‹ Le Musée royalChapitre 40 sur 120 · PAR M AN FR EDI · texte numérisé non relu

PAR M AN FR EDI

Manfredi, mort jeune, est assez peu connu, et ce qu'il y a de singulier, c'est que son talent a en partie contribué à cette obscurité. N'ayant pas eu le temps de parvenir à être employé dans ces grandes entreprises qui mettoient un artiste sous les yeux du public, Manfredi ne put laisser à ses ouvrages un nom capable d'en fixer la valeur commerciale, indépendamment du mérite de l'œuvre et du goût de l'amateur, en sorte que ses tableaux de cabinets, et il n'en a pas fait d'autres, ont été plus d'une fois donnés sous le nom du Caravage. La ressemblance est assez grande pour qu'il soit facile de s'y méprendre. Manfredi avoit, à ce qu'il paroit, reçu des leçons du Caravage, à qui les désordres de sa vie errante ne permirent guère de former une école régulière, mais dont la manière, pleine à la fois de génie et de bizarrerie, a fait une foule d'imitateurs. Les imitateurs abondent sur les traces de tout nomme de génie qui frappe à la fois les imaginations par un grand mérite et une grande singularité; mais l'imitation ordinaire, déterminée uniquement par le désir d'arriver à des effets clu même genre, à défaut de génie, se jette dans l'excès de la singularité. Ce fut, selon Bellori, d'après l'exemple du Caravage « que l'on « commença à imiter les choses viles, recherchant avec soin, comme le « font quelques-uns, les saletés et les difformités. S'ils ont à peindre une « armure, ils choisissent la plus rouillée; si c'est un vase, ils ne le font « pas entier, mais ébréché.... Ils s'arrêtent, avec toute l'attention possible, « sur les rides et les défauts de la peau et des contours , représentant des « doigts noueux et des membres déformés par la maladie. »

Il est une autre imitation plus noble, et on peut le dire, plus originale, et par-là même ordinairement plus sage : lorsqu'une véritable conformité de talent a dirigé un artiste dans le choix de celui qu'il veut prendre pour maître et pour modèle, portant dans son imitation la liberté d'un goût naturel et les différences autant que les ressemblances de son génie, il évite, plutôt qu'il ne les exagère, des bizarreries purement individuelles , et ne prend du maître que ce qui peut appartenir à l'école.

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