UNE SAINTE FAMILLE
rache tient à la famille de celles de Raphaël, comme l'enfant à la famille de son père, avec son caractère individuel et particulier.
Raphaël n'avoit enseigné à ses élèves qu'une vue plus juste et plus étendue de la nature, une plus profonde connoissance de la vérité. Aussi a-t-on remarqué qu'aucun d'eux n'avoit pris la manière du maître, mais que tous avoient reçu de lui l'art de s'en former une. Jules Romain est le seul dans les ouvrages duquel on lise pour ainsi dire écrit le nom de Raphaël, le seul qui ait conservé la trace visible des leçons et des inspirations de l'école; effet assez naturel de l'intimité qu'avoit établie entre le maître et le disciple la douceur de leurs mœurs et la généreuse élévation de leur caractère. Presque toujours choisi pour coopérer aux ouvrages du maître qui le chérissoit, Jules devoit porter sa principale attention à chercher les moyens de se conserver en harmonie parfaite avec la composition qu'il étoit destiné à compléter; et il y a réussi au point que Jules Romain ne dépare point les ouvrages de Raphaël, quoiqu'on l'y reconnoisse presque toujours.
Cette conformité qu'il étoit parvenu à atteindre, et qui se fait sentir même dans plusieurs de ses propres ouvrages, devient d'autant plus remarquable par la différence naturelle qui existoit entre le génie des deux artistes. Moins également, moins profondément pénétré que son maître des beautés qu'il savoit concevoir, Jules se lançoit dans les difficultés et les hardiesses de l'entreprise avec une ardeur que refroidissoit ensuite l'exécution; porté par son penchant au fier et au terrible, il le traçoit avec des traits vigoureux qui ne laissoient pour achever presque plus rien à faire; mais les formes gracieuses lui demandoient une inspiration trop calme et trop soutenue. Le noir de ses ombres indique plus d'un lieu où le travail a suppléé à un sentiment trop promptement épuisé : mais ce sentiment étoit toujours vrai, toujours élevé; il suffiroit pour le prouver de la Sainte Famille dont nous donnons ici la description. La figure, la pose, l'expression de la Vierge, respirent une simplicité pleine de grâce à la fois et de dignité. Debout, elle tient un livre dans lequel elle semble montrer à lire à son fils. Assis devant elle sur un appui couvert de coussins, l'enfant, les deux mains sur le livre, paroît indiquer le mot qu'il prononce en levant les yeux sur sa mère avec une expression charmante de douceur et d'attention. L'expression de la figure de S. Joseph est celle qui convient au vénérable protecteur de la famille dont l'a chargé la Providence.