corps humain des plis également vastes, et n'inter- « rompoient jamais ces parties larges par des détails minutieux, ou bien, « lorsqu'ils y étoient forcés par la nature du vêtement, ils faisoient les « plis si petits et si peu saillans, qu'ils ne pouvoient être regardés comme « exprimant les contours d'une partie principale. C'est d'après cet exem- « pie qu'il fit ses draperies larges, c'est-à-dire sans ondulations superflues, « mettant les plis dans les jointures des membres, de manière à ce qu'ils « ne coupassent jamais la figure. Il régloit la forme des plis selon le nu

« qui se trouvoit dessous Lorsque les draperies étoient libres, c'est-à-

« dire lorsqu'il n'y avoit rien dessous, il se gardoit bien de leur donner « des formes aussi larges qu'à celles qui étoient soutenues par un mem- « bre; mais il avoit soin de les marquer de quelques creux et de vastes « brisures dans une forme tout-à-fait différente de celle du membre. » C'est ainsi que , dans cet immense sac de velours qui enveloppe le bras de la vice-reine, sous ces plis qui descendent de sa ceinture sur ses genoux , le peintre a su conserver le nu, de telle sorte que la ligne du dessin n'est jamais interrompue, et que l'œil ne reste pas un instant indécis sur la régularité des formes. Les manches de velours, fendues dans toute leur longueur et rattachées de distance en distance par des pierres précieuses, laisseut apercevoir une chemise fine dont les plis nombreux sont fixés près de la main par un poignet richement brodé. Des bracelets ornent les bras de Jeanne; son chapeau, de velours rouge, est enrichi de diam an s et de perles. Elle retient de la main droite une fourrure prête à tomber de dessus ses épaules. Près d'elle est un dais surmontant une espèce de trône. On aperçoit dans le fond, par-delà un balcon sur lequel est appuyée une femme de service, des jardins, et des serres en vitraux et garnies d'arbres.

„ ( Hauteur, i m - loi"^ = 3*^ B* 0 *".

Proportions. < , , . '

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