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MARINE

au pied de laquelle s'étend une grande ville, et, au bas de la ville, un port rempli de vaisseaux. Sur un promontoire qui s'avance en croissant, et cache aux spectateurs une partie du port, s'élève un rocher surmonté d'un phare. Devant le phare se voient un grand vaisseau et une barque montés par quelques hommes, seul indice de l'approche du jour qui vienne animer cette partie du tableau, encore couverte de silence et d'obscurité; seulement un rayon de soleil, échappé de derrière la montagne, a soudain sillonné d'un trait lumineux ces vagues noirâtres, sur lesquelles il ressemble un peu à un rayon de la lune traversant les ténèbres de la nuit. Peut-être cet effet de lumière est-il un de ceux qui, réellement existants dans la nature, mais trop rarement observés, ne doivent, à cause de leur singularité, être adoptés par la peinture qu'avec beaucoup de réserve. Du reste, la scène de jour, ce fond de mer, ces montagnes, ces voiles qu'on aperçoit à l'horizon, illuminées par le soleil, sont d'un effet admirable.

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PAYSAGE

PAR PAUL BRIL.

Paul Bril naquit à Anvers en i556. Sa vocation pour la peinture ne paroît pas avoir été contrariée par ses parens, dont le fils aîné, Matthieu Bril, s'étoit déjà consacré à cet art; ce qui ne les empêcha pas d'y faire instruire le second. Ce fut probablement la tendresse paternelle qui par la suite les engagea à s'opposer à son départ pour Rome, où il vouloit aller rejoindre son frère, déjà connu et employé par le pape Grégoire X 111 à décorer, de paysages à fresque, les salons et les galeries du Vatican. Paul, encore fort jeune, partit donc sans congé; et ses parens, s'ils désiroient l'avoir pour appui de leur vieillesse, avoient eu sans doute raison de craindre pour lui l'attrait qui retenoit déjà loin d'eux leur fils aîné. Matthieu étant mort, âgé, selon les uns, de trente-quatre ans, selon les autres, de trente-sept, Paul hérita de ses travaux et des pensions qui en étoient le prix et la récompense. Rome devint sa patrie, et il y mourut âgé de soixante-dix ans.

Les maîtres de Bril avoient été plus propres à gâter son talent naturel qu'à le former. Le premier, Daniel Wortelmans, étoit un peintre fort médiocre. Cependant, à quatorze ans, Paul Bril tiroit déjà parti de son travail; et ce genre de travail, qui consistoit à peindre des clavecins à gouache, n'étoit pas alors aussi dédaigné qu'il pourroit l'être aujourd'hui. Avant que les grands maîtres eussent donné à leur art une existence spéciale et considérée indépendamment des divers usages auxquels on peut l'employer, la peinture servoit surtout d'ornemens; et tous les meubles en Italie, particulièrement vers la fin du XIV e siècle et le commencement du XV e , étoient enrichis de petits sujets presque tous historiques et la plupart sacrés. Delco, peintre florentin, le premier, avec le Starnina, qui ait fait participer l'Espagne aux progrès que faisoit alors la peinture en Italie, excelloit à ce genre d'ouvrages; et nul, dit Lanzi (i), n'a orné d'aussi jolis petits tableaux, les armoires, les cassettes, les dossiers de lit, etc. On conserve encore aujourd'hui en assez grand nombre

(i) Tome. I, page 5o f

PAYSAGE

ce qu'on appelle des cassoni ; ce sont de petits tableaux peints sur les coffres dans lesquels on offroit les présens aux jeunes mariées. Les meilleurs peintres du temps , Gaddi , Orcagna , les principaux élèves du Giotto, ont. peint des cassoni; on prétend même que, plus tard, André del Sarto en a peint quelques-uns; et sans doute la Hollande conserve plusieurs tableaux de clavecins peints par ses grands maîtres.

Du reste, à cette époque, le talent de Paul n'étoit pas encore développé. La première manière, qu'il abandonna ensuite avec raison, n'a cessé qu'après la mort de son frère, dont il avoit pris le pinceau trop sec et les tons trop crus, et lorsque la fréquentation et les conseils du Titien et d'Annibal Carraclie Feurent accoutumé à voir et à rendre la vérité. Homme excellent , dit Lanzi (i), pour rendre au vrai (al vivo) toutes sortes de vues. Presque tous ses tableaux sont en effet des vues d'Italie; il y a joint souvent des scènes poétiques; un assez grand nombre de ces figures sont d'Annibal Carraclie.

Dans le tableau dont nous donnons la description, une rivière, qui occupe presque le devant du tableau, serpente à travers un bocage composé d'arbres de diverses espèces et de la plus belle végétation. Ce bocage s'ouvre vers le milieu pour laisser voir une riante prairie au fond de laquelle on aperçoit une espèce de temple à moitié cacbé dans les arbres. Entièrement sur le devant du tableau, deux très-grands arbres servant de repoussoirs interrompent la vue de la rivière. A gauche, sur un pont rustique, Diane, Parc à la main, passe la rivière, suivie de deux de ses Nymphes, sans doute pour poursuivre un cerf qui paroît à droite sur la rive, et cependant ne semble pas occuper beaucoup les quatre chiens qui accompagnent la déesse. D'autres Nymphes et quelques chiens sont répandus dans la prairie; des oiseaux de différentes sortes se jouent sur la rivière et dans les branches des grands arbres.

Ce tableau est certainement de la dernière manière de Paul Bril; il ne conserve point ou très-peu de la sécheresse et de la crudité de ses premiers. Comme dans presque tout ce qu'on a de Paul, les arbres sont admirablement touchés, surtout sur les seconds plans; ses fonds sont de la plus grande beauté; ses devans ont aussi de très-beaux détails, mais quelquefois un peu forcés d'ombre; sa composition est belle et riche.

(i) Tome II, page i38.

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