‹ Le Musée royalChapitre 85 sur 120 · CHASSE AUX CANARDS · texte numérisé non relu

CHASSE AUX CANARDS

PAR PAUL BRIL.

On diroit que Paul Bril a fait ses paysages pour ses seconds plans, du moins y a-t-il presque toujours sacrifié les devans, qui, bien que soignés dans leurs détails avec une grande recherche, sont rarement éclairés de manière à faire ressortir ce mérite des détails : on pourroit même reprocher à Paul Bril de s'être quelquefois écarté dans cette partie de ses tableaux des lois de l'harmonie et de celles de la vraisemblance; les teintes rembrunies qu'il emploie presque toujours sur le devant de ses paysages forment une opposition trop tranchante avec des fonds généralement clairs et légers, en même temps qu'elles laissent le spectateur un peu embarrassé à se rendre raison de cette ombre si forte, où se trouvent enveloppés les objets les plus rapprochés de son œil , lorsqu'il ne voit point d'obstacle interposé entre eux et la lumière qui éclaire le reste du paysage.

11 est facile d'apercevoir que le peintre a mis toute son habileté à justifier cet artifice, auquel il se dispensoit rarement d'avoir recours pour faire encore mieux ressortir l'admirable légèreté de ses seconds plans et de ses fonds : tantôt un objet très-avancé, placé absolument dans le coin de manière à ce que la lumière qu'il reçoit sur un point de sa superficie n'occupe que très-peu d'espace, porte une ombre très-forte sur une suite d'objets qui vont se reculant et s'ombrageant l'un l'autre ; tantôt la teinte naturelle de l'objet destiné à servir de repoussoir fournit en partie au peintre les tons obscurs dont il croit avoir besoin. Dans la Chasse aux Canards, par exemple, deux grands chênes occupent à droite le coin du tableau : la noirceur de leur écorce couverte de lierre, leur sombre feuillage, forment un contraste naturel avec ces jeunes taillis qui, derrière eux et dans l'intervalle de leurs troncs, se laissent apercevoir éclairés d'une si vive lumière ; mais on a encore quelque peine à comprendre que cette lumière si brillante et si gaie ne se joue pas avec un peu plus d'effet sur lecorce inégale et dans le feuillage élevé de ces vieux rois des forêts: pour se bien expliquer l'austérité de la teinte qu'ils conservent, il faut

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